« Avant que ta maison ne soit emportée, tu devrais la marier », a dit un voisin à la mère de Khushi. Khushi a dû quitter l’école car ses parents n’avaient plus les moyens de la lui payer. Ils lui ont arrangé un mariage alors qu’elle avait 13 ans.

Le Bangladesh est le pays au monde qui compte le plus de jeunes filles mariées avant 15 ans – 29 %. A 18 ans, elles sont 65 %.

De nombreux facteurs convergent au Bangladesh et poussent les familles pauvres au mariage précoce : le manque d’accès à l’éducation - souvent, les familles ne peuvent assumer les frais de scolarité et considèrent les filles prêtes pour le mariage dès qu’elles ont quitté l’école ; les traditions, car plus la fille est jeune, moins la dot est élevée ; les catastrophes naturelles, qui enfoncent les familles encore davantage dans l’indigence ; enfin, le harcèlement sexuel et les menaces d’enlèvement auxquelles font face de nombreuses jeunes filles - les parents voient dans le mariage un moyen de les protéger.

Plusieurs filles ont employé les mêmes termes pour nous décrire la façon dont leur mariage précoce les avait affectées : « Ma vie est détruite. » Et les recherches le confirment. Les filles qui se marient tôt sont déscolarisées. Elles et leurs enfants encourent de graves dangers du fait des grossesses précoces, et ont plus de chances d’être victimes de violences domestiques.

Mariages précoces au Bangladesh

HRW a mené une enquête sur les mariages précoces au Bangladesh, et les effets néfastes sur la vie des jeunes filles concernées.

Le gouvernement du Bangladesh peut et doit faire davantage pour mettre fin à ces mariages. C’est ce qu’il faut faire du point de vue moral, mais aussi ce qu’exige le droit international. En 2014, le gouvernement bangladeshi a annoncé vouloir abolir le mariage d’enfants de moins de 15 ans à l’horizon 2021, et ceux des enfants de moins de 18 ans d’ici 2041. Mais il a vite fait marche arrière en abaissant l’âge légal du mariage pour les filles de 18 à 16 ans.

La Suisse est un bailleur de fonds important pour le Bangladesh : sa générosité en fait le 11ème bailleur du pays. Par le biais des programmes qu’elle soutient, la Suisse peut aider à ce que la promesse du Bangladesh devienne réalité et venir en aide aux jeunes filles exposées au risque d'un mariage précoce et à celles déjà mariées comme Khushi. Par exemple, les collectivités territoriales qui bénéficient de l'aide de la Suisse pour se réformer ont un rôle essentiel à jouer dans ce domaine, et les programmes de développement des compétences pourraient cibler les jeunes filles mariées.

Mais surtout, la Suisse devrait profiter des liens étroits qui l’unissent au Bangladesh pour exercer une pression politique afin le Bangladesh que mette fin aux mariages précoces.

Chaque jour, des jeunes filles sont mariées contre leur gré. La Suisse peut, et doit, les aider.

---------------

John Fisher est le directeur du bureau de Genève de Human Rights Watch.