Les autorités saoudiennes ont procédé à un nombre d’exécutions sans précédent à la suite de procès très probablement inéquitables, exécutant au moins 322 individus du début de l’année à début décembre 2025, ce qui bat tous les records précédents en la matière. Parmi ces condamnés exécutés, figurent au moins deux personnes qui avaient été déclarées coupables de crimes commis lorsqu’elles étaient mineures. L’exécution en juin 2025 d’un journaliste, Turki al-Jasser, laisse craindre que le gouvernement saoudien n’utilise la peine de mort pour étouffer toute dissidence pacifique.
Les autorités saoudiennes ont libéré des dizaines de personnes qui purgeaient de longues peines de prison mais ont continué d’en arrêter et d’en emprisonner arbitrairement de nombreuses autres pour le simple exercice des libertés d’expression, de réunion, d’association et de religion. Les travailleurs migrants ont continué de subir des abus généralisés sur leurs lieux de travail, notamment le détournement de leur salaire, et de mourir dans des accidents du travail terribles mais évitables. Les autorités n’ont pas résolu ces problèmes alors qu’elles se préparent à accueillir la Coupe du monde de football masculin de la FIFA en 2034.
Peine de mort
L’Arabie saoudite a connu une hausse sans précédent du nombre d’exécutions en 2025, ayant procédé à au moins 300 exécutions jusqu’au mois d’octobre, soulevant de graves préoccupations au sujet du non-respect de la régularité des procédures. Les organisations de défense des droits humains ont averti sur le fait que le gouvernement saoudien se sert de la peine de mort comme d’un outil pour étouffer la dissidence pacifique. Plus de la moitié des personnes exécutées cette année étaient des étrangers et jusqu’au mois d’octobre, au moins 198 avaient été déclarées coupables d’infractions non violentes relatives aux drogues, ce qui renforce les inquiétudes sur les violations des normes juridiques internationales.
Parmi les personnes exécutées figure le journaliste Turki al-Jasser, connu pour avoir dénoncé la corruption dans les cercles du pouvoir royal. Son exécution le 14 juin a fait suite à un procès inéquitable et secret.
Le cas d’Al-Jasser n’est pas isolé. Abdullah al-Shamri, un analyste politique saoudien, a lui aussi été exécuté en 2024 sur la base de son expression pacifique. Des érudits religieux comme Salman al-Odah et Hassan al-Maliki risquent également la peine de mort. Ces affaires reflètent une tendance générale des autorités saoudiennes à prendre pour cible des activistes, des journalistes et des détracteurs sur la base d’accusations vagues d’activités de terrorisme ou menaçant la sécurité nationale.
Les autorités saoudiennes ont également exécuté au moins deux hommes, Jalal al-Labbad et Abdullah al-Derazi, respectivement en août et en octobre. Ils avaient été déclarés coupables de prétendus crimes commis en tant que mineurs. Tous deux avaient été condamnés à mort sous des accusations de terrorisme liées à leur participation à des manifestations.
Les tribunaux saoudiens s’appuient régulièrement sur des aveux extorqués sous la torture et refusent aux accusés leurs droits légaux fondamentaux, ce qui rend la tenue de procès équitables pratiquement impossible. En dépit du droit international qui requiert que la peine de mort ne soit utilisée que pour les crimes les plus graves et jamais pour des crimes commis en tant que mineur de moins de 18 ans, l’Arabie saoudite semble l’utiliser systématiquement pour éliminer la dissidence et maintenir le contrôle politique du gouvernement.
Opposition au gouvernement et autres détracteurs
Entre décembre 2024 et février 2025, l’Arabie saoudite a remis en liberté au moins 44 détenus, dont Mohammed al-Qahtani, Salma al-Shehab et Asaad al-Ghamdi, qui avaient tous été emprisonnés pour leur expression pacifique. Cependant, de nombreux autres restent emprisonnés et ceux qui ont été libérés se heurtent à des restrictions comme des interdictions de voyager et des mesures de surveillance. Le gouvernement continue d'arrêter des individus pour avoir exercé leurs droits fondamentaux et des détenus de renom comme Salman al-Odah, Waleed Abu al-Khair et Manahel al-Otaibi sont toujours en prison.
