Prisonniers politiques iraniens. En haut (de gauche à droite) : Loghman Moradian, Zaniar Moradian et Kourosh Ziari. En bas (de gauche à droite) : Mansouri Masoud Bastani , Mohammad Ali (Pirouz) et Saeed Rezaei.

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(Beyrouth) – Des éléments répressifs au sein des forces de sécurité, des services de renseignement et du système judiciaire en Iran ont conservé des pouvoirs étendus et ont commis de graves violations des droits humains tout au long de l'année 2014, a déclaré Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2015, publié aujourd'hui.

Les puissants services de sécurité et de renseignement iraniens, appuyés par un système judiciaire complaisant, ont continué de se livrer à des activités répressives, alors que l'élection à la présidence de Hassan Rouhani en août 2013 avait laissé espérer une amélioration de la situation dans le pays en matière de droits humains. Les autorités ont apparemment accentué leur répression de la dissidence sur Internet, les tribunaux révolutionnaires infligeant de lourdes punitions, y compris des peines de mort, à des blogueurs et à d'autres utilisateurs des réseaux sociaux. Les autorités ont également arrêté ou pris pour cible de nombreux militants et des personnalités en vue de l'opposition, notamment les candidats à l'élection présidentielle de 2009 Mir Hossein Mousavi et Mehdi Karroubi, qui ont été maintenus en résidence surveillée sans procès. Des exécutions, en particulier pour des infractions liées à la drogue, ont eu lieu à un rythme alarmant.

« Le système judiciaire et les forces de sécurité constituent un obstacle majeur qui empêche les victimes de violations des droits humains d'obtenir justice en Iran », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du nord. « Il est clair qu'en dépit de son mandat populaire, le président Rouhani n'exerce qu'un contrôle limité sur leurs agissements. Mais il peut et il devrait faire davantage pour montrer aux Iraniens qu'il est déterminé à défendre les droits humains et la justice. »

Cette 25e édition annuelle du Rapport mondial de Human Rights Watch, dont la version anglaise comprend 656 pages (et la version abrégée en français 186 pages), examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction, le directeur exécutif Kenneth Roth invite les gouvernements du monde à reconnaître que les droits humains constituent un repère moral efficace lors de périodes agitées, et que les violations de ces droits risquent de déclencher ou d’aggraver de graves problèmes sécuritaires. Les avantages à court terme obtenus en portant atteinte aux valeurs fondamentales que sont la liberté et la non-discrimination compensent rarement le coût à long terme de telles violations.

En Iran, les femmes et les membres des minorités ethniques et religieuses, y compris les Baha’is, ont subi en 2014 des discriminations dans la loi et dans la pratique. L'Iran est aussi l'une des plus grandes prisons pour journalistes et blogueurs dans le monde, avec au moins 48 personnes incarcérées à la date d'octobre 2014. Parmi elles, figuraient le correspondant du Washington Post, Jason Rezaian, qui a été arrêté par des agents de la sécurité le 22 juillet en même temps que sa femme, Yeganeh Salehi, également journaliste. Les autorités détiennent Rezaian sans qu'aucun chef d'accusation n'ait été prononcé contre lui et l'ont empêché de joindre son avocat. Le gouvernement se livre également au blocage systématique de sites internet et au brouillage des émissions de télévision par satellite étrangères.

Selon des sources officielles, les autorités iraniennes ont exécuté au moins 200 prisonniers en 2014, mais le nombre réel des exécutions est estimé à plus de 600. Au moins huit personnes exécutées auraient été des mineurs âgés de moins de 18 ans au moment des crimes, meurtres ou viols généralement, qui ont conduit à leurs condamnations.

Des dizaines de militants et de défenseurs des droits humains sont en prison pour des raisons liées à des activités pacifiques ou professionnelles, y compris des avocats comme Mohammad Seifzadeh et Abdolfattah Soltani qui ont été pris pour cible en partie à cause de leurs attaches avec le Centre des défenseurs des droits de l'homme (Center for Human Rights Defenders) de Shirin Ebadi. Nasrin Sotoudeh, une avocate qui a été emprisonnée sur la base d'accusations vagues relatives à la sécurité nationale, s'est vu interdire d'exercer sa profession pendant 10 ans après sa sortie de prison en 2013.

En septembre 2014, un tribunal a annulé cette suspension mais le 18 octobre, la commission de discipline du Barreau iranien a informé Nasrin Sotoudeh qu'elle avait révoqué sa licence d'avocate pour trois ans en raison de sa condamnation.

Le gouvernement a longtemps refusé d'accorder un visa d'entrée à Ahmed Shaheed, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains en Iran.