Rassemblement de membres du mouvement « Black Lives Matter »  (« La vie des Noirs compte ») à Charleston, West Virginia, aux États-Unis, le 20 août 2017.

© 2017 Reuters

Le Bureau fédéral d’enquête, ou FBI, a récemment publié une analyse de renseignements (« Intelligence Assessment ») considérant comme probables de futures attaques préméditées et meurtrières contre des représentants des forces de l’ordre par de prétendus « extrémistes identitaires noirs » (« Black identity extremists »).

Le FBI définit ces « extrémistes » comme des individus répondant par la violence « à ce qui est perçu comme étant du racisme et une injustice », en vue de créer une nation noire séparée ou des « institutions sociales noires autonomes ».  L’agence affirme également que « le simple plaidoyer consistant à exprimer des opinions politiques ou sociales, l’activisme politique et le recours à une rhétorique musclée ... peut ne pas relever de l’extrémisme. » L’utilisation délibérément équivoque par le FBI de l’expression « peut ne pas » est ici plus que perturbante.

Alors que le FBI peut et doit agir contre les individus qui commettent des violences ou menacent de s’y livrer, il ne cite que six incidents violents isolés à l’échelle du pays au cours desquels des suspects ont reconnu être motivés par leur « identité noire ».  Toutefois, la définition du FBI, qui suppose que l’activisme pacifique pourrait être un indicateur d’extrémisme violent, pose la question suivante : les forces de l’ordre pourraient-elles faire de ce prisme le moyen de justifier la suppression de la liberté d’expression et de l’activisme, garantis par la Constitution ?

De telles inquiétudes ne sont pas entièrement infondées. L’histoire du FBI est entachée d’abus ponctuels de ses pouvoirs afin d’exercer une répression à l’encontre d’activistes non violents, en particulier les dirigeants de mouvements de défense des droits des Noirs, dont Martin Luther King, Jr.. Il est donc impossible, à la lecture du document en cause aujourd’hui, de ne pas se remémorer les efforts déployés pour espionner, infiltrer et perturber des militants des droits civiques légitimes, victimes du programme du FBI COINTELPRO parmi d’autres abus politiquement motivés.

Le document établit un lien entre la montée supposée de l’activisme par des extrémistes noirs et les demandes d’établissement des responsabilités adressées à la police, à la suite de l’assassinat, en 2014, de Michael Brown à Ferguson, dans le Missouri. Les manifestations qui se sont déroulées dans cette ville ont élargi la visibilité du mouvement Black Lives Matter (« La vie des Noirs compte »).

Lorsqu’il était candidat, le président américain Donald Trump a déclaré que le mouvement Black Lives Matter avait « déclenché » la violence contre la police et promis que son ministre de la justice enquêterait sur ses membres. Parmi ses premières mesures une fois à la Maison blanche, Trump a affirmé qu’il mettrait un terme au « climat anti-policier dangereux en Amérique ». Son administration a agi de manière délibérée pour mettre fin à la surveillance des services de police, et fait des déclarations encourageant les violences policières gratuites. Il n’est pas exagéré de craindre que Trump se serve des prérogatives considérables du FBI pour s’en prendre à ceux qui s’opposent à un pouvoir policier sans entrave.

Alors qu’il met en œuvre les mesures de son « évaluation » récente, le Congrès devrait surveiller de près le FBI, pour s’assurer qu’il ne se serve pas de quelques acteurs violents comme excuse pour réprimer la dissidence légitime. Les États-Unis, les états et les administrations locales devraient mettre en œuvre une vaste réforme policière en vue de répondre aux graves préoccupations de groupes comme Black Lives Matter.