Le mot « crise » est celui qui a été le plus souvent employé depuis six ans pour décrire la situation en République centrafricaine. Plus de 70% de la superficie du pays sont toujours contrôlés par des groupes armés et un accord de paix fragile est mis à l'épreuve par des meurtres commis récemment dans le nord-ouest. Mais les régions du pays qui sont sous le contrôle du gouvernement central, dont la capitale, Bangui, étaient considérées comme sûres pour les journalistes et les opposants politiques. Jusqu'à présent.  

Une photo prise devant le siège de la MINUSCA à Bangui par le photojournaliste Florent Vergnes en octobre 2018. En juin 2019, Vergnes et son confrère Charles Bouessel, également correspondant de l'AFP, ont été violemment agressés par des membres de l'OCRB, alors qu'ils tentaient de couvrir une manifestation. 

© 2018 Florent Vergnes/AFP/Getty Images

En fin de semaine dernière, deux journalistes français et un Centrafricain membre de l'opposition politique ont été violemment agressés et arrêtés par des membres de l'Office centrafricain de répression du banditisme (OCRB), lors d'une manifestation pacifique. Les journalistes, Charles Bouessel et Florent Vergnes, qui travaillent tous deux pour l'Agence France-Presse, couvraient une manifestation organisée par un nouveau mouvement d'opposition. Le ministre de l'Intérieur avait interdit cette manifestation deux jours auparavant. 

L'OCRB a depuis longtemps la réputation de recourir à une force excessive. Human Rights Watch a informé de manière extensive sur des abus commis par des membres de l'OCRB, notamment les meurtres d'au moins 18 personnes entre avril 2015 et mars 2016, et a appelé les autorités centrafricaines à envisager de dissoudre cette unité.  

Les journalistes, dont l'équipement et les documents ont été confisqués et endommagés par les agents de l'OCRB, ont été remis en liberté le jour même de leur arrestation et accusés de participation à une manifestation interdite. Ces chefs d'accusation ont été par la suite abandonnés. Quant à l'opposant politique, Joseph Bendouga, il a été remis en liberté le 19 juin.  

Des sources nous ont affirmé que Bendouga avait été passé à tabac lors de sa garde à vue. Et les journalistes ont affirmé à Human Rights Watch qu'ils avaient également été frappés, lors de la manifestation et alors qu'ils venaient de descendre d'un véhicule de l'OCRB. « Ils m'ont frappé plusieurs fois, y compris au visage », a déclaré l'un des journalistes. « Je saignais du nez. Ils m’ont frappé dans dos avec une Kalachnikov. »  

Cette agression éhontée de journalistes qui faisaient leur travail est inexcusable, et elle devrait – en même temps que le traitement réservé à Bendouga – faire l'objet d'une enquête crédible de la part des autorités.  

La République centrafricaine essaye de se redresser après le conflit dévastateur qui a presque fait éclater le pays. Mais les actes de ce genre ne sont pas dignes d'un gouvernement qui veut restaurer l'ordre et l'état de droit à la suite d'une crise nationale.   

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