Des exemplaires de divers journaux de quatre pays des Balkans – la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, le Monténégro et la Serbie –  photographiés le 11 juin 2015.

© 2015 Chris J Parsons Photography

(Berlin, le 30 novembre 2016) – Les journalistes des pays des Balkans de l’Ouest sont confrontés à un environnement hostile qui entrave leur capacité à travailler en portant un regard critique sur leurs sujets, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Plus d'un an après que Human Rights Watch a documenté les obstacles dressés à la liberté des médias en Bosnie-Herzégovine, en Serbie, au Kosovo, au Monténégro et en Macédoine, les gouvernements de la région et les institutions de l'Union européenne n'ont pris aucune mesure concrète pour y remédier. En outre, de nouveaux incidents perturbants se sont produits.

« À un moment où il est plus que jamais nécessaire, le journalisme indépendant est au pied du mur dans les Balkans de l’Ouest », a déclaré Lydia Gall, chercheuse sur l'Europe de l'Est et les Balkans de l’Ouest à Human Rights Watch. « Rien ne changera tant que l'UE n'indiquera pas clairement aux gouvernements des Balkans de l’Ouest que leurs aspirations européennes ne se réaliseront qu’à condition de garantir des médias prospères et libres ».

Les anciennes républiques yougoslaves de Macédoine, du Monténégro et de Serbie sont candidates à l'adhésion à l'UE, et la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo des candidats potentiels. La liberté d'expression et des médias fait partie des critères de Copenhague pour l'adhésion à l'UE.

Lors d’un incident remontant à octobre dernier, des menaces de mort adressées à l'éditeur de Gazeta Express, une publication du Kosovo, ont circulé sur les réseaux sociaux suite à la diffusion de son documentaire sur les crimes de guerre perpétrés par l'Armée de libération du Kosovo. Une enquête à ce sujet a été ouverte.

Dans le cadre de ses évaluations annuelles de la situation des droits humains dans ses États membres, la Commission européenne a déjà exprimé ses préoccupations quant à la liberté des médias dans les pays des Balkans de l’Ouest. Le commissaire de l’UE chargé de la politique de voisinage et des négociations d’élargissement, Johannes Hahn, a fait référence de manière générale à la liberté des médias dans la région, mais n’a pas donné de détails quant à l'absence d'enquêtes efficaces par les gouvernements concernés sur les attaques visant des journalistes. Une nouvelle stratégie de la Commission pour l’élargissement de l’Union, annoncée le 9 novembre, fait référence à la liberté de la presse dans la région, mais manque de recommandations spécifiques.

Le Parlement européen a proposé des recommandations plus précises. La Commission et les états membres de l'UE devraient faire pression plus systématiquement sur les autorités des Balkans de l’Ouest pour qu’elles cessent les tentatives d’intimidation vis-à-vis des journalistes et fassent de la liberté des médias une priorité lors des négociations relatives à l’adhésion, a préconisé Human Rights Watch.

Dans son rapport en date de 2015, intitulé « Western Balkans: Media Freedom Under Threat  » (« Balkans de l’Ouest : La liberté des médias est en danger »), Human Rights Watch cite un chef de la police serbe, qui déclarait à un journaliste: « Qu’est-ce qu’on peut faire, vous faites un métier difficile ! ».

Le refus d’assumer les responsabilités et la réticence à enquêter et à ouvrir des poursuites face à de telles attaques est un phénomène trop répandu dans la région, a constaté Human Rights Watch. L’insuffisance de la réponse judiciaire constitue une violation des obligations des états à prévenir et à sanctionner de tels crimes et crée une impunité de facto.

L'analyse des médias et d’autres sources d’information par Human Rights Watch, ainsi que les contacts que nous avons pu établir avec des journalistes et des ONG dans la région, révèlent qu'il y a eu peu ou pas d'amélioration de la liberté des médias dans les Balkans de l’Ouest depuis la publication du dernier rapport. Menaces et attaques y restent impunies.

La volonté politique de changer cette situation tarde à se manifester. Certains journalistes sous le coup d’accusations criminelles peu crédibles sont poursuivis en justice et les gouvernements se servent des recettes publicitaires pour museler les critiques et freiner l’indépendance des médias.

« La liste des pressions et des violations à l’encontre des médias indépendants dans les Balkans de l’Ouest forme un regrettable catalogue », a déclaré Lydia Gall. « Sans des médias indépendants en plein essor, il est difficile d’imaginer les pays des Balkans de l’Ouest répondre aux aspirations de leurs peuples ou se montrer à la hauteur de leurs ambitions européennes ».