Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un et le président américain Donald Trump, photographiés lors de leur sommet sur l'île de Sentosa, à Singapour, le 12 juin 2018.

© 2018 AP Photo/Evan Vucci

(Séoul) – Les sommets entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et les présidents des États-Unis et de la Corée du Sud, ainsi que la relance du dialogue international, n’ont pas permis de répondre aux violations des droits humains en Corée du Nord, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2019. La Corée du Nord reste l’un des pays les plus répressifs au monde.

Pyongyang viole les droits des personnes de manière systématique. Le gouvernement ne parvient pas à protéger ou à promouvoir les droits de nombreux groupes vulnérables, notamment les femmes, les enfants et les personnes handicapées. Il recourt au travail forcé de citoyens ordinaires, parmi eux des enfants, pour contrôler sa population et soutenir son économie.

« Alors que le monde s’ouvre au dictateur nord-coréen Kim Jong Un, personne ne doit oublier que nous avons affaire à un gouvernement qui obtient de son peuple une obéissance terrifiante à l’aide de la torture, d’exécutions, de la violence sexuelle, du travail forcé et de camps de la mort de type goulag », a déclaré Phil Robertson, directeur adjoint de la division Asie à Human Rights Watch. « Les voix du peuple nord-coréen étant réduites au silence, il appartient à la communauté internationale de veiller à ce que les exigences en matière de protection des droits humains figurent au premier plan dans toutes ses relations avec Pyongyang. »

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Dans la 29e édition de son Rapport mondial annuel (version intégrale en anglais 674 pages  – version abrégée en français 233 pages), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 100 pays au cours de l’année 2018. Kenneth Roth, le directeur exécutif, affirme dans son essai introductif que les populistes qui répandent la haine et l'intolérance dans de nombreux pays sont confrontés à une résistance croissante. De nouvelles alliances de gouvernements respectueux des droits, souvent inspirées et rejointes par des organisations de la société civile et par le public, sont en train d’accroître le prix à payer pour les abus commis par des dirigeants autocratiques. Les succès de leurs démarches illustrent la possibilité de défendre les droits humains - voire la responsabilité de le faire – y compris aux heures les plus sombres.

Au quotidien, les Nord-Coréennes risquent souvent de subir des violences sexuelles et sexistes perpétrées par des représentants gouvernementaux, que ce soit sur les marchés locaux (jangmadang), en prenant le train et d’autres moyens de transport en commun, ou dans leurs interactions avec la police et autres agents de sécurité, y compris dans les centres de détention. « Les gardes ou les fonctionnaires de police pouvaient me demander de les suivre dans une pièce vide à l’extérieur du marché ou ailleurs », a relaté Oh Jung Hee, une ancienne commerçante âgée de 40 ans de la province de Ryanggang et qui a quitté le pays en 2014 après avoir été agressée sexuellement à plusieurs reprises. « Ils nous considèrent comme des objets sexuels. Nous [les femmes] sommes à la merci des hommes. »

La Corée du Nord impose des restrictions à presque tous les droits civils et politiques, en dépit de sa ratification du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Parmi ces restrictions aux libertés fondamentales, figurent l’interdiction des libertés d’expression, de religion et de conscience, de réunion et d’association. Pyongyang interdit également toute opposition politique organisée, médias indépendants, organisations indépendantes ou syndicats libres, et sanctionne sévèrement quiconque tente de constituer des associations en dehors du contrôle gouvernemental. Le système judiciaire nord-coréen est totalement contrôlé par le Parti des travailleurs de Corée, au pouvoir, et par le gouvernement. Ce dernier a recours à la torture en détention, au travail forcé dans des lieux de détention qui ressemblent à des goulags, et aux exécutions publiques pour contrôler la population en faisant régner la peur.

Des restrictions strictes sont également imposées aux déplacements transfrontaliers non autorisés en Chine, les deux gouvernements coopérant pour capturer et renvoyer les réfugiés nord-coréens dans leur pays d’origine. Ceux qui quittent la Corée du Nord sans autorisation et sont rattrapés sont torturés et emprisonnés. Les Nord-Coréens ayant établi des contacts non autorisés avec le monde extérieur sont également sanctionnés.

En règle générale, la Corée du Nord refuse de coopérer avec le bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme à Séoul ou avec le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Corée du Nord, Tomas Ojea Quintana.

Les gouvernements du monde entier ont continué à faire pression sur Pyongyang pour qu’elle reconnaisse les conclusions du rapport de la Commission d’enquête des Nations Unies sur les droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée de 2014. Cette commission a déterminé que le gouvernement a commis des crimes contre l’humanité, au nombre desquels l’extermination, le meurtre, l’esclavage, la torture, l’emprisonnement, le viol et d’autres formes de violence sexuelle, ainsi que l’avortement forcé. Pyongyang nie avec constance ces conclusions.

Le 23 mars 2018, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté sans vote une résolution soulignant la nécessité de promouvoir des mécanismes d’établissement des responsabilités en vue de garantir que les représentants gouvernementaux nord-coréens responsables de crimes contre l’humanité seront poursuivis. Le 17 décembre, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté sans vote une résolution qui condamne la situation des droits humains en Corée du Nord.

« Avec son régime totalitaire, cimenté par la terreur, la Corée du Nord reste l’un des défis les plus difficiles à relever pour les mécanismes des droits humains à l’ONU », a conclu Phil Robertson. « Il est impératif que les États-Unis, l’Union européenne et d’autres gouvernements redoublent d’efforts pour tenir Kim Jong Un et les fonctionnaires gouvernementaux responsables de leurs violations flagrantes des droits humains. »