Affiche annonçant la mise en place d’un couvre-feu à Wadi Chahrour, au Liban : « La municipalité de Wadi Chahrour annonce un couvre-feu à partir du samedi 9 février 2013, pour tous les étrangers résidant dans la ville, en vigueur tous les jours de 20h30 jusqu’à 5h30. […] ». Photo prise le 11 avril 2013.

© 2013 Reuters

(Beyrouth) – La détérioration de la situation sécuritaire a eu un impact négatif sur les protections des droits humains au Liban, a affirmé aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2015. Le gouvernement a adopté des restrictions très larges qui pèsent sur les réfugiés syriens, et les forces de sécurité se sont rendues coupables d’abus au cours de leurs opérations.

En novembre 2014, on comptait plus de 1,1 millions de réfugiés syriens au Liban. Avec très peu de soutien international, le gouvernement a eu du mal à répondre aux besoins des réfugiés et a tenté de limiter le nombre de Syriens, notamment en empêchant certains réfugiés d’entrer au