In northern British Columbia, a highway sign warns girls of the dangers of hitchhiking along the Highway of Tears.

© 2012 Samer Muscati

(Toronto) – Les nouvelles données collectées par la police en 2014 révèlent que plus de 1 100 femmes et filles autochtones ont disparu ou ont été assassinées au Canada depuis 1980, soit le double des estimations précédentes, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2015. Le gouvernement canadien a refusé de céder aux appels à une enquête nationale sur ces violences, optant plutôt pour des demi-mesures qui ne contribuent guère à résoudre les problèmes structurels à la base des violences.

« Vis-à-vis des centaines de victimes et de leurs familles, le Canada a le devoir de faire toute la lumière sur les violences qui ont causé tant de souffrances aux communautés autochtones »,  a souligné Meghan Rhoad, chercheuse auprès de la Division Droits des femmes de Human Rights Watch. « Vis-à-vis de toutes les femmes et filles indigènes du pays qui se demandent si elles seront les prochaines sur la liste, le gouvernement se doit en outre d’élaborer un plan d’action national qui les protégera. »

Cette 25e édition annuelle du Rapport mondial de Human Rights Watch, dont la version anglaise comprend 656 pages (et la version abrégée en français 186 pages), examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction, le directeur exécutif Kenneth Roth invite les gouvernements du monde à reconnaître que les droits humains constituent un repère moral efficace lors de périodes agitées, et que les violations de ces droits risquent de déclencher ou d’aggraver de graves problèmes sécuritaires. Les avantages à court terme obtenus en portant atteinte aux valeurs fondamentales que sont la liberté et la non-discrimination compensent rarement le coût à long terme de telles violations.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a répertorié 1 181 cas d’homicides et de disparitions de femmes et de filles autochtones entre 1980 et fin 2012. L’étude a révélé que les femmes et filles autochtones étaient surreprésentées parmi les victimes d’homicides – constituant 4,3 pour cent de la population féminine du Canada mais 16 pour cent des victimes féminines d’homicides. Dans le cadre d’une campagne locale menée sur les réseaux sociaux pour sensibiliser à la violence persistante, des femmes et des filles autochtones ont posté des photos sur Twitter en utilisant le hashtag #AmINext.

Les recherches de Human Rights Watch démontrent qu’en Colombie-Britannique, la GRC ne protège pas suffisamment les femmes et les filles autochtones contre la violence. Des membres de la gendarmerie ont également recouru à un usage excessif de la force et ont commis des agressions physiques, des viols et autres violences sexuelles sur des femmes et des filles autochtones. Le Canada dispose de mécanismes de plaintes contre la police inadéquats et de procédures de supervision inadaptées, et aucun mandat n’est prévu à l’échelle nationale pour la conduite d’enquêtes civiles indépendantes sur tous les graves abus policiers. Un rapport parlementaire publié en mars n’a pas recommandé les mesures nécessaires pour endiguer la violence – une enquête nationale indépendante, un plan d’action global national, ainsi qu’un meilleur système pour réclamer des comptes aux policiers qui ont un comportement répréhensible.

« Le gouvernement fait valoir que les homicides et disparitions de femmes autochtones ne requièrent pas d’examen plus approfondi, réitérant exactement ce qu’il affirmait avant l’étude réalisée cette année par la gendarmerie, laquelle a révélé un nombre de meurtres et de disparitions de femmes et de filles autochtones équivalant au double des estimations précédentes », a noté Meghan  Rhoad. « Il est évident que le problème nécessite un examen indépendant et exhaustif réalisé par une commission d’enquête afin de déterminer comment il peut être résolu. »

Le Canada présente en général un solide bilan en matière de protections des droits civils et politiques fondamentaux mais la majorité siégeant au parlement a refusé d’adopter des mesures essentielles pour résoudre certains graves problèmes de droits humains, a fait remarquer Human Rights Watch. L’impact des industries extractives canadiennes à l’étranger, les dispositions législatives promulguées en novembre 2014 qui mettent en danger les travailleurs du sexe en criminalisant certains aspects du commerce du sexe, et le refus d’octroyer l’accès aux services de réadaptation et de réinsertion à Omar Khadr – un citoyen canadien capturé à l’âge de 15 ans et détenu à Guantanamo pendant 10 ans, aujourd’hui emprisonné au Canada – sont autant de sources de préoccupation majeures. Par ailleurs, Human Rights Watch a exprimé son inquiétude par rapport à un projet de loi visant à mettre en œuvre la Convention sur les armes à sous-munitions, citant des dispositions qui sont contraires à l’esprit et à la lettre du traité. Le projet de loi a été adopté en novembre 2014.