(Genève) – Les violations des droits humains à grande échelle se sont amplifiées en République démocratique du Congo au cours des derniers mois. Les forces de sécurité gouvernementales ont exercé une répression politique brutale contre les personnes qui se sont opposées au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila au-delà de la limite des deux mandats consécutifs permise par la constitution, qui a expiré le 19 décembre 2016. Entre-temps, les violences entre les forces gouvernementales et les milices locales se sont intensifiées dans de nombreuses régions du pays, notamment dans les provinces du Kasaï, du Tanganyika, du Nord-Kivu et du Kongo Central, ainsi que dans la capitale, Kinshasa. Certaines de ces situations sont liées à la crise politique plus large. Les progrès des autorités sont limités ou inexistants en matière de poursuite des responsables des abus passés.

Les délégués arrivent à la 34ème session de Conseil des droits de l'homme des Nations Unies à Genève, en Suisse, le 27 Février 2017.

© 2017 Reuters

Les pires violences ont eu lieu dans les provinces du Kasaï. Depuis août 2016, plus de 400 personnes ont été tuées et 200,000 autres ont été déplacées de leurs foyers, d’après les Nations Unies. Les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive, tirant sans raison valable sur des membres présumés de milices, y compris des femmes et des enfants. Deux douzaines de fosses communes présumées ont été signalées. Le 12 mars, des membres américains et suédois du groupe d’experts des Nations Unies et les quatre Congolais qui les accompagnaient ont disparu dans la province du Kasaï Central, alors qu’ils enquêtaient sur les récentes violations des droits humains ; des opérations sont toujours en cours pour les retrouver.

Lors des manifestations politiques organisées à travers le pays en décembre dernier, les forces de sécurité ont tué plus de 50 personnes. Des centaines de leaders et de partisans de l’opposition, d’activistes pro-démocratie et de manifestants pacifiques ont été emprisonnés. Au moins six médias proches de l’opposition sont toujours fermés, et le signal de Radio France Internationale (RFI) est coupé à Kinshasa depuis plus de quatre mois.

Un accord sous la médiation de l’Église catholique, signé à la fin de l’année 2016, inclut un engagement clair à ce que des élections présidentielles soient organisées avant la fin de l’année 2017 et que le président Kabila ne brigue pas un troisième mandat. Cependant, les avancées dans la mise en œuvre de cet accord sont paralysées, et de graves questions persistent quant à savoir si Joseph Kabila et les autres leaders politiques sont bien résolus à organiser les élections.

Garantir la mise en œuvre de cet accord est probablement la meilleure manière d’éviter que la situation déjà explosive en RD Congo ne se dégrade davantage. Un engagement international aux plus hauts niveaux sera capital.

Nous demandons instamment au Conseil des droits de l’homme et aux États membres de :

  • Renforcer la surveillance de la situation des droits humains en RD Congo, et soutenir l’appel du Haut-Commissaire en faveur d’une Commission d’enquête ou d’une enquête internationale indépendante similaire sur la situation dans la région du Kasaï ;
  • Compte tenu de la situation désastreuse, qui se détériore, envisager la tenue d’une session spéciale sur la RD Congo ;
  • Soutenir l’application de sanctions ciblées supplémentaires de l’ONU, de l’UE et des États-Unis à l’encontre des individus les plus responsables de graves atteintes aux droits humains.

L’engagement du Conseil est désormais essentiel pour protéger les civils de futures violences, faire pression pour que justice soit rendue pour les graves violations des droits humains commises et s’assurer que des élections crédibles soient organisées en temps voulu pour construire un pays plus démocratique et plus respectueux des droits.

Je vous remercie.