Les autorités saoudiennes continuent d’utiliser des lois aux termes vagues sur le terrorisme et la cybercriminalité pour réduire au silence la dissidence. Les membres des familles de dissidents sont également visés par des mesures de représailles, ce qui rend presque impossible de poursuivre tout activisme depuis l’étranger sans conséquences.
Liberté d’expression
Les autorités saoudiennes ont intensifié leur répression de la liberté d’expression afin de réduire au silence la dissidence, notamment par le maintien en détention d’une coach sportive, Manahel al-Otaibi. Elle avait été arrêtée en 2022 pour avoir soutenu les droits des femmes sur les réseaux sociaux et posté des photos d’elle sans abaya (robe islamique traditionnelle), avant d’être victime d’une disparition forcée en décembre 2024.
Des étrangers comme le citoyen britannique Ahmed al-Doush sont détenus pour des activités sur les réseaux sociaux vieilles de plusieurs années, sans procès équitable ou représentation juridique.
Au Forum 2024 de l’ONU sur la gouvernance de l’internet (IGF) qui s’est tenu à Riyadh, des responsables des Nations Unies ont effacé une vidéo et sa retranscription de l’atelier de Human Rights Watch et ALQST abordant l’utilisation abusive des lois sur la cybercriminalité pour cibler des activistes, puis en ont reposté une version modifiée d’où étaient censurées des déclarations sur les violations des droits humains en Arabie saoudite. Des contenus se rapportant à des activistes emprisonnés ont aussi été confisqués et une chercheuse de Human Rights Watch a été menacée d’expulsion à la suite de plaintes de responsables saoudiens. L’ONU a invoqué le code de conduite de l’IGF, qui décourage de dénoncer des gouvernements particuliers, comme justification de cette censure.
Système de justice pénale
Le système de justice pénale de l’Arabie saoudite enfreint les normes internationales en matière de droits humains et les règles de l’état de droit. En mars, l’Arabie saoudite aurait extradé Ahmed Kamel, un Égyptien condamné par contumace à la prison à perpétuité en Égypte en 2021 pour avoir participé à des manifestations pacifiques en 2014, en violation du droit international et malgré des mises en garde de la part d’organisations de défense des droits au sujet d’un risque sérieux de détention arbitraire et de torture s’il retournait en Égypte.
Un défenseur des droits humains, Mohammed al-Bejadi, demeure détenu arbitrairement en Arabie saoudite, plus de deux ans après avoir purgé sa peine. Al-Bejadi, membre fondateur de l’Association saoudienne des droits civils et politiques (Saudi Civil and Political Rights Association, ACPRA), désormais interdite, a été emprisonné à plusieurs reprises pour son activisme et a été condamné en 2018 à 10 ans de prison, dont cinq avec sursis.
Prisonniers âgés
L’Arabie saoudite maltraite les prisonniers âgés et leur refuse des soins médicaux adéquats, ce qu’a illustré la mort en prison en avril d’un universitaire de 70 ans, Qasim al-Qathrdi. Lors d’une visite d’une experte de l’ONU, les autorités saoudiennes lui ont refusé l’accès à des détenus âgés, Safar al-Hawali, 75 ans, et Salman al-Odah, 68 ans, en violation des protocoles internationaux.
Demandeurs d’asile, migrants et travailleurs migrants
Les travailleurs migrants en Arabie saoudite subissent des abus généralisés du droit du travail, dont certains pourraient équivaloir à des situations de travail forcé, dans tous les secteurs d’emploi et dans toutes les régions. Les autorités saoudiennes manquent systématiquement à leur devoir de les protéger et de remédier à ces abus.
Les autorités saoudiennes ont manqué à leur responsabilité de protéger adéquatement les travailleurs contre des décès qui étaient évitables, d’enquêter sur les incidents survenus sur les lieux de travail et de garantir l’octroi d’indemnités adéquates et en temps voulu aux familles, notamment par le biais de polices d’assurance-vie obligatoires et de compensations aux survivants. Une grande majorité de ces décès en Arabie saoudite sont classés à tort comme « naturels » et ne font l’objet ni d’enquêtes ni d’indemnités.
