Nigeria : Halte à la pratique de l’enchaînement

(Vidéo, sous-titres via cc) – Au Nigeria, de nombreux centres censés soigner les personnes atteintes de troubles mentaux enchaînent les pieds de ces personnes. Il s’agit d’une pratique cruelle qui ne fait que prolonger les troubles au lieu de les guérir, selon HRW qui demande au gouvernement d’y mettre fin.

(Abuja, le 11 novembre 2019) - Des milliers de personnes atteintes de troubles mentaux au Nigeria sont enchaînées et enfermées dans des établissements où elles sont soumises au risque de graves abus, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Le recours à la détention, à l’enchainement et à la violence est répandu dans les hôpitaux d’État, les centres de réadaptation, les centres de guérison traditionnels et les établissements religieux, qu’ils soient chrétiens ou islamiques.

« Les personnes atteintes de troubles mentaux devraient bénéficier de soins efficaces au sein de leurs communautés, au lieu d’être enchaînées et maltraitées », a déclaré Emina Ćerimović, chercheuse senior auprès de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch.

Le président Muhammadu Buhari a déclaré en octobre 2019, au sujet des centres de réadaptation islamiques qu'il ne tolérerait pas des actes de « torture » ni des « violences physiques » sous prétexte de réhabilitation, mais le gouvernement n'a toujours pas reconnu que de telles violences sont aussi commises dans des centres gérés par le gouvernement.

Entre août 2018 et septembre 2019, Human Rights Watch a visité 28 établissements – y compris des hôpitaux psychiatriques, des centres de réadaptation gérés par l'État, des centres de guérison traditionnels, ainsi que des centres islamiques et chrétiens – dans le Territoire de la capitale fédérale ainsi que huit États nigérians, Human Rights Watch a interrogé 124 personnes, dont 49 victimes de l’enchaînement et leurs familles, des membres du personnel des établissements, des professionnels de la santé mentale et des représentants du gouvernement.

Des problèmes profondément ancrés dans les systèmes de santé et de protection sociale du Nigéria empêchent la plupart des personnes concernées d’obtenir des soins de santé mentale adéquats ou le soutien nécessaire au sein de leurs communautés. La stigmatisation et les idées fausses, comme celle selon laquelle les troubles mentaux seraient causés par des esprits diaboliques ou des forces surnaturelles, incitent souvent les parents à emmener leurs proches dans des lieux de guérison religieux ou traditionnels.

Le Nigeria a ratifié en 2007 la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), qui garantit le droit de ne pas être soumis à la torture ou à des traitements forcés. Dans un rapport de 2015, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture a déclaré que la pratique de l’enchaînement peut être considérée sans équivoque comme un acte de « torture ».

Le gouvernement nigérian devrait interdire l’enchaînement et enquêter sur le recours à cette pratique dans les 36 États du pays, ainsi que le Territoire de la capitale fédérale. Le gouvernement devrait aussi mettre en place des services de santé mentale communautaires de qualité, accessibles et abordables.

Texte complet en anglais :

www.hrw.org/news/2019/11/08/nigeria-people-mental-health-conditions-chained-abused

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