(Washington) - Les pays européens devraient aider l'administration Obama à fermer la prison de Guantanamo Bay en proposant d'accueillir certains détenus qui risquent la torture dans leur pays d'origine, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le ministre de la Justice américain Eric Holder se trouve en Europe cette semaine pour aborder plusieurs sujets dont le transfert des détenus de Guantanamo.

« Cela fait longtemps que les pays européens demandent aux Etats-Unis de fermer Guantanamo », a fait observer Stacy Sullivan, conseillère en contre-terrorisme à Human Rights Watch. « Maintenant que l'administration Obama cherche à réaliser cet objectif, les pays de l'UE devraient l'aider en accueillant des détenus. » 

Parmi les quelque 240 prisonniers encore incarcérés à Guantanamo, entre cinquante et soixante - originaires de pays tels que l'Algérie, la Libye, la Chine, la Tunisie et l'Ouzbékistan - ont informé leurs avocats qu'ils craignaient d'être torturés dans leurs pays d'origine et ne voulaient pas y être renvoyés. Plusieurs d'entre eux sont libérables de Guantanamo depuis plusieurs années et aucun d'eux n'est accusé de délit criminel, mais ils restent en prison parce que ni les Etats-Unis, ni aucun autre pays n'a à ce jour souhaité les accueillir.

Plusieurs gouvernements européens ont exprimé leur volonté d'accueillir certains de ces détenus, mais seulement à condition que les Etats-Unis montrent l'exemple. Selon plusieurs médias américains, l'administration Obama s'apprêterait à autoriser sept détenus ouïghours à s'installer aux Etats-Unis.

« Les Etats-Unis se trouveraient dans une bien meilleure position pour convaincre les pays européens d'accueillir des détenus de Guantanamo si le gouvernement américain acceptait lui-même d'accueillir plusieurs Ouïghours », a expliqué Stacy Sullivan. « La plupart des 17 Ouïghours chinois actuellement incarcérés à Guantanamo ont été déclarés libérables depuis 2004, mais n'ont pas été renvoyés en Chine du fait de craintes justifiées qu'ils n'y soient torturés. »

En 2006, l'Albanie a accepté d'accueillir huit détenus de Guantanamo, dont cinq Ouïghours, qui craignaient d'être renvoyés dans leurs pays d'origine. En outre, 27 anciens détenus qui étaient citoyens ou anciens résidents de pays membres de l'Union européenne ont été renvoyés en Allemagne, en Belgique, au Danemark, en Espagne, en France, au Royaume Uni et en Suède. Treize détenus qui étaient citoyens ou anciens résidents ont été libérés et envoyés dans d'autres pays européens. A notre connaissance, à ce jour, aucun de ces anciens détenus ne s'est livré à des activités violentes, militantes ou autres.

« Si chaque pays européen acceptait d'accueillir deux ou trois détenus, la partie la plus complexe du problème de Guantanamo serait résolue », a ajouté Stacy Sullivan.