Une travailleuse domestique étrangère se promène avec l’enfant de son employeur devant une gigantesque affiche dans une rue de Dubaï, aux Émirats arabes unis.

© 2006 Abbas / Magnum Photos

(Beyrouth) – En 2014, les autorités des Émirats arabes unis (EAU) ont sévèrement restreint les droits à la liberté d’expression, d’association, et de réunion,  en réprimant durement les activités de dissidents et de toute personne suspectée de porter atteinte à la sécurité, a affirmé aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2015. De plus, les autorités n’ont mené aucune enquête sur des allégations crédibles selon lesquelles les forces de sécurité auraient emprisonné arbitrairement et torturé des opposants.

Les Émirats n’ont pas protégé correctement les travailleurs migrants des graves abus qui les menacent, et notamment les ouvriers du bâtiment qui construisent l’un de ses plus prestigieux projets. Les employées domestiques migrantes travaillent aux EAU dans des conditions parfois proches du travail forcé, de l’esclavage, ou du trafic d’êtres humains.

« Les Émirats arabes unis se targuent d’être un modèle de tolérance dans la région, mais les faits révèlent une vérité bien plus révoltante, qui trahit un mépris des principes des droits humains et de ceux qui s’engagent en leur faveur, » a affirmé Sarah Leah Whitson, Directrice de la division Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. « Les gouvernements et les institutions qui souhaitent développer des liens plus étroits avec les Émirats devraient regarder de plus près son récent bilan en matière de droits humains. » 

Cette 25e édition annuelle du Rapport mondial de Human Rights Watch, dont la version anglaise comprend 656 pages (et la version abrégée en français 186 pages), examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction, le directeur exécutif Kenneth Roth invite les gouvernements du monde à reconnaître que les droits humains constituent un repère moral efficace lors de périodes agitées, et que les violations de ces droits risquent de déclencher ou d’aggraver de graves problèmes sécuritaires. Les avantages à court terme obtenus en portant atteinte aux valeurs fondamentales que sont la liberté et la non-discrimination compensent rarement le coût à long terme de telles violations.

En août 2014, les autorités émiraties ont promulgué une loi antiterroriste de portée extrêmement large, qui leur permettra de poursuivre les opposants pacifiques, les dissidents politiques et les défenseurs des droits humains, en les accusant de terrorisme. La loi catégorise un large éventail de comportements non-violents et légitimes comme infractions terroristes, et prévoit la peine de mort pour, entre autres, tout acte que les autorités estiment « porter atteinte » à l’unité nationale.

En janvier, 20 Égyptiens et 10 Émiratis ont été condamnés à cinq ans de prison, pour avoir créé une branche des Frères musulmans au sein du pays. En août, les autorités ont emprisonné dix hommes d’affaires libyens, dont au moins deux ont été victimes d’une disparition forcée. Au moins trois dissidents émiratis ont été condamnés à la prison pour avoir critiqué le gouvernement sur les médias sociaux.

Les employées domestiques migrantes, pour la plupart des femmes, ne sont pas couvertes par le droit du travail des EAU, et ont continué à subir diverses violations de leurs droits. Certaines ont accusé leurs employeurs de violences physiques, ou de les avoir enfermées dans les maisons où elles travaillaient, ou encore de leur avoir confisqué leur passeport, ce qui compliquait leurs possibilités de quitter une situation professionnelle abusive. Beaucoup d’entre elles ont affirmé que leurs patrons ne payaient pas tous les salaires dus, leurs imposaient des horaires excessivement longs sans pauses ni jours de congés ; ou qu’ils les privaient de nourriture adaptée, de bonnes conditions de vie ou de soins médicaux.

Les travailleurs migrants ont continué à subir de graves violations de leurs droits, et notamment le non-paiement des salaires et des expulsions sommaires pour les ouvriers d’un des plus prestigieux projets immobilier du pays, l’île de Saadiyat, qui accueillera des succursales des musées du Louvre et Guggenheim, ainsi qu’un campus de l’Université de New York.