Une photo de Hauwa Nkatai, 16 ans, élève de l’école gouvernementale secondaire de Chibok, dans l’État de Borno, au Nigeria. Elle est toujours en captivité, avec 219 autres élèves de cette école qui ont été enlevées par des membres de Boko Haram le 14 avril 2014.

© 2014 Benedicte Kurzen/ NOOR /Redux

(Abuja) – En 2014, l’intensification des violences et des atrocités commises par Boko Haram a dominé l’actualité des droits humains au Nigeria, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2015. Ces violences menacent de faire échouer l’organisation d’élections pacifiques, équitables et crédibles dans le nord-est du pays le 14 février 2015.

En avril 2014, l’enlèvement par Boko Haram de près de 300 écolières dans la ville de Chibok a attiré une attention mondiale sans précédent sur les enlèvements de femmes et de fillesperpétrés par ce groupe. Celui-ci continue de saisir et de contrôler des territoires dans trois États – Borno, Yobe et Adamawa – où il tient plus de 130 villes et villages. En réponse au groupe, les forces de sécurité gouvernementales ont été impliquées dans de graves atteintes aux droits humains et au droit humanitaire international.

« À l’approche des élections, les citoyens devraient veiller à ce que les défis du Nigeria se trouvent au cœur du discours politique », a déclaré Mausi Segun, chercheuse pour Human Rights Watch au Nigeria. « La violence à l’état pur menace la stabilité de la nation et le bien-être de tous les Nigérians, et pas seulement de ceux qui vivent dans le nord du pays. »

Cette 25e édition annuelle du Rapport mondial de Human Rights Watch, dont la version anglaise comprend 656 pages (et la version abrégée en français 186 pages), examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction, le directeur exécutif Kenneth Roth invite les gouvernements du monde à reconnaître que les droits humains constituent un repère moral efficace lors de périodes agitées, et que les violations de ces droits risquent de déclencher ou d’aggraver de graves problèmes sécuritaires. Les avantages à court terme obtenus en portant atteinte aux valeurs fondamentales que sont la liberté et la non-discrimination compensent rarement le coût à long terme de telles violations.

En septembre, le président du Sénat nigérian a déclaré que les élections de 2015 risquaient d’être retardées, la nation étant « en guerre contre Boko Haram ». La Commission électorale nationale indépendante, qui supervise les élections, n’a pas encore pris de dispositions concrètes pour s’assurer de la participation de presque un million de personnes déplacées. La Convention de l’Union africaine sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées en Afrique, que le Nigeria a ratifiée en 2012, prévoit le droit des personnes déplacées à participer aux affaires politiques de leur pays, en leur donnant notamment le droit de vote et le droit de se présenter aux élections.

Boko Haram a tué sans distinction des civils, enlevé des femmes et des filles, enrôlé de force des jeunes hommes et des garçons, et détruit des villages, des villes et des écoles, a souligné Human Rights Watch. Le conflit a entraîné la mort de plusieurs milliers de civils, ainsi que le déplacement de plus de 981 416 résidents à l’intérieur du pays, et de plus de 150 000 autres qui se sont réfugiés dans des pays voisins.

Les forces de sécurité gouvernementales ont employé la manière forte en réponse à la violence de Boko Haram, entraînant de graves atteintes aux droits humains. Des suspects ont été systématiquement victimes d’abus, torturés et mis au secret dans des conditions de détention abusives sans inculpation ni procès.

Lors d’une attaque lancée en mars par Boko Haram contre la caserne militaire de Giwa et le centre de détention de Maiduguri, les forces de sécurité auraient tué plus de 600 détenus qui avaient cherché à fuir pendant l’attaque. Aucun membre des forces de sécurité n’a été jugé pour ces atteintes aux droits humains, ou pour de précédentes exactions, y compris des morts en masse et la destruction de biens issus d’une rafle militaire à Baga, dans l’État de Borno, en avril 2013. Malgré les nombreuses promesses des autorités militaires, ces incidents n’ont pas encore fait l’objet d’enquêtes.

Des groupes d’autodéfense locaux qui aident les forces de sécurité nigérianes auraient été impliqués dans le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats, ainsi que le mauvais traitement et les homicides de suspects du groupe Boko Haram.

Dans les États du centre-nord du Nigeria, la violence communale, alimentée par la concurrence autour du pouvoir et de l’accès à la terre qui oppose les pasteurs nomades aux communautés agricoles, a tué plus de 1 200 personnes en 2014. Les autorités nigérianes n’ont guère entrepris de démarches pour enquêter ou poursuivre en justice les auteurs de ces violences.

« En cette période électorale, les Nigérians devraient faire pression sur leur gouvernement pour qu’il fasse cesser la violence endémique », a précisé Mausi Segun. « Les dirigeants du Nigeria devraient autant se concentrer sur les droits de tous les résidents que sur la victoire qu’ils espèrent remporter dans les batailles autour de politiques partisanes. »