Le Président français Emmanuel Macron, à gauche, serre la main au Président chinois Xi Jinping à l'issue d'une cérémonie de signature dans le Grand Hall du Peuple à Pékin, le mercredi 6 novembre 2019.

© 2019 Nicolas Asfouri/Pool Photo via AP

Les différentes déclarations publiques du président français Emmanuel Macron lors de sa visite en Chine la semaine dernière ont été marquantes par ce qui n’a pas été dit, plus que par leur teneur.

Au vu de l’ampleur des violations des droits humains en Chine, le président français avait une occasion importante de faire pression publiquement sur ses hôtes chinois sur toute une série de sujets. Mais Emmanuel Macron n'a fait aucune mention publique de la campagne de répression de masse menée par le gouvernement chinois contre les musulmans du Xinjiang, qui se traduit notamment par la détention arbitraire d'environ un million de personnes. Pas un mot sur Ilham Tohti, éminent économiste ouïghour récemment récompensé par le prestigieux prix Sakharov, qui croupit en prison. Rien non plus sur l’écrasement par la Chine de toute critique pacifique à travers le pays.

Prévenu par le gouvernement chinois avant sa visite de ne pas s'immiscer dans les « affaires intérieures » du pays, Emmanuel Macron semble avoir préféré le silence à la critique publique des violations graves commises sous le président chinois Xi Jinping. Lors de sa conférence de presse de clôture, Emmanuel Macron a indiqué avoir souligné dans ses échanges avec Xi la nécessité du dialogue et de la retenue à Hong Kong, mais cela est insuffisant et loin d’un appel à Xi à respecter les engagements de la Chine vis-à-vis des droits des habitants de Hong Kong.

Nous avions, dans une lettre, exhorté le président français à utiliser l’opportunité de sa visite pour demander publiquement au gouvernement chinois de fermer les camps « d'éducation politique » du Xinjiang, de libérer les personnes critiques à l’égard du gouvernement injustement détenues et de s'engager à respecter les droits et libertés des Hongkongais. 

Malgré les preuves accablantes de violations systématiques des droits humains par la Chine, de nombreux dirigeants à travers le monde persistent à mener avec elle une « diplomatie silencieuse ». Mais la persuasion discrète n'a pas généré suffisamment de pression pour faire sentir à Xi le coût de sa répression brutale. Se taire publiquement face à de tels abus, comme l'a fait Macron, ne fait qu'encourager Xi à continuer sur la même pente.

Macron a été plus enclin à parler de commerce : des contrats d'une valeur de 13,6 milliards d’euros auraient été signés avec des entreprises françaises lors de la visite du président français. Ce dernier a également inauguré le nouveau Centre Pompidou à Shanghai et plaidé pour le tournage en Chine des futures aventures d’Astérix le Gaulois.

Les Ouïghours, les défenseurs des droits détenus et les autres personnes persécutées sous la présidence brutale de Xi, n’auront pu compter sur aucune critique publique d’Emmanuel Macron. Xi peut continuer de réprimer tranquillement, apparemment sans avoir à s'inquiéter de conséquences dans ses relations bilatérales avec la France. 

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