Un homme utilise un appareil de déminage – un détecteur de métaux – à Zuheiri, une ville côtière dans l'ouest du Yémen, en 2018. Cette procédure est effectuée dans des conditions hasardeuses pour le démineur qui ne porte pas de tenue protectrice, et pour les personnes – y compris des enfants – près de lui.

© 2018 Privé

(Beyrouth) - L'usage généralisé de mines antipersonnel par les forces houthies dans la région côtière de l’ouest du Yémen depuis la mi-2017 a tué et blessé des centaines de civils et empêché des organisations humanitaires de secourir des communautés vulnérables, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Or, la loi yéménite et le traité d'interdiction des mines de 1997 interdisent l'utilisation de mines antipersonnel. Des mines anti-véhicules ont également été utilisées en violation des lois de la guerre, et mettent en danger les civils même dans les cas où les hostilités ont pris fin.

Les mines posées dans les terres agricoles, les villages, les puits et les routes ont tué au moins 140 civils, dont 19 enfants, dans les gouvernorats de Hodeida et de Taizz depuis 2018, selon l’organisation Civilian Impact Monitoring Project. Les mines terrestres et les engins explosifs improvisés (EEI, ou IED en anglais) ont empêché les organisations humanitaires d'atteindre les populations dans le besoin, ont rendu des fermes et des puits inaccessibles, et ont mis en danger la vie de civils qui essayaient de rentrer chez eux.

« Les mines posées par les Houthis ont non seulement tué et mutilé de nombreux civils, mais elles ont également empêché les Yéménites dans des conditions d’extrême vulnérabilité d’effectuer des récoltes ou de puiser de l'eau potable pour assurer leur survie », a déclaré Priyanka Motaparthy, directrice par interim de la division Urgences de Human Rights Watch. « Ces mines ont également empêché les organisations humanitaires d'apporter de la nourriture et des soins de santé à des civils yéménites qui souffrent de malnutrition ou de maladies. »

Des chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus dans la ville portuaire d'Aden, dans le sud du pays, en février 2019 et ont interrogé des civils blessés par des mines antipersonnel, ainsi que des habitants ayant fui des zones minées, des travailleurs humanitaires et un démineur du Centre d'action antimines du Yémen. Human Rights Watch a également analysé des vidéos et des photos, ainsi que les renseignements transmis sur des sites d’informations houthis.

L’utilisation de mines antipersonnel par les Houthis, qui prive la population d’eau et de sources de nourriture, contribue à la crise humanitaire qui affecte tout le pays déchiré par la guerre, a déclaré Human Rights Watch. Le 9 avril 2019, la coordinatrice humanitaire des Nations Unies pour le Yémen, Lise Grande, a indiqué que ce pays est confronté à « la pire crise d’insécurité alimentaire au monde » et à « l'une des pires épidémies de choléra de l'histoire moderne ». Les diverses zones affectées par les mines se trouvent déjà dans une situation de crise ou d’urgence alimentaire, se multiplient dans les gouvernorats de Hodeida et de Taizz.

Les autorités de Sanaa, la capitale contrôlée par les Houthis, avaient pourtant informé Human Rights Watch en avril 2017 qu'elles considéraient que le traité d'interdiction des mines antipersonnel de 1997, ratifié par le Yémen en 1998, est contraignant. Les personnes responsables de l’utilisation d’armes interdites, ou d’attaques indiscriminées, peuvent être poursuivies en justice pour crimes de guerre.

Les autorités houthies devraient immédiatement cesser d'utiliser ces armes, enquêter de manière crédible et punir les commandants responsables de leur utilisation, a déclaré Human Rights Watch. Le Groupe d'experts éminents de l'ONU sur le Yémen (GEE) et le groupe d'experts du Conseil de sécurité devraient aussi enquêter sur cette situation et identifier les personnes responsables, dans la mesure du possible.

Le Conseil de sécurité devrait imposer des sanctions ciblées à tous les individus responsables de telles violations. Alors que le Conseil a imposé des sanctions aux dirigeants houthis, il n'a pris aucune mesure contre les membres de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, responsable de nombreuses attaques illégales depuis le début du conflit.

Les organisations de déminage devraient partager les informations par le biais d’une intervention coordonnée et conforme aux Normes internationales de la lutte antimines (IMAS).

Toutes les parties au conflit, y compris les Houthis, le gouvernement yéménite et la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et par les Émirats arabes unis, devraient faciliter les opérations de déminage, notamment en fournissant des visas aux experts et en s’assurant de l’utilisation par les démineurs de matériel technique approprié et de tenues protectrices, a déclaré Human Rights Watch.

Communiqué complet en anglais :

www.hrw.org/news/2019/04/22/yemen-houthi-landmines-kill-civilians-block-aid

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