(New York, le 8 septembre 2011) – Dix ans après les attentats du 11 septembre 2001, la perspective offerte par une décennie met en lumière l’énorme préjudice qu'ils ont occasionné à la cause des droits humains.  Il y a eu, tout d'abord, les dommages irréparables des vies perdues ce jour-là – quelque 3 000 personnes de nombreuses nations. Le terrorisme – le fait de prendre délibérément des civils pour cible à des fins politiques – est un affront pour le mouvement des droits humains. Les valeurs des droits humains sont fondées sur le respect de l'individu. À l’inverse, le terrorisme traite les individus comme des pions, destinés à être éliminés à des fins politiques.

Les attentats-suicides sont depuis longtemps un outil pour les terroristes, mais l'ampleur de l'attaque du 11 septembre a fait des émules. La plupart des gens ont été révoltés par cette tuerie, mais quelques-uns s’en sont sentis suffisamment inspirés pour qu'elle suscite une épidémie d'attentats suicides contre des civils dans la décennie suivante. Le nombre de victimes n’a fait qu’augmenter dans de nombreux pays. La volonté croissante de certains à se sacrifier pour une cause a encore compliqué la défense contre le terrorisme. Et la réalisation qu'il n'y a aucune limite à ce que les terroristes pourraient tenter a rendu la quête pour les en empêcher d'autant plus urgente.

Pourtant, l'héritage dommageable du 11 septembre peut également être trouvé dans la réaction à cette tragédie. Certains ont reconnu que le meilleur antidote au terrorisme était de réaffirmer les valeurs de l'humanité qu’il bafouait – que le moyen le plus efficace pour contrer l'intérêt d'assassiner en masse était de respecter scrupuleusement les droits humains et l’État de droit. Pourtant, trop souvent, ceux qui mènent la lutte contre le terrorisme ont adopté la logique des terroristes selon laquelle la fin justifie les moyens. Le résultat a été une litanie de pratiques dont les noms sont désormais synonymes de mépris flagrant des droits humains : Guantanamo, les commissions militaires, les « sites noirs » de la CIA, la simulation de noyade (waterboarding) et autres « techniques d'interrogatoire renforcées », la « restitution extraordinaire » de prisonniers vers des pays où ils seraient torturés malgré des « assurances diplomatiques » vides de sens, entre autres.

Entrepris au nom de l'urgence, ces abus peuvent même avoir incité d'autres attaques terroristes. Ceux qui les ont commis ont perdu l'autorité morale, sapé la confiance dans les représentants de la loi, et abandonné des techniques licites employées pour percer le secret des entreprises criminelles qui avaient depuis longtemps fait la preuve de leur efficacité.

Ces abus ont également engendré des réponses semblables de la part de gouvernements dont l'intérêt était moins de stopper le terrorisme que d'utiliser les derniers discours de convenance pour réduire au silence l'opposition politique. Des lois anti-terroristes trop compréhensives et vagues ont proliféré. Des dissidents pacifiques ont été qualifiés de terroristes et détenus sans jugement. La torture et la détention arbitraire sont devenues plus difficiles à combattre car « c'est ce que Bush a fait », rétorquent ceux qui commettent ces abus. Un grand nombre des gouvernements les mieux placés pour inverser ces tendances néfastes ont été réduits au silence par leur propre complicité dans celles-ci – et par leur tendance à accepter presque n’importe quelle pratique, prétendument fait au nom de la lutte contre le terrorisme.

Plus récemment, il y a eu des progrès mondiaux dans la restriction des abus contre le terrorisme, mais peu de volonté de réclamer des comptes aux autorités responsables d’abus. Par exemple, lors de sa déclaration qu'il souhaitait « regarder en avant et non pas en arrière », le président Barack Obama a décrété la fin de la torture par les agents des États-Unis, mais a refusé d’ordonner des poursuites judiciaires à l’encontre de ceux qui l’ont ordonnée. La plupart des gouvernements n'ont pas non plus mené d’enquêtes, et encore moins engagé des poursuites, contre leurs propres représentants auteurs d’abus. Cette incapacité à faire respecter l’État de droit risque de transformer les délits fragrants que sont la torture et d’autres graves violations de droits humains en options politiques permises.

Le dixième anniversaire des attentats du 11 septembre est donc une occasion de rendre hommage à leurs victimes, mais aussi de réaffirmer l'importance des droits humains et de s'opposer au terroriste qui tue des civils au nom d'une cause, ainsi qu’à l’autorité qui « fait disparaître » ou torture des suspects au nom de la lutte contre le terrorisme.