Des jeunes filles indiennes participent à un séminaire sur l'hygiène féminine (« Great WASH Yatra ») coorganisé en Inde en 2012 par l'association WASH United.

 

© 2012 Himanshu Khagtan / WASH United

(Stockholm, le 27 août 2017) – Le simple fait biologique de la menstruation ne devrait pas constituer un obstacle à l’égalité des sexes ou entraver la jouissance par les femmes et les filles de leurs droits humains, a déclaré Human Rights Watch et WASH United aujourd’hui. Les deux organisations ont publié un  guide à l’intention des groupes actifs dans les domaines de l’humanitaire et du développement ainsi que d’autres personnes travaillant auprès des femmes et des filles, ceci dans le but de leur faciliter la tâche d’aborder dans leurs programmes les questions de droits humains qui se rapportent à l’hygiène menstruelle.

La plupart des femmes et des filles auront chaque mois leurs règles entre la ménarche et la ménopause ; néanmoins, cette fonction corporelle normale est toujours entourée de silence et de tabous et fait également l’objet d’une stigmatisation. Les femmes et les filles du  monde entier font face à de nombreux défis pour gérer leurs menstruations, ce qui devrait pourtant être une question qui relève tout simplement de la vie privée et du maintien de la santé. Les serviettes hygiéniques ou autres produits peuvent être indisponibles ou hors de prix ; les femmes et filles peuvent ne pas avoir accès à des toilettes qui assurent la sécurité, où l’eau est salubre et où elles peuvent se laver en toute intimité ; et elles peuvent être confrontées à des normes ou pratiques culturelles discriminatoires qui rendent difficile le maintien d’une bonne hygiène menstruelle. En raison de ces défis réunis, les femmes et les filles peuvent se voir privées de certains de leurs droits humains fondamentaux.

« Souvent, les personnes qui élaborent des politiques et gèrent des programmes – y compris les défenseurs des droits humains – ne comprennent pas pleinement l’impact que les règles d’une femme peuvent avoir sur sa capacité à mener sa vie si elle ne dispose pas de ce dont elle a besoin pour bien gérer ses menstruations », a déclaré Amanda Klasing, chercheuse senior auprès de la division Droits des femmes à Human Rights Watch. « En brisant le silence qui entoure le sujet de la menstruation, les femmes pourront mieux identifier les obstacles qu’elles rencontrent dans la gestion de leurs règles. »  

Le guide à l’intention des praticiens explique comment la capacité des femmes et des filles à gérer leurs menstruations avec dignité et normalité, et d’une manière qui soit hygiénique, leur permet de jouir de certains droits humains. Par exemple, ce guide aborde les droits à l’éducation, à la santé, à l’eau et à l’assainissement, et explique comment ils sont liés à la gestion de l’hygiène menstruelle.

Pendant des années, les organisations de défense des droits humains ont documenté comment les règles, ainsi que le soutien politique et programmatique insuffisant accordé à la gestion menstruelle, ont un effet négatif sur les droits humains des femmes et des filles. Les décisions concernant le fonctionnement des camps de réfugiés, des centres de détentions, des écoles et des lieux de travail qui influent sur la manière dont les menstruations sont gérées, ont une incidence directe sur les droits humains. Lorsque le soutien accordé à la gestion menstruelle est insuffisant, certaines femmes et filles affirment qu’elles restent à la maison après l’école, qu’elles s’absentent de leur travail, qu’elles sont bannies par leurs familles ou qu’elles souffrent de traitements humiliants au sein de leurs communautés. Les personnes travaillant dans des organisations humanitaires ou de développement pourraient percevoir ce mauvais traitement tout en manquant d’outils efficaces pour y remédier. Ce nouveau guide à l’intention des praticiens les aidera à adopter un cadre de travail basée sur les droits humains pour mettre ces problèmes en lumière et les résoudre.

« C’est simple : les femmes et les filles ont des droits humains et elles ont des règles. Nul de ces deux faits ne devrait annuler l’autre », a déclaré Hannah Neumeyer, directrice de la division des droits humains a WASH United, organisation dont le travail vise à mettre fin à la crise mondiale de l’assainissement de de l’hygiène. « L’incapacité des femmes à gérer leurs menstruations avec dignité a une incidence négative sur les droits humains ; ces derniers doivent donc être au cœur de toute solution. »  

Human Rights Watch et WASH United recommandent que les groupes qui fournissent des services aux femmes évaluent leurs programmes pour déterminer si une femme ou une fille a :

  • Des produits d’hygiène menstruelle adéquats, acceptable et de prix abordable ;
  • Un accès à des installations, infrastructures et matériels d’assainissement adéquats qui permettent aux femmes et aux filles de changer et de jeter les produits d’hygiène menstruelle ; et
  • Une connaissance du processus de la menstruation et des options disponibles pour la gestion de l’hygiène menstruelle.

Les praticiens impliqués dans la création de programmes ou dans des activités de plaidoyer liées à la gestion de l’hygiène menstruelle devraient également :

  • Être conscients de la stigmatisation et des pratiques néfastes liées à la menstruation dans le contexte culturel spécifique où ils travaillent ;
  • Soutenir les efforts visant à modifier les normes et pratiques culturelles préjudiciables qui stigmatisent la menstruation et les femmes et filles qui ont leurs règles ;
  • S’attaquer aux formes de discrimination qui ont une incidence négative sur la capacité des femmes et des filles à gérer leurs menstruations, y compris les femmes et les filles handicapées, les personnes LGBTI et autres personnes qui ne se conforment pas au genre, ainsi que les autres groupes à risque ; et
  • Être informés des droits humains et les incorporer dans leurs activités de plaidoyer et de création de programmes, y compris les droits à l’information et à la participation aux décisions.

« Les praticiens sont aux premières lignes de la lutte contre les discriminations et la stigmatisation qui entourent la menstruation », a conclu Amanda Klasing.« Ce guide les aidera à adapter les services et les programmes aux besoins des femmes et des filles afin de leur faciliter la gestion de leur menstruation en leur permettant de jouir de leurs droits. »

-------------