Les lois et règlements de l’Arabie saoudite ne permettent pas de répondre aux abus généralisés découlant du système de la kafala (parrainage) qui donne aux employeurs un contrôle très étendu sur la vie de leurs employés, en dépit de plusieurs réformes successives du code du travail. En outre, les restrictions imposées par l’Arabie saoudite à l’exercice de la liberté d’expression empêchent les travailleurs de créer des syndicats et de négocier collectivement pour obtenir de meilleures protections.
Malgré ces réformes, le non-paiement des salaires des travailleurs migrants demeure l’un des abus les plus généralisés en Arabie saoudite. Bien que le pays ait instauré un service d’assurance en octobre 2024 pour les travailleurs migrants dans les établissements privés lorsque les employeurs ne remplissent pas leur obligation de paiement, il comporte de sévères limitations et ne permet pas aux travailleurs d’avoir une possibilité de recours dans la majorité des cas de vol de salaire. Cette assurance exige, par exemple, que les travailleurs aient été impayés pendant au moins 6 mois pour y avoir recours et que 80 % des travailleurs de l’entreprise soient affectés de manière similaire.
Malgré le nombre élevé de travailleurs en extérieur,qui augmentera à mesure que les travaux de construction avanceront, l’Arabie saoudite continue d’imposer des pauses obligatoires uniquement en milieu de journée au lieu de mesures plus protectrices basées sur les risques effectifs de chaleur extrême, telles que l’indice Wet Bulb Globe Temperature (WBGT), largement utilisé dans d’autres pays, qui mesure le stress thermique sur le lieu de travail sur la base de la température de l’air et de l’humidité relative.
La FIFA (Fédération internationale de football) a octroyé l’organisation de la Coupe du monde 2034 à l’Arabie saoudite, sans faire preuve de diligence raisonnable en matière de droits humains ni exiger de garanties que de réelles protections des travailleurs seront exigées, malgré une forte demande en matière de construction, notamment l’édification ou la modernisation de 11 stades avant l’ouverture de cette compétition.
Les autres gouvernements continuent également de donner priorité aux échanges commerciaux et à d’autres intérêts stratégiques avec les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), sans protections adéquates des droits humains. L’accord commercial qui va entrer en vigueur entre le Royaume-Uni et le CCG est dépourvu de protections explicites et d’engagements en faveur des droits humains, notamment pour les travailleurs migrants. De tels accords risquent de contribuer à des violations des droits des travailleurs - migrants et autres - en facilitant les abus relatifs aux salaires, leur exploitation par les employeurs et des situations équivalant à du travail forcé.
Droits des femmes et des filles
Le gouvernement met en avant des étapes historiques comme la levée de l’interdiction de conduire pour les femmes et l’expansion de leur participation au monde du travail, en tant que preuves de sa modernisation. Toutefois, nombre de ces réformes sont symboliques et soigneusement calibrées pour promouvoir des objectifs économiques, plutôt qu’une réelle égalité juridique et sociale. Les femmes sont encouragées à participer à l’économie mais demeurent soumises à un système profondément enraciné de tutelle masculine qui restreint leur autonomie et leur statut légal. Une experte de l’ONU a constaté que les femmes âgées sont victimes de discriminations et d’inégalités cumulatives, notamment de pensions de montants inférieurs à la norme, voire d’une absence de pension.
La Loi sur le statut personnel (Personal Status Law) et les règles de sa mise en œuvre, souvent cités comme un progrès majeur, codifie de nombreuses pratiques discriminatoires sous couvert de réforme législative. Cette loi accorde aux tuteurs masculins un contrôle étendu sur la vie des filles et des femmes, y compris sur les décisions relatives au mariage, au divorce et à l’éducation des enfants. Les femmes peuvent toujours être pénalisées pour avoir « désobéi » à leur mari et leur accès à des droits fondamentaux comme le divorce, la garde des enfants, ou même à des documents d'identité pour elles-mêmes et leurs enfants, est souvent barré par des obstacles juridiques, administratifs ou familiaux. Ces obstacles sont alourdis pour les femmes non saoudiennes, qui peuvent se retrouver face à des problèmes de visa et de résidence si elles divorcent de leur tuteur saoudien.
Orientation sexuelle et identité de genre
Les autorités saoudiennes continuent de réprimer les droits des personnes LGBT et de censurer toute discussion publique sur le genre et la sexualité.