© 2012 Human Rights Watch

(Paris, le 18 avril 2012) – Huit des dix candidats à l’élection présidentielle française ont accepté de répondre à un questionnaire de Human Rights Watch sur des questions clés auxquelles la prochaine présidence sera confrontée en matière de droits de l’Homme. Les réponses au questionnaire, auquel seuls Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen n’ont pas répondu, révèlent des divergences importantes entre les candidats sur des sujets aussi sensibles que les contrôles d’identité, la libre circulation des Roms d’Europe centrale, la situation en Russie ou bien encore celle en Syrie.

Le 1er mars 2012, Human Rights Watch, organisation internationale de défense et de promotion des droits de l'Homme, a soumis à tous les candidats un questionnaire en dix points  concernant les droits de l’Homme en France et à l'étranger. Ce questionnaire, intitulé « Et si on parlait des droits de l’Homme dans le monde ? », porte sur des situations de droits humains spécifiques dont certaines sont à forte portée symbolique.

Human Rights Watch a reçu les réponses de Nathalie Arthaud, François Bayrou, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, François Hollande, Eva Joly, Philippe Poutou et Nicolas Sarkozy.  Ces huit réponses peuvent être consultées dans leur intégralité un cliquant sur chaque nom, ou sur les PDF à droite. 

Human Rights Watch regrette que les réponses de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon ne lui soient pas parvenues.

Points saillants

  • La mise en place d’attestations écrites justifiant chaque contrôle d’identité effectué par la police ne fait pas l’unanimité.

François Hollandeaffirme qu’il « veillera à ce que la France soit exemplaire dans le domaine du respect des libertés individuelles dans les termes voulus par la Constitution et la Charte Européenne des Droits de l’Homme » sans toutefois se prononcer sur ce type d’attestation.

Nicolas Sarkozy n’a pas répondu à la question.

Philippe Poutou estime que ces contrôles sont « un véritable harcèlement pour les jeunes, notamment les enfants d’immigrés » et souhaite mettre fin aux « harcèlement policier, contrôles au faciès et politiques ultra-sécuritaires ».

Pour François Bayrou, la solution réside dans la restauration « d’une confiance réciproque »  grâce à la « réimplantation d’une police enracinée dans les quartiers » et à la mise en place d’un « représentant de l’Etat » coordonnant « toutes les actions de l’Etat dans les quartiers ».

  • Sur la garantie des droits à la libre circulation et à la non-discrimination des Roms d’Europe centrale

Nicolas Sarkozyestime que cette liberté est la même que celle des « personnes nomades » de France et qu’ils ont donc « les mêmes obligations à remplir ».

Eva Joly défend, elle, une série de mesures comprenant « une stratégie nationale pour l’intégration des Roms d’ici 2020 suivie de près par la Commission et le Parlement européens », la « levée des mesures transitoires dans l’accès à l’emploi pour les citoyens roumains et bulgares », la régularisation de ceux « installés depuis longtemps » et « un accès réel au droit commun » (logement, santé,  formation, lutte contre les discriminations).

  • À propos de la Syrie, et la volonté ou non de maintenir une forte pression sur la Russie et la Chine afin que ces pays soutiennent une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies dénonçant les violations des droits humains commises par les autorités syriennes

Nicolas Dupont-Aignanconsidère que la situation dépasse « de très loin la problématique diplomatique consistant à exercer une pression sur la Chine et la Russie » qui ne souhaitent pas « retomber dans le même piège » que « l’épisode libyen ». Seul le rétablissement de meilleures relations avec  ces pays,  rendu possible par « l’abandon du bouclier antimissile américain » et « la fin de la stratégie d’extension de l’OTAN », éviterait ce type de blocage.

Nathalie Arthaud ne soutiendra « aucune intervention militaire » et ne fait « absolument pas confiance aux déclarations du gouvernement français, et des gouvernements occidentaux en général ». Elle rappelle « qu’il n’y a pas si longtemps Bachar el Assad, comme Kadhafi, Moubarak ou Ben Ali étaient tout à fait fréquentables pour les dirigeants français ».

  • Human Rights Watch a également demandé aux candidats s’ils demanderaient publiquement et personnellement aux autorités russes de respecter les droits humains, en particulier dans les Républiques du Caucase du Nord, dans le cadre de la préparation des Jeux Olympiques de Sotchi.

François  Hollanden’a pas souhaité répondre directement. Il a néanmoins affirmé que la France  « demandera la libération ou la fin des poursuites contre des personnes inquiétées en raison de leur opinion » où qu’elles soient dans le monde. Il affirme aussi qu’il « soutiendra les organisations de la société civile qui militent en faveur du respect des droits fondamentaux ».

Nicolas Sarkozy a pour sa part affirmé que le dialogue engagé jusqu’ici avec la Russie n’a « jamais empêché de réaffirmer avec force l’importance que nous accordons au respect des droits de l’Homme, en particulier dans les régions du Caucase ». Et de préciser : « Dès lors que des violations des droits de l’Homme sont précisément identifiées, le Président de la République n’a jamais hésité à intervenir ou à mobiliser ».

Nicolas Dupont-Aignan refuse lui « l’ingérence dans les affaires intérieures d’un autre pays » tout en affirmant sa volonté de véhiculer « un message de respect et de défense des droits de l’Homme ».

Jacques Cheminade estime que des « pressions publiques » sont « vouées à l’échec » et entend privilégier « l’effort diplomatique ».