Des élèves et des enseignants de divers pays tiennent des pancartes rappelant que les écoles ne sont pas des champs de bataille.

© 2019 Human Rights Watch

(Palma de Majorque) – De plus en plus de pays s’efforcent de protéger les élèves, les enseignants et les écoles des conséquences funestes de l’utilisation des établissements scolaires lors des conflits armés, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. La troisième Conférence internationale sur la sécurité dans les écoles se tiendra à Palma de Majorque, en Espagne, les 28 et 29 mai 2019.

Ce rapport de 137 pages, intitulé « Protecting Schools from Military Use: Law, Policy, and Military Doctrine » (« Protéger les écoles d’une utilisation à des fins militaires: Lois, politiques et doctrines militaires » - résumé en français), contient des exemples de lois et pratiques adoptées par 50 pays, de l’Afghanistan au Yémen, qui apportent un certain niveau de protection aux écoles ou aux universités contre une utilisation à des fins militaires. Nombre de ces exemples viennent de pays qui sont actuellement impliqués dans un conflit armé ou qui l’ont été récemment.

 « Lorsqu’une guerre éclate, les écoles se retrouvent fréquemment en plein champ de bataille, avec des salles de classe converties en bases militaires ou en bunkers, ou utilisées comme dépôts d’armes », a déclaré Bede Sheppard, directeur adjoint de la division Droits de l'enfant à Human Rights Watch. « Mais de plus en plus d’armées affirment désormais qu’en s’appuyant sur des politiques et une planification correctes, elles peuvent trouver les moyens de déployer leurs forces sans avoir besoin d’utiliser des bâtiments scolaires. »

Le rapport inclut des protections spécifiques pour les écoles et les universités contenues dans des législations, dans des décisions de justice, dans des manuels militaires, dans des doctrines militaires et dans des déclarations politiques.

Certains gouvernements et forces armées ayant une expérience concrète des problèmes causés par l’utilisation d’écoles à des fins militaires ont trouvé des solutions pratiques pour décourager le recours à de telles pratiques, a déclaré Human Rights Watch. Tous les gouvernements devraient s’inspirer de ces exemples pour s’assurer que leurs propres forces armées évitent d’utiliser des écoles à des fins militaires.

Depuis 2013, l’utilisation d’écoles ou d’universités à des fins militaires a été documenté dans au moins 30 pays en proie à un conflit armé ou en situation d’insécurité, selon la Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques (GCPEA),  dont Human Rights Watch est membre. Cela représente la majorité des pays qui étaient aux prises avec un conflit armé pendant cette période. Des forces armées investissent des écoles et des universités, soit partiellement, soit entièrement, pour les convertir en bases ou en casernes militaires. Elles utilisent aussi les écoles comme centres de détention et d’interrogatoire, pour former des combattants, pour stocker ou cacher des armes et des munitions, ou pour soutenir d’autres manières l’effort militaire.

Ces pratiques mettent en danger les élèves et les enseignants, peuvent conduire à des dommages ou à la destruction d’importantes infrastructures d’éducation, et peuvent entraver le droits des étudiants à recevoir une éducation, a déclaré Human Rights Watch.

L’Espagne accueillera la troisième Conférence internationale sur la sécurité dans les écoles, en collaboration avec la Norvège et l’Argentine qui ont accueilli les deux premières conférences. Des représentants de gouvernements du monde entier discuteront du problème mondial constitué par les attaques contre les élèves, les enseignants et les écoles, et de la question connexe de l’utilisation des écoles à des fins militaires.

Beaucoup des pays qui participeront à la conférence ont déjà approuvé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, qui constitue un engagement politique de la part des pays à prendre des mesures concrètes pour renforcer la sécurité des étudiants, des enseignants et des écoles lors de conflits armés, y compris en acceptant de s’abstenir d’utiliser des écoles et des universités à des fins militaires. Cette Déclaration a été rédigée sous l’égide de la Norvège et de l’Argentine en 2015. À ce jour, 87 pays ont adopté la déclaration, et d’autres pays devraient se joindre à eux lors de la conférence.

Les gouvernements qui n’ont pas encore approuvé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles devraient saisir l’occasion de cette conférence pour y exprimer leur engagement en faveur de la protection des enfants, des enseignants et des écoles en temps de guerre.

Les Commissions des droits de l’enfant, des droits des femmes et des droits économiques et sociaux des Nations Unies, ainsi que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et le Parlement européen, ont tous appelé les pays à approuver la Déclaration. Le Conseil de sécurité de l’ONU a encouragé tous les pays à « prendre des mesures concrètes » pour décourager l’utilisation d’écoles par des forces armées et par des groupes armés.

RD Congo : Impact des attaques contre les écoles sur les jeunes Congolaises

(VIDÉO) - Les attaques contre les écoles dans la région du Kasaï, en RD Congo, en 2016-2017 ont été particulièrement dévastatrices pour les jeunes filles qui ont subi des viols et des mariages forcés, parmi d’autres abus. La Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques (GCPEA) a publié à ce sujet un rapport. 

Depuis 2009, Human Rights Watch a enquêté sur l’utilisation d’écoles à des fins militaires en  Afghanistan, au Cameroun, en Colombie, en Inde, en Irak, au Mozambique, au Myanmar, au Nigeria, au Pakistan, en Palestine, aux Philippines, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, en Somalie, au Soudan du Sud, en Syrie, en Thaïlande, en Ukraine et au Yémen.

« Les gouvernements savent maintenant qu’ils peuvent prendre des mesures de simple bon sens pour assurer la sécurité des étudiants lors d’un conflit », a conclu Bede Sheppard. « Près de la moitié des pays du monde ont désormais adopté la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, reconnaissant l’importance capitale de l’éducation pour leurs citoyens, même pendant un conflit armé. »

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