Structures temporaires construites par des personnes déplacées arrivées récemment en 2007 dans la région de Goz Beida, dans l’est du Tchad.

© 2007 Paolo Pellegrin/Magnum

(New York) - Les membres de groupes paramilitaires armés représentent une grave menace pour les civils qui ont fui les violences et l'insécurité, et qui retournent maintenant dans leurs villages, a indiqué Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. De nombreuses personnes qui sont retournées dans leurs régions d'origine ont été soit tuées, soit recrutées par la force dans des groupes paramilitaires ou menacées de mort par des hommes armés qui dans plusieurs cas se sont emparés de leurs terres.

Le rapport de 48 pages, « Le risque du retour : Rapatriement des personnes déplacées dans le contexte du conflit dans l'est du Tchad », documente les exactions perpétrées contre les personnes qui sont retournées dans leurs villages depuis les camps pour personnes déplacées dans le sud-est du Tchad.  Le gouvernement tchadien devrait s'employer à rétablir la sécurité dans les zones rurales où nombre des déplacés reviennent. En même temps, les Nations Unies devraient s'assurer que l'aide alimentaire se poursuit pour les personnes déplacées qui vivent dans les camps, de façon à ce qu'elles ne soient pas contraintes de cultiver des terres dans des zones non sécurisées, explique le rapport.

« Les personnes déplacées qui retournent dans leurs villages d'origine sont confrontées à des menaces, des actes d'intimidation et des violences physiques de la part de groupes armés », a déclaré Georgette Gagnon, directrice pour l'Afrique à Human Rights Watch. « Le gouvernement tchadien, l'ONU et les organisations humanitaires devraient s'assurer que l'assistance aux personnes déplacées encourage des retours dans des conditions de sécurité et de dignité. »

L'opération de maintien de la paix de l'ONU dans l'est du Tchad, connue sous le nom de MINURCAT, a désigné le retour d'une « masse critique » des personnes déplacées internes dans leurs villages d'origine comme l'un des critères permettant de mesurer la réussite de la mission. Cependant, partout dans l'est à l'exception des grandes villes bien défendues, l'armée, la police et les gendarmes du gouvernement sont rarement présents. De ce fait, les personnes qui retournent chez elles ont peu de protection contre les groupes armés, qui vont des factions rebelles tchadiennes à des bandes criminelles peu organisées. Nombre de personnes qui ont tenté de rentrer chez elles ont dit à Human Rights Watch que des hommes armés s'étaient emparés de leurs biens et avaient menacé de les tuer si elles ne retournaient pas dans les camps.

La force de maintien de la paix - mandatée par le Conseil de sécurité de l'ONU pour protéger les civils dans l'est du Tchad, en particulier ceux qui rentraient chez eux et ceux qui étaient encore déplacés - a peut-être empêché une reprise des violences organisées contre les civils, mais elle s'est révélée incapable de combler le vide sécuritaire laissé par le manque d'appareil sécuritaire gouvernemental en état de fonctionnement. « Le risque du retour » décrit les mesures que le gouvernement tchadien, les Nations Unies et les gouvernements bailleurs de fonds peuvent prendre pour garantir que les personnes qui choisissent de retourner dans leurs villages puissent le faire volontairement dans des conditions de sécurité et de dignité, et que l'assistance humanitaire continue pour celles qui restent dans les camps ou dans d'autres lieux vers lesquels elles ont fui.

Nombre des personnes interrogées ont expliqué à Human Rights Watch que des rations alimentaires insuffisantes et l'impossibilité de trouver des terres arables à proximité des camps les contraignaient à s'aventurer à retourner vers des zones agricoles éloignées où l'insécurité et le banditisme rendent impossible l'intervention de la plupart des agences humanitaires. Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a interrompu l'aide alimentaire aux personnes déplacées internes en 2008, mais a recommencé à fournir des rations limitées en avril 2009 à la suite d'une évaluation de sécurité alimentaire d'urgence. Mais les personnes qui sont restées dans les camps disent que cette nouvelle assistance est insuffisante pour nourrir leurs familles et qu'elles sont donc obligées de trouver d'autres sources de nourriture.

Human Rights Watch a appelé à des efforts échelonnés et prudents pour renvoyer vers leurs villages les personnes déplacées, capables de soutenir des retours spontanés ainsi qu'une assistance garantie pour les personnes qui restent dans leurs sites de déplacement, ou qui se réinstallent dans des zones plus sûres du pays. Des tensions sont également apparues entre personnes de retour et communautés n'ayant pas été déplacées, à propos d'un accès inégal à l'aide humanitaire, qui favorise en général les personnes qui ont été déplacées. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) devrait revoir les programmes d'assistance humanitaire afin de garantir qu'ils bénéficient aux civils qui ont le plus besoin d'aide alimentaire et de soins médicaux.

Le rapport « Le risque du retour » reconnaît que la protection et l'assistance des personnes déplacées internes relèvent essentiellement de la responsabilité du gouvernement. Human Rights Watch a appelé le gouvernement tchadien à exiger que les auteurs de graves violations des droits humains à l'encontre des civils - notamment les personnes déplacées retournant chez elles - rendent des comptes pour leurs crimes.

« Le gouvernement tchadien, avec le soutien de l'ONU, doit renforcer la faible présence de la police dans l'est du Tchad, en particulier dans les zones où les gens rentrent actuellement chez eux », a insisté Georgette Gagnon. « Les Tchadiens déplacés internes ont les mêmes droits que tout autre citoyen, et ces droits comprennent la protection contre les bandits et les groupes paramilitaires qui règnent sur les zones rurales dans l'est du Tchad. »

Contexte

Les attaques systématiques des milices qui ont commencé dans l'est du Tchad fin 2005 ont fait des centaines de morts parmi les civils et ont forcé au moins 180 000 personnes à se réfugier dans des camps pour personnes déplacées internes, surtout au sud-est dans la région frontalière du Dar Sila. Environ 27 000 de ces personnes sont retournées dans leurs villages dans l'est du Tchad en 2008, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).

En réponse aux violences des milices contre les civils dans l'est du Tchad, le Conseil de sécurité de l'ONU a approuvé la Mission des Nations Unies en République Centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) en septembre 2007. Une force temporaire de l'Union européenne, connue sous le nom d'EUFOR, a déployé 3 300 soldats dans l'est du Tchad pour une durée d'un an ayant pris fin en mars 2009. En janvier 2009, le Conseil de sécurité de l'ONU a remplacé l'EUFOR par les forces de maintien de la paix de l'ONU, et a mis en place un ensemble de critères permettant d'évaluer la réussite de la mission et comprenant le retour des personnes déplacées internes dans leurs régions d'origine.