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Décès d’un adolescent australien détenu dans le nord-est de la Syrie

Yusuf Zahab était détenu par les forces anti-EI depuis 2019, après avoir vécu sous le joug du groupe armé en tant qu’enfant

Yusuf Zahab, photographié dans la prison d'al-Sinaa à Hassaké dans le nord-est de la Syrie, lors du siège de cette prison par des combattants de l'État islamique (EI) en janvier 2022. Yusuf Zahab a ensuite réussi à transmettre cette photo à Human Rights Watch. © 2022 Privé

(Canberra, le 18 juillet 2022) – Un adolescent australien détenu à tort dans le nord-est de la Syrie après avoir été forcé, enfant, à vivre sous le joug de l’État islamique (EI) est décédé selon les informations fournies par sa famille, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Pendant plusieurs années, la famille a supplié le gouvernement australien de rapatrier Yusuf Zahab, dont le dernier signalement remonte à ses appels à l’aide désespérés pendant le siège par l’EI de la prison d’al-Sinaa dans la ville d’Hassaké, en janvier 2022.

Un représentant de la famille a déclaré à Human Rights Watch qu’un responsable du gouvernement australien avait informé ses proches le 17 juillet que Zahab, qui aurait eu 18 ans en avril, était mort de causes encore incertaines. La famille a déclaré avoir appris en janvier 2021 que Zahab avait attrapé la tuberculose dans une prison provisoire, gravement surpeuplée et gérée par un groupe armé dirigé par des Kurdes, dans laquelle étaient détenus des Syriens et des étrangers soupçonnés d’appartenir à l’EI, et que son traitement contre cette maladie avait été interrompu. En janvier 2022, Zahab a été blessé à la tête et au bras lors de la bataille menée par les Forces démocratiques syriennes (FDS, dirigées par des autorités kurdes) et par la coalition anti-EI dirigée par les États-Unis, en vue de reprendre la prison dont l’EI avait saisi le contrôle.

« Malheureusement, le décès annoncé de l’adolescent Yusuf Zahab ne devrait pas être une surprise pour l’Australie ni pour d’autres gouvernements qui ont externalisé la responsabilité de s’occuper de leurs ressortissants, qui sont détenus dans des conditions effroyables dans le nord-est de la Syrie », a déclaré Letta Tayler, directrice adjointe de la division Crises et conflits à Human Rights Watch. « Sa mort devrait inciter ces pays à rapatrier de toute urgence leurs ressortissants qui sont encore en détention ».

Yusuf Zahab, photographié en tant que jeune garçon en Australie en 2014. © 2014 Privé

Les Forces de défense syriennes, ainsi que d’autres groupes de sécurité actifs au niveau régional, détiennent actuellement entre 69 et 80 ressortissants australiens soupçonnés d’avoir appartenu à l’EI, ainsi que des membres de leur famille, dont 19 femmes et 29 enfants, dans le nord-est de la Syrie, a déclaré Kamalle Dabboussy, le représentant de la famille de Zahab et de celles d’autres détenus.

Le précédent gouvernement australien n’a rapatrié que huit de ses ressortissants, tous des enfants non accompagnés, en 2019. Le parti du nouveau Premier ministre, Anthony Albanese, a déclaré en 2019 que le gouvernement avait un « devoir moral » de ramener chez eux les femmes et les enfants emmenés contre leur gré sur le territoire de l’EI.

« Aujourd’hui, nous avons le cœur brisé et nous sommes en colère », a déclaré la famille de Zahab dans un communiqué publié le 18 juillet. « Yusuf ne devait pas mourir. Le précédent gouvernement australien connaissait la situation difficile de Yusuf depuis plus de trois ans. Nous n’avons été informés d’aucun effort pour le soutenir, le soigner ou se renseigner à son sujet.... Nous supplions le gouvernement Albanese de rapatrier les femmes et les enfants australiens encore présents sur place. Agissez avant qu’une autre vie ne soit sacrifiée ».

Moins d’une heure plus tôt, le quotidien The Australian indiquait que « les autorités australiennes et kurdes [du nord-est de la Syrie] estiment que Yusuf est mort » et qu’il pourrait avoir été tué après l’attaque de la prison par l’EI. Le gouvernement australien et les autorités du nord-est de la Syrie n’ont pas encore commenté la mort de Yusuf Zahab. Son père, Hicham Zahab, est précédemment décédé en détention dans le nord-est de la Syrie en 2020, très probablement de la tuberculose, a indiqué Kamalle Dabboussy.

Plus de 41 000 ressortissants étrangers originaires de dizaines de pays sont détenus par les autorités du nord-est de la Syrie dans des camps et des prisons depuis au moins 2019, dans des conditions souvent inhumaines et qui mettent leur vie en danger. La majorité sont des enfants, la plupart âgés de moins de 12 ans. Aucun détenu n’a été présenté à un tribunalpour examiner la nécessité ou la légalité de leur détention.

Zahab était l’un des trois détenus qui avaient adressé des messages vocaux désespérés à Human Rights Watch quand l’EI s’était emparé de la prison d’al-Sinaa le 20 janvier. Ils disaient n’avoir ni eau, ni nourriture et affirmaient que de nombreux détenus étaient morts ou blessés.

« J’ai été blessé à la tête et à la main, » avait alors affirmé Zahab. « J’ai perdu beaucoup de sang... Il n’y a pas de médecins ici, il n’y a personne qui puisse m’aider. J’ai très peur. J’ai besoin d’aide. S’il vous plaît... [M]es amis ont été tués devant moi, un jeune de 14 ans, un jeune de 15 ans... Il y a beaucoup de corps, des cadavres, et il y a beaucoup de blessés qui crient de douleur ».

Dans ses tweets et un communiqué de presse publié en février, Human Rights Watch n’a pas divulgué l’identité de Zahab à la demande de sa famille.

Zahab a affirmé avoir été blessé lors d’une attaque d’hélicoptères Apache américains. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier cette information. La coalition contre l’EI dirigée par les États-Unis a mené des frappes aériennes et a fourni un appui terrestre aux Forces démocratiques syriennes pour leur permettre de reprendre la prison. Les forces spéciales britanniques leur ont également prêté main forte. Les images satellites et les vidéos analysées par Human Rights Watch ont mis en évidence l’importance des dégâts dans l’enceinte de la prison.

Lors d’une visite dans le nord-est de la Syrie en mai, Human Rights Watch a demandé à plusieurs reprises à interroger Zahab et à visiter al-Sinaa et d’autres prisons où d’autres garçons étaient détenus. Les autorités régionales ont refusé pour des raisons de sécurité non spécifiées.

Yusuf Zahab est né dans le sud-ouest de Sydney, en Australie. Il avait 11 ans lorsque des membres de sa famille l’ont emmené en Turquie sous un faux prétexte élaboré par son frère adulte, qui a ensuite obligé la famille à passer en Syrie, a déclaré Kamalle Dabboussy. En 2019, Yusuf Zahab et des membres de sa famille ont été placés en détention par les Forces démocratiques syriennes qui combattent l’EI.

Yusuf Zahab a immédiatement été séparé de sa mère et est devenu l’un des quelque 700 garçons de nationalité syrienne ou étrangère à être détenus à la prison d’al-Sinaa. Au départ, les garçons étaient détenus avec des hommes dans des cellules si bondées que leurs corps se touchaient lorsqu’ils dormaient.

Comme Human Rights Watch l’a constaté en 2020 puis en 2021, la tuberculose et les décès dus à des blessures et des maladies non traitées étaient répandus dans certaines prisons pour détenus soupçonnés d’appartenance à l’EI. En mai et juin, des sources disposant d’informations sur ces détenus ont indiqué à Human Rights Watch que plusieurs garçons détenus n’avaient toujours pas reçu de soins médicaux adaptés pour la tuberculose ou pour les blessures graves reçues pendant et avant la bataille d’al-Sinaa.

Le 31 janvier, les Forces démocratiques syriennes ont déclaré que près de 500 membres du personnel pénitentiaire, combattants, civils, attaquants de l’EI et prisonniers avaient été tués dans la bataille pour la reprise d’al-Sinaa. Le groupe armé n’a pas fourni de chiffres détaillés sur le nombre de détenus tués, blessés ou portés disparus, malgré les demandes des organes des Nations Unies, de Human Rights Watch, des médias et de plusieurs groupes d’aide.

Les autorités du nord-est de la Syrie ont à plusieurs reprises exhorté les pays à rapatrier leurs ressortissants, à les aider à traduire en justice les personnes soupçonnées de crimes commis par l’EI et à améliorer leurs conditions de détention, affirmant qu’elles n’avaient elles-mêmes pas les moyens de le faire. Le gouvernement irakien a rapatrié environ 2 600 de ses ressortissants. Au moins 34 pays, dont les États-Unis et l’Allemagne, ont rapatrié ou aidé à rapatrier plus de 1 500 autres personnes, dont la plupart sont des enfants. Mais la majorité des pays ont refusé de reprendre tout ou partie de leurs ressortissants, invoquant des raisons de sécurité.

Les gouvernements ont la responsabilité de prendre des mesures pour protéger leurs ressortissants lorsqu’ils sont confrontés à de graves violations des droits humains, notamment en cas de privation de vie ou de torture. Cette obligation peut s’étendre aux ressortissants de pays étrangers lorsqu’une action raisonnable de la part de leur gouvernement d’origine peut les protéger d’un tel préjudice. La détention indéfinie de civils en raison d’une culpabilité présumée de leurs proches constitue une punition collective, c’est-à-dire un crime de guerre. Les enfants, y compris ceux qui sont liés à des groupes armés, doivent être traités avant tout comme des victimes et ne peuvent être détenus que de manière exceptionnelle et en dernier recours.

L’Australie et d’autres pays devraient prendre des mesures urgentes pour rapatrier ou aider à rapatrier leurs ressortissants à des fins de réhabilitation, de réintégration et de poursuites judiciaires, le cas échéant, à condition qu’ils puissent garantir un traitement humain et une procédure régulière. Ces pays, les autorités régionales et la Coalition mondiale contre Daech, dont fait partie l’Australie, doivent s’efforcer d’améliorer immédiatement les conditions dans les camps et les prisons, de permettre aux travailleurs humanitaires et aux observateurs indépendants d’accéder librement à tous les détenus, et d’autoriser l’évacuation à l’étranger des détenus qui doivent bénéficier de soins essentiels. Les détenus qui risquent d’être victimes d’abus s’ils sont rapatriés doivent être réinstallés dans des pays tiers sûrs.

« Yusuf Zahab a survécu à l’EI, sous le joug duquel il a été forcé de vivre, puis à la campagne d’éradication de l’EI, et enfin à l’attaque de la prison ou il était détenu ; mais il a fini par mourir pendant sa détention aux mains des forces soutenues par la communauté internationale et qui l’avaient secouru », a déclaré Letta Tayler. « Combien d’autres détenus mourront avant que les pays dont ils sont ressortissants ne les ramènent chez eux ? »

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Figaro/AFP     RTBF

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