Cela fait 25 ans que je me consacre à la défense des droits des travailleuses dans le monde entier. Lors de mes entretiens avec ces femmes – qu’il s’agisse d’employées domestiques, d’ouvrières agricoles ou d’activistes – un thème récurrent est celui du harcèlement sexuel, voire des violences subies aux mains de leurs employeurs. Un autre point commun de nombreux témoignages recueillis en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et même aux États-Unis est celui de l’absence de recours véritable dans presque tous les cas cités.

Des employées d’une usine de confection au Cambodge, à l’arrière d’un véhicule les emmenant à leur lieu de travail.

© 2014 Samer Muscati/Human Rights Watch

La Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, ce 1er mai, est l’occasion d’attirer l’attention sur la lutte contre le harcèlement et les violences sexuelles sur le lieu de travail, à travers le monde.

Ces abus sont en partie dus à des normes sociales discriminatoires et à d’importantes lacunes sur le plan juridique. Un rapport de la Banque mondiale publié en 2018 indiquait que cette année-là, 59 pays sur 189 examinés ne disposaient toujours d'aucune disposition légale en guise de protection contre le harcèlement sexuel dans le cadre de l'emploi. Un autre rapport publié en 2017 par l'Organisation internationale du travail (OIT) constatait que même lorsqu'elles existent, de telles lois excluent souvent les personnes  les plus exposées au risque de tels abus, comme les employées domestiques, ou définissent le « lieu de travail » d’une manière trop étroite.

En juin 2019, les ministres du Travail et d’autres représentants de nombreux pays, des syndicats de travailleurs et des associations d’employeurs du monde entier se réuniront à Genève afin de chercher à mettre au point de nouvelles normes internationales sur le harcèlement et la violence sexuelle sur le lieu de travail. Ce processus tripartite pourrir aboutir à l’adoption par l’OIT d’une nouvelle Convention concernant l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail. Ce traité international, juridiquement contraignant, constituerait un puissant outil juridique pour les pays qui le ratifient, et serait aussi utile à d’autres pays en tant que modèle de normes à suivre.

L’année 2019 est peut-être celle où l’activisme en faveur des droits des femmes, et plus particulièrement les droits des travailleuses, sous l’impulsion dynamique du mouvement #MeToo, se traduira par l’adoption de nouvelles normes juridiques permettant de faire respecter ces droits. Les négociations dans ce sens, sous l’égide de l'OIT, méritent la même attention et le même soutien fort que les survivantes d'abus qui témoignent courageusement à  travers le monde.

Tribune complète en anglais :

www.hrw.org/news/2019/04/30/rewriting-rules-metoo-globally

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