La venue à Paris du président ouzbek Shavkat Mirziyoyev le 9 octobre sera sa première visite à un dirigeant de l’Union Européenne depuis son élection à la Présidence en décembre 2016. Un peu plus de deux ans après la mort de l’ancien président Islam Karimov, dont les 25 années au pouvoir ont été entachées de terribles exactions, le président français Emmanuel Macron a une occasion unique d’insister sur le fait qu’une transition démocratique tangible est nécessaire pour que l’Ouzbékistan devienne un partenaire de confiance pour l'Europe.

Le président de l'Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, prononce un discours lors de la 72e Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 19 septembre 2017. 

© 2017 Reuters

Il est vrai que Mirziyoyev a pris des mesures modestes mais fondamentales pour faire de l’Ouzbékistan un pays moins répressif. Des dizaines de prisonniers politiques, parmi lesquels des opposants, des journalistes et des défenseurs des droits humains, ont été libérés. Des restrictions à la liberté des médias ont été levées et l’administration présidentielle exige des autres officiels qu’ils soient plus ouverts aux requêtes des citoyens. La décision, en mai, de libérer un journaliste suite à des allégations de torture pendant sa détention à caractère politique est un autre signe que les choses changent. Mirziyoyev s'est également engagé à intensifier sa lutte contre le travail forcé dans la culture du coton.

Mais les autorités françaises ne devraient pas considérer ces mesures comme un aboutissement pour l'Ouzbékistan en matière de droits humains. Le gouvernement y reste autoritaire et beaucoup des réformes promises ne sont toujours pas mises en œuvre. Les forces de l'ordre ont encore des pouvoirs très étendus, des élections libres et le pluralisme politique demeurent un rêve lointain, et des milliers de personnes continuent d'être illégalement détenues pour des motifs politiques. Il est loin d’être évident que le gouvernement de l’Ouzbékistan confirmera ses premiers pas par des réformes institutionnelles et des progrès durables sur le front des droits.

Personne ne sait combien de temps durera cet esprit d’ouverture, ni jusqu’où les réformes promises iront. A ce stade, la responsabilité de la France et de l’UE est de ne pas se contenter d’un satisfecit, mais au contraire de mettre Mirziyoyev à l’épreuve pour qu’il s’engage véritablement sur la voie démocratique. L’expérience de l’Ouzbékistan depuis 2016 a montré que la volonté politique peut conduire à une vision plus démocratique en Asie centrale. La France et le président Mirziyoyev ont la responsabilité d’être à la hauteur de l'espoir des citoyens ouzbeks dans un avenir meilleur qui ne s’arrêtera pas à mi-chemin.

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