(Beyrouth) – Le Bahreïn a intensifié la répression contre les activistes et les opposants au gouvernement en 2016, affirme Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2017 (version abrégée en français). Le gouvernement a dissous le principal groupe d’opposition politique et poursuivi plusieurs éminents défenseurs des droits humains et dignitaires chiites.

Des hommes participant à la procession funéraire suite au décès en détention de Hassan Al Hayki, scandent des slogans anti-gouvernementaux dans une rue de Manama (Bahrein), le 2 août 2016.

© 2016 Hamad I Mohammed/ Reuters

Les autorités ont également empêché de nombreux activistes de quitter le pays et ont expulsé six Bahreïniens, dont un avocat des droits de l’homme, après les avoir arbitrairement déchus de leur nationalité. Cette répression orchestrée du droit à la liberté d’expression et du droit de réunion et d’association illustre une sérieuse détérioration de la situation des droits humains, qui compromet davantage encore les perspectives d’une solution politique aux troubles intérieurs de Bahreïn.

« Pendant des années, les autorités bahreïnies ont étouffé la société civile bahreïnienne, mais en 2016 elles ont manifesté leur intention de couper complètement l’oxygène », a déclaré Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient de Human Rights Watch. « La stabilité à long terme du Bahreïn dépend d’un processus de réforme politique qui respecte mieux les droits humains fondamentaux qui sont au cœur de la société, mais pour l’heure c’est malheureusement l’inverse qui se produit. »

Dans cette 27e édition annuelle de son Rapport mondial (version intégrale en anglais de 687 pages, version abrégée en français de 247 pages), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction, le Directeur exécutif, Kenneth Roth, explique qu'une nouvelle génération de populistes autoritaires cherche à infirmer le concept d'une protection individuelle basée sur les droits humains, en caractérisant ces droits comme une entrave à la volonté de la majorité. Pour toutes les personnes qui se sentent laissées de côté par l'économie mondialisée et qui craignent de plus en plus d'être exposées à des violences et à des crimes, les organisations de la société civile, les médias et le public ont des rôles essentiels à jouer en réaffirmant la validité des valeurs sur lesquelles les démocraties respectueuses des droits humains ont été édifiées.

En novembre 2016, les autorités ont accusé Ibrahim Sharif, un militant politique de premier plan, d’« incitation à la haine du système politique » suite à des critiques adressées au gouvernement, et à sa dénonciation d’une visite d’état du prince Charles de Grande-Bretagne au Bahreïn. Nabeel Rajab est en détention depuis le mois de juin et risque 15 ans de prison pour plusieurs chefs d’accusations, parmi lesquelles ses critiques sur la participation du Bahreïn aux opérations militaires menées par l’Arabie saoudite au Yémen. Une autre activiste, Zainab al-Khawaja, a été détenue pendant trois mois en mars pour quatre condamnations qui ont violé son droit à la liberté d’expression, et dont l’une a donné lieu à un procès inéquitable. Après sa libération, elle a quitté le Bahreïn pour le Danemark, dont elle possède également la nationalité.

En mai, la Haute Cour d’Appel du Bahreïn a plus que doublé la peine d’emprisonnement de Sheikh Ali Salman, le secrétaire général d’al-Wifaq, le principal groupe d’opposition du pays – peine qui est aujourd’hui fixée à neuf ans de prison. Cette décision est intervenue malgré une décision d’acquittement du tribunal de première instance devant lequel Sheikh Ali Salman avait été jugé pour avoir préconisé le renversement par la force du gouvernement, et en dépit de preuves convaincantes du caractère injuste de son premier procès.

En juin, un tribunal bahreïni a ordonné la fermeture du siège d’Al-Wifaq et la suspension de ses activités, et confisqué ses fonds. En juin, les autorités ont arbitrairement déchu de sa nationalité le chef spirituel d’al-Wifaq, Sheikh Isa Qasim. En réponse à une manifestation contre cette décision, les autorités ont lancé une campagne de harcèlement contre les religieux chiites.

Le troisième rapport annuel du Médiateur du ministère de l’Intérieur, publié en juin, a fourni de nouvelles preuves que les autorités n’ont fait que des progrès limités dans leurs efforts pour obliger les forces de police et les forces de sécurité à rendre des comptes s’agissant des tortures et des mauvais traitements subis par les détenus arrêtés pendant les manifestations de 2011 contre le gouvernement.

De manière arbitraire, les autorités ont interdit de voyager à des dizaines de personnes qui avaient critiqué les violations des droits humains. Parmi eux figure notamment Nedal al-Salman, du Centre bahreïni pour les droits de l’homme, qui a été empêché de participer à une réunion du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève en septembre.

Les autorités bahreïniennes devraient redynamiser un processus de réforme politique en panne en revenant sur la dissolution du groupe al-Wifaq, en libérant les principaux prisonniers politiques du pays et en mettant fin au harcèlement des activistes, a déclaré Human Rights Watch.

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