(New York, 2 avril 2004) - Le gouvernement soudanais est complice de crimes contre l’humanité commis à Darfour par les milices qu’il soutient, a dit aujourd’hui Human Rights Watch dans un nouveau rapport. Dans une campagne de terre brûlée, les forces du gouvernement et les milices arabes tuent, violent et pillent les civils africains qui partagent les mêmes ethnies que les forces rebelles dans cette région occidentale du Soudan.

Le rapport, « Darfour en flammes: Atrocités au Soudan occidental », décrit une stratégie gouvernementale de déplacement visant les civils des communautés ethniques non-arabes, desquelles deux des plus importants groupes rebelles, le Mouvement/l’Armée de libération du Soudan (M/ALS) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), sont principalement issus. Human Rights Watch a découvert que les militaires bombardent les civils sans distinction, pendant que les forces et milices du gouvernement détruisent systématiquement les villages et mènent des raids brutaux contre les groupes ethniques Fur, Masaalit et Zaghawa.

« L’armée soudanaise et les milices soutenues par le gouvernement commettent quotidiennement de graves violations des droits humains dans la région occidentale de Darfour », a dit Georgette Gagnon, la directrice adjointe de Human Rights Watch de la division Afrique. « La campagne de terreur du gouvernement a déjà déplacé par la force un million de civils innocents, et les chiffres augmentent de jour en jour ».

Human Rights Watch a réclamé du gouvernement soudanais le désarmement et le démantèlement immédiat des milices, et l’autorisation d’accès pour les groupes humanitaires internationaux afin de pouvoir porter assistance aux personnes déplacées.

Le gouvernement a recruté et armé plus de 20.000 miliciens de souche arabe et opère conjointement avec ces milices, connues sous le nom de « janjaweed », dans les attaques contre les civils des groupes ethniques Fur, Masaalit, et Zaghawa. Au cours de l’an dernier, près d’un million de civils ont fui leur village rural. La plupart ont été déplacés dans des villes et des camps où ils continuent à être tués, violés et dépouillés par les milices.

Bien que des accrochages épisodiques ONT aient eu lieu entre les communautés arabes et africaines de Darfour depuis des décennies concernant les terres et les ressources rares, le conflit actuel a commencé il y a 14 mois lorsque deux nouveaux groupes rebelles ont émergé. Le Mouvement/l’Armée de libération du Soudan (M/ALS) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) ont demandé au gouvernement soudanais de s’arrêter d’armer les groupes arabes à Darfour et de considérer les doléances de longues date ayant trait au sous-développement de la région.

En guise de réponse, le gouvernement a lancé une campagne massive de bombardement qui, combinée avec les raids des miliciens pillards, a forcé plus de 800.000 personnes hors de leurs maisons et a envoyé 110.000 supplémentaires au Chad voisin.

Dans une campagne de terre brûlée, les forces et milices du gouvernement ont tué plusieurs milliers de civils Fur, Zaghawa et Masaalit, violé de manière routinière femmes et filles, enlevé des enfants et volé des dizaines de milliers de têtes de bétail et d’autres propriétés. Dans beaucoup de parties du Darfour, ils ont brûlé intentionnellement des centaines de villages et détruit des sources d’eau et d’autres infrastructures, rendant le retour des anciens résidents encore plus difficile.

« Non seulement les milices tuent des individus, ils déciment le gagne-pain de dizaines de milliers de familles », a dit Gagnon. « Les personnes prises pour cibles sont les fermiers de la région, et à moins que ces abus ne soient arrêtés et que les gens ne reçoivent une assistance humanitaire, nous pourrions voir une famine émerger en quelques mois ».

Le Secrétaire Général des Nations Unies Kofi Annan devrait demander du Bureau du Haut Commissaire aux Droits Humains le déploiement immédiat d’une mission d’enquête pour mener des investigations sur la situation à Darfour, a déclaré Human Rights Watch. La mission devrait remettre son rapport à la Commission des Nations Unies sur les Droits Humains, en réunion en ce moment à Genève, avant la fin de sa session le 23 avril. Human Rights Watch a pressé la Commission des Nations Unies sur les Droits Humains à adopter une résolution, sous l’article 9, nommant un rapporteur spécial pour les droits humains au Soudan.

Le rapport décrit comment les forces du gouvernement laissent le janjaweed opérer en toute impunité. Les forces du gouvernement ont failli de protéger les civils même lorsque ces personnes non-armées ont fait appel aux forces militaires et policières, les alertant d’une attaque imminente contre leurs villages. Les forces du gouvernement et le janjaweed ont également empêché la fuite de civils s’échappant au Chad.

« Le gouvernement de Khartoum a essayé de réprimer ce rébellion de manière très rapide dans l’espoir que la communauté internationale n’aurait pas le temps de se mobiliser et de presser le gouvernement à mettre un terme au saccage de Darfour », a ajouté Gagnon, « Mais le gouvernement soudanais devra tout de même répondre des crimes contre l’humanité qui ne peuvent être ignorés ».

Les pourparlers sur la paix au Soudan mis en branle au Kenya par l’Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD), un corps intergouvernemental de pays d’Afrique de l’est, sont limités aux deux partis principaux du conflit vieux de 20 ans au sud du Soudan. Ces pourparlers n’incluent ni Darfour, ni ses rebelles. Prenant avantage du cessez-le-feu régulé internationalement dans le sud, le gouvernement soudanais a fait passer ses hélicoptères d’attaque et d’autres armes lourdes, achetés avec les revenus pétroliers du sud, dans la région occidentale de Darfour.

Les bombardements aveugles du gouvernement, la campagne de terre brûlée, et le refus de laisser l’assistance humanitaire accéder à Darfour reflètent la même stratégie meurtrière utilisée au sud, avec une dévastation et des déplacements encore plus rapide qu’au sud.