(Bruxelles) – Alors que des massacres de civils et des viols sont commis par des forces gouvernementales et des soldats rebelles à l’est du Congo, la décision de la Cour Pénale Internationale (CPI) d’ouvrir une enquête systématique et impartiale sur les crimes commis en République Démocratique du Congo (RDC) tombe on ne peut plus à point. 
 
Le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Monsieur Luis Moreno Ocampo, a annoncé aujourd'hui l'ouverture d'une toute première enquête menée par le parquet de cette institution récemment établie. En avril, le gouvernement transitoire de la République démocratique du Congo avait en effet pris l'initiative de cette action en demandant au Procureur de la CPI de mener une enquête sur les crimes perpétrés au Congo. Le parquet de la CPI peut commencer une enquête lorsque les juridictions nationales d'un pays ne peuvent pas ou ne veulent pas le faire elles-mêmes. La compétence de la Cour peut également être activée par une demande formelle émise par l'Etat partie sur le territoire duquel les crimes ont été commis.  
 
"Il n'y aura pas de véritable transition au Congo tant qu'il n'aura pas été mis fin à l'impunité qui a caractérisé la commission de crimes horribles lors de ce conflit," a déclaré Richard Dicker, Directeur du Programme Justice Internationale de Human Rights Watch. "Les massacres et viols commis récemment à Bukavu soulignent encore l'importance d'une enquête détaillée et efficace portant sur ces crimes."  
 
Selon Human Rights Watch, pas moins de 5000 civils ont été victimes directes de ces actes de violence en Ituri entre juillet 2002 et mars 2003, auxquels il faut ajouter les centaines de morts survenus au cours de l'année dernière en Ituri également. Ces victimes viennent gonfler le chiffre de 50.000 morts recensé par les Nations Unies depuis l'année 1999 pour la même région. Depuis la formation du gouvernement transitoire l'an dernier à Kinshasa, plusieurs milliers de personnes ont trouvé la mort dans les attaques délibérées sur les populations civiles par des groupes armés dans la partie nord de la province de Katanga au sud-est du pays.  
 
Ces pertes ne sont malheureusement qu'une partie du nombre total de morts lors des guerres du Congo évalué à près de 3,3 millions. Un lourd bilan qui fait de la guerre en RDC la plus meurtrière en nombre de décès civils depuis la Deuxième guerre mondiale.  
 
Il y a deux semaines, dans la ville de Bukavu, située dans l'est du pays, les forces gouvernementales comme les forces rebelles ont commis des crimes de guerre, tuant et violant des civils au cours des combats pour le contrôle de la ville. Il ne s'agit là que des derniers conflits qui ont éclaté dans l'est du pays où les violations massives des droits humains sont devenues monnaie courante.  
 
Les femmes et les fillettes ont été les principales victimes de la violence en RDC, les violences sexuelles étant considérées comme une arme de guerre par la plupart des forces belligérantes. Selon les Nations Unies, plus de 40.000 femmes et fillettes auraient été violées au cours des cinq dernières années à l'est du Congo oriental, certaines d'entre elles étant à peine âgées de trois ans.  
 
Le conflit en Ituri, ainsi que d'autres combats armés à l'est du Congo, démontre clairement l'implication de forces non congolaises. Human Rights Watch croit que des responsables rwandais et ougandais, entre autres, sont impliqués dans certains des crimes commis à l'est du Congo et que l'enquête du Procureur devrait se poursuivre au-delà des frontières de la RDC.  
 
"Nous insistons vivement auprès de M. Luis Moreno Ocampo pour que la poursuite des coupables ne se limite pas au périmètre national et que l'enquête s'intéresse tant aux chefs militaires congolais qu'à ceux qui les soutiennent de l'étranger," a déclaré Dicker. "Grâce à cette enquête, le Procureur a la possibilité de faire passer un message dans toute la région des Grands Lacs et de faire savoir que ces crimes atroces ne demeureront pas impunis."  
 
Human Rights Watch a également souligné les défis qui se poseront à la CPI dans ses contacts avec les témoins et victimes.  
 
"Cette première enquête sera un modèle pour celles à venir. Il est absolument essentiel que les enquêteurs prennent toutes les précautions nécessaires lors de leur contact avec les victimes et les témoins, qu'ils ont le mandat de servir."  
 
La Cour pénale internationale, qui siège à La Haye, bénéficie d'un large soutien international. A ce jour, 94 pays ont ratifié le Statut de Rome établissant la Cour et près de 140 pays l'ont signé. L'année dernière, ces Etats ont élu les 18 premiers juges de la Cour et son Procureur.