Des images de femmes et d'enfants dans des cellules de rétention administrative utilisées par les services de l'immigration à Douglas, en Arizona. Ces images, enregistrées en septembre 2015, ont été rendues publiques en 2016 après qu'un groupe de migrants a contesté les conditions de détention dans ces cellules.

 

Images : US Customs and Border Protection via American Immigration Council

(Washington) – Les agents chargés de la sécurité des frontières aux États-Unis gardent régulièrement des familles, y compris parfois des nouveau-nés, dans des cellules glaciales lorsqu'ils les placent en rétention administrative à la frontière ou à proximité de celle-ci, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.

Ce rapport de 44 pages, intitulé « In the Freezer: Abusive Conditions for Women and Children in US Immigration Holding Cells » (« Dans la glacière: Femmes et enfants sont soumis à des conditions abusives dans les cellules de rétention administrative des services de l'Immigration américaine »), est basé sur des entretiens réalisés avec 110 femmes et enfants. Human Rights Watch a constaté que les agents des Douanes et de la protection des frontières américaines (Customs and Border Protection, CBP) séparaient régulièrement les hommes adultes et les garçons adolescents des autres membres de leurs familles. Cette pratique est contraire à la politique officielle de l'agence, selon laquelle les familles devraient être maintenues ensemble dans toute la mesure du possible lorsqu'elles sont dans des cellules de rétention. Après une période initiale de rétention dans des cellules glaciales, où ils restent parfois détenus pendant plusieurs jours, les hommes sont habituellement maintenus séparés du reste de leur famille au moment de leur transfert vers des installations de détention de plus long terme.

« Ces pratiques persistantes dans les cellules de rétention des services d'immigration sont dégradantes et punitives », a déclaré Michael Garcia Bochenek, conseiller juridique senior spécialisé dans les droits de l'enfant à Human Rights Watch. « Les autorités de l'immigration devraient maintenir les familles ensemble et ne devraient pas contraindre des enfants à passer des nuits dans des cellules de rétention. »

La détention et la séparation des familles ont de graves conséquences négatives pour le bien-être psychologique, en particulier pour des personnes qui ont déjà souffert d'un traumatisme. La plupart des femmes et des enfants avec qui Human Rights Watch s'est entretenu ont affirmé avoir fui leur pays d'origine après avoir été victimes de violences ou d'autres persécutions.

Le temps passé dans les cellules de rétention a été la période de détention « la plus difficile et traumatisante » pour les femmes et les enfants appréhendés par les autorités de l'immigration américaines, a constaté une équipe de psychologues lors d'une étude dont les résultats ont été publiés en 2015.

Toutes les personnes placées en rétention administrative par les autorités de l'immigration ont le droit d'être traitées avec dignité et humanité, et les enfants ont droit à des garanties particulières. Human Rights Watch a constaté que les conditions de détention dans les cellules de rétention de l'immigration constituent des violations des normes internationales et des politiques de l'agence CBP, et qu'elles sont probablement non conformes à certaines décisions des tribunaux fédéraux.

Des femmes et des enfants ont affirmé à Human Rights Watch qu'ils avaient passé jusqu'à trois nuits dans des cellules où la température était inconfortablement basse, dormant à même le sol ou sur des bancs en béton, avec juste une couverture en papier d'aluminium pour se protéger. Dans de nombreux cas, les agents chargés de la sécurité des frontières leur avaient ordonné de retirer et se débarrasser de leurs pullovers ou d'autres couches de vêtements, prétendument pour des raisons de sécurité, avant d'entrer dans les cellules.

Il est fréquent que les cellules de rétention ne soient pas dotées de savon à l'intention des femmes et des enfants, ce qui fait qu'ils ne peuvent se laver les mains avant et après les repas, ou pour nourrir les nouveau-nés, ou après avoir utilisé les toilettes ou changé les couches de bébés. La plupart des femmes et des enfants retenus dans ces cellules ont affirmé qu'ils n'avaient pas été autorisés à prendre des douches lors de leur séjour dans les cellules de rétention.

Une femme interrogée par Human Rights Watch a affirmé qu'elle et son fils, âgé de cinq ans, étaient trempés après avoir traversé une rivière à pied. « Nous étions assis sur le sol en béton, complètement gelés », a-t-elle dit. « En fin de compte, j'ai dû dormir assise, avec mon fils sur mes genoux, parce que je ne pouvais pas le laisser allongé sur le sol en béton. » Les responsables de l'agence CBP ont régulièrement démenti que les cellules de rétention étaient froides, alors même que les femmes et les enfants qui y étaient détenus ont affirmé à maintes reprises que les températures dans ces lieux étaient beaucoup plus froides que dans d'autres centres de rétention administrative pour migrants. En octobre 2017, par exemple, la Commission sur les femmes réfugiées a indiqué dans un rapport que la quasi-totalité des quelque 150 femmes interrogées en 2016 et 2017 avaient affirmé avoir été placées « pendant des jours dans des installations glaciales de l'agence CBP ».

Les responsables de l'agence CBP n'ont pas répondu aux questions particulières de Human Rights Watch concernant les conditions de vie dans les cellules de rétention, invoquant le fait qu'un litige civil est en cours. Ils ont en revanche souligné l'existence des politiques officielles de l'agence et affirmé que celle-ci respectait toutes les lois et politiques pertinentes, y compris les décisions de justice.

Dans des documents remis à la justice, l'agence a tenté de justifier le fait qu'elle n'avait pas fourni de matelas aux femmes et à leurs enfants en arguant que les cellules n'étaient pas conçues pour que des personnes y soient détenues pendant la nuit. Cependant presque toutes les femmes et les enfants interrogés par Human Rights Watch ont passé au moins une nuit dans une cellule de rétention. D'autres études, dont une réalisée par le Bureau de surveillance de pratiques gouvernementales responsables (Government Accountability Office, GAO), ont permis d'établir que les deux tiers des migrants placés en cellule de rétention y restaient pendant au moins une nuit et que chaque année, des dizaines de milliers de migrants passaient au moins 72 heures dans ces cellules.

Une ordonnance préliminaire d'un tribunal, applicable uniquement aux cellules de rétention situées dans l'État d'Arizona et qui a été confirmée en appel, stipule que tous les migrants placés en rétention pendant plus de 12 heures avaient droit à un matelas pour s'allonger et devaient avoir la possibilité de se laver. Dans une autre affaire judiciaire concernant les cellules de rétention dans la vallée du Rio Grande au Texas, un juge fédéral a ordonné à l'agence CBP de remédier aux conditions abusives dans lesquelles se trouvent les enfants placés dans des cellules de rétention.

L'agence CBP devrait s'assurer que des conditions minimales d'hygiène soient fournies dans toutes les cellules de rétention administrative pour tous les migrants, notamment un accès à des douches, avec du savon, des brosses à dents et du dentifrice, a déclaré Human Rights Watch. L'agence devrait également faire en sorte que la température dans ces cellules soit confortable pour les personnes détenues.

Les cellules de rétention ne devraient être utilisées que pour des périodes très courtes. Les migrants ne devraient pas y être maintenus pendant la nuit, sauf si c'est inévitable, et les enfants ne devraient jamais y passer la nuit. Les personnes retenues pendant la nuit devraient disposer de matelas et de couvertures.

Les autorités de l'immigration américaines devraient également éviter de diviser les familles quand elles sont appréhendées. Au contraire, le département américain de la Sécurité du territoire (Department of Homeland Security, DHS) devrait identifier et fournir des alternatives qui permettent de maintenir les familles ensemble.

« Les conditions de vie dans les cellules de rétention administrative pour migrants sont non seulement inutilement cruelles, mais aussi manifestement dommageables, en particulier pour des personnes qui ont souffert de persécutions », a affirmé Michael Garcia Bochenek. « Les États-Unis ne devraient pas persister dans des pratiques qui traumatisent des enfants et leurs familles. »

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