(Accra, le 7 juillet 2017) – L’Autorité de la santé mentale du Ghana a pris des mesures afin de mettre fin à l’enchaînement de 16 personnes, dont deux filles, dans dans le camp de prière de Nyakumasi, un centre de guérison spirituelle situé dans la région du Centre. Les personnes désenchaînées, dont certaines sont atteintes de troubles mentaux, ont été transférées le 30 juin 2017 à l’hôpital psychiatrique d’Ankaful, situé à proximité.

Le gouvernement ghanéen devrait adopter et imposer une interdiction de la pratique de l’enchaînement, a plaidé une coalition d’organisations non gouvernementales, dont MindFreedom Ghana, Mental Health Society of Ghana, Basic Needs, Law and Development Associates, Human Rights Watch, CBM, et Disability Rights Advocacy Fund. La priorité devrait être désormais donnée à l’investissement dans les services communautaires adéquats en vue d’aider les individus atteints de troubles mentaux à vivre pleinement et en toute indépendance au sein de leurs communautés et à la prestation de soins fondée sur le consentement libre et éclairé de chacun.

« Enchaîner quelqu’un en raison d’un trouble de santé mentale, réel ou supposé, n’est pas une façon décente de traiter un autre être humain », a déclaré Dan Taylor, directeur de MindFreedom Ghana. « Les personnes atteintes d’un handicap psychosocial doivent pouvoir jouir des mêmes droits et de la même dignité que quiconque. Et cela exige du gouvernement et des bailleurs de fonds qu’ils investissent dans des services de soutien au niveau communautaire. »

Ghana : Halte à la pratique de l’enchaînement

(VIDÉO, sous-titres via cc) – Juillet 2017. Au Ghana, dans des centres de prière visant la « guérison spirituelle » de personnes ayant des troubles mentaux – réels ou supposés –  de nombreuses personnes sont enchaînées et vivent dans des conditions déplorables.  Une coalition d’ONG dont HRW appelle le gouvernement à ordonner la cessation de cette pratique, et d’investir plutôt dans des services d’aide médicale et sociale au sein des communautés.

Le 23 juin, l’Autorité de la santé mentale s’est entretenue avec des représentants de personnes handicapées, ainsi qu’avec d’autres organisations non gouvernementales, des professionnels de la santé mentale, des experts des droits de l’homme, des leaders religieux et des guérisseurs traditionnels afin de discuter des directives proposées pour la prestation de soins par les guérisseurs traditionnels et religieux.

Lors d’une réunion avec Human Rights Watch en avril , le directeur de l’Autorité de la santé mentale, le Docteur Akwasi Osei, s’est engagé à redoubler d’efforts pour lutter contre les violations des droits humains des personnes souffrant de handicaps psychosociaux. Ces efforts comprendront l’adoption de ces lignes directrices et la mise en place de visites de surveillance régulières dans certains camps de prière du Ghana.

Avec le soutien du Département britannique pour le développement international (DIFD), l’Autorité de la santé mentale s’est rendue dans certains camps de prière et a insisté pour qu’il soit mis fin à la pratique consistant à enchaîner les personnes atteintes de handicaps psychosociaux.

« Les conséquences de l’absence de soutien au sein de la collectivité sont catastrophiques », a déclaré Shantha Rau Barriga, directrice de la division Droits des personnes handicapées au sein de Human Rights Watch. « Le gouvernement doit œuvrer avec ses partenaires internationaux, comme le Royaume-Uni, à s’assurer que ceux qui sont libérés de leurs chaînes puissent avoir accès à des soins de santé mentale, à une aide au logement et à leur autonomisation ainsi qu’à une formation professionnelle. »

Jeune fille ghanéenne enchaînée au pied dans le camp de prière de Nyakumasi (Nyakumasi Prayer Camp), un centre de guérison spirituelle au Ghana où des personnes atteintes de troubles mentaux – réels ou supposés – ont fréquemment été attachées avec des chaînes. Le 30 juin 2017, les chaînes de 16 personnes dont cette fille ont été retirées, suite à une décision des autorités.

© 2017 Shantha Rau Barriga/Human Rights Watch

Lors d’une visite en avril dernier au camp de prière de Nyakumasi, situé dans la région de Cape Coast, Human Rights Watch a recensé plus de 15 personnes enchaînées. Parmi elles, une fillette âgée de 12 ans qui souffrait de déficience intellectuelle et était mutique. Le personnel sur place ne connaissait même pas son nom. Une autre fille, âgée de 15 ans, a déclaré que sa mère l’avait conduite au camp parce qu’elle voulait fuir le foyer familial. « Je suis enchaînée ici depuis deux mois », a-t-elle confié. « Je n’ai jamais quitté cet endroit. Je me lave, je mange et je me couche ici. C’est ce que je fais tous les jours. Je préfèrerai aller à l’école. »

Lors des visites qu’il a effectuées au Ghana en 2013 et 2015, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, Juan Méndez, a documenté les cas de personnes atteintes de handicaps psychosociaux dans les camps de prière, y compris des enfants âgés de moins de sept ans, qui se sont vues refuser nourriture et eau. Le droit international ne permet pas d’entraver des personnes au motif qu’elles souffrent de handicap. Human Rights Watch a publié en 2012 un rapport aux conclusions similaires.

Human Rights Watch a également constaté que des milliers de personnes souffrant de handicaps psychosociaux sont contraintes de vivre dans des hôpitaux psychiatriques et des camps de prière, souvent contre leur gré, et y sont soumises à un traitement non volontaire et privées le plus souvent de recours pour contester leur isolement.

L’Autorité de santé mentale du Ghana a été créée en vertu de la loi sur la santé mentale (Mental Health Act) de 2012, et inaugurée en novembre 2013. Alors que ce texte exige du gouvernement qu’il mette en place des comités régionaux de santé mentale chargés de surveiller les établissements concernés à travers le pays, ces comités se font toujours attendre. L’encadrement, par le gouvernement, des camps de prière et des hôpitaux psychiatriques où les personnes souffrant de troubles mentaux subissent d’horribles abus, est nécessaire de toute urgence, a affirmé la coalition.

Le Parlement devrait adopter l’Instrument législatif pour permettre au gouvernement de faire une priorité de la mise en œuvre de la Loi sur la santé mentale, a déclaré la coalition.

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, Juan Méndez, et Human Rights Watch ont appelé à l’interdiction de l’enchaînement et d’autres formes d’entrave prolongée. Dans son rapport de 2013, Mendez a appelé à « une interdiction absolue de toutes les mesures coercitives et non agréées, y compris la contrainte et l’isolement cellulaire de personnes souffrant de handicaps psychologiques ou intellectuels, [qui] devrait s’appliquer dans tous les lieux de privation de liberté, y compris dans les établissements psychiatriques et les centres de soins sociaux. »

« Les personnes atteintes de handicaps psychosociaux ont besoin de soutien, et non de chaînes et de traitements forcés », a déclaré Diana Samarasan, directrice générale et fondatrice du Fonds pour les droits des personnes handicapées et du Fonds de défense des droits des personnes handicapées. « Le gouvernement du Ghana et ses partenaires internationaux devraient consacrer des ressources adéquates à des services communautaires qui respectent les droits des personnes atteintes de handicaps psychosociaux pour leur permettre de vivre normalement dans leur communauté, avec le soutien adéquat. »

------------------------------