Des personnes font la queue devant l'entrée d'un bureau de vote dans la capitale du Burundi, Bujumbura, le 29 juin 2015.

© 2015 Reuters

Hier, les Burundais se sont rendus aux urnes afin d’élire leurs représentants communaux et parlementaires, dans les élections les plus controversées qu’a connues ce pays depuis de nombreuses années.  Les premières informations indiquent un faible taux de participation ; de nombreuses personnes ont choisi de rester chez elles.  Après plusieurs semaines de violence de la part de la police, de durs affrontements entre manifestants et policiers, des dizaines de morts, et la fermeture de presque toutes les stations de radio privées (principale source d’information dans ce pays), ce n’est pas étonnant que beaucoup de Burundais n’ont pas envie d’aller voter.

Des manifestations contre la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat se déroulent depuis presque deux mois.  Suite aux tactiques brutales de la part de la police, ce mouvement de contestation s’est essoufflé en mi-juin, mais la frustration et la colère ne se sont pas dissipées, et certains manifestants ont eu recours à la violence.

Presque tous les partis d’opposition boycottent les élections.  Pour eux, et pour nombre d’autres Burundais, la victoire du parti au pouvoir est un fait accompli.  L’Union africaine, l’Union européenne et d’autres observateurs électoraux semblent être d’accord, et ont décidé de ne pas observer les scrutins parce que les conditions pour des élections libres, équitables et crédibles ne sont pas réunies.

Lors de ma visite au Burundi la semaine dernière, j’ai constaté que quasiment toutes les personnes que j’ai rencontrées étaient en proie à un sentiment d’angoisse. Presque tous les Burundais avec qui je me suis entretenue, même ceux qui ne s’intéressent pas à la politique, se demandaient comment quitter le pays, comme plus de 100,000 autres Burundais qui ont déjà fui.  Nos conversations se terminaient toujours de la même manière: « Qu’est-ce qu’on peut faire?  Nous attendons voir ce qui va se passer » --  un triste sentiment de résignation parmi cette population habituellement dynamique et énergique.

L’ambiance dans la capitale, Bujumbura, était tendue et la ville semblait vide.  Pendant la journée, les gens vaquaient à leurs affaires, malgré des explosions fréquentes de grenades.  Mais les magasins, les restaurants et les bars fermaient tôt, et au lieu des embouteillages habituels à l’heure de pointe dans l’après-midi, les avenues étaient presque vides.  Des groupes de policiers lourdement armés attendaient aux coins des rues, arrêtant et fouillant les véhicules.

Lorsque j’ai voyagé dans l’intérieur du pays, l’ambiance était tout aussi sombre.  A cause du blackout médiatique, on entend peu parler des arrestations de membres de partis d’opposition, de menaces à l’encontre de manifestants présumés, ou de tirs mortels dans les provinces.  Pourtant, ces exactions continuent à travers le pays.

La nouvelle à la une la semaine dernière: la défection du deuxième vice-président du Burundi, la personnalité de plus haut rang parmi une longue série d’autorités gouvernementales ou du parti au pouvoir qui ont publiquement dénoncé le président Nkurunziza et l’ont accusé d’entraîner le pays vers la ruine politique et économique.  Il a été rejoint depuis par le président de l’Assemblée nationale.

Le cercle des partisans du président Nkurunziza est en train de se rétrécir, mais cela ne l’a pas dissuadé, jusqu’à présent, de s’accrocher au pouvoir, de bafouer les libertés civiques, et de continuer d’avancer vers des élections qui, selon de nombreux observateurs, manquent de crédibilité.   Il est resté sourd aux conseils de ses alliés et a ignoré les appels de diplomates africains et occidentaux.

Il n’est pas trop tard pour s’éloigner du précipice.  Les élections présidentielles sont prévues le 15 juillet et les élections sénatoriales le 24 juillet.  Le gouvernement devrait immédiatement prendre des mesures concrètes pour calmer les tensions et restaurer la confiance parmi les Burundais: lever l’embargo sur les stations de radio, ordonner à la police de ne pas utiliser la force excessive et meurtrière, et permettre aux gens de s’exprimer librement et pacifiquement.  Ces simples actions démontreraient l’engagement du gouvernement à préserver les avancées démocratiques précieuses du Burundi.

À l’inverse, l’absence de telles mesures risque de ramener le pays plusieurs années en arrière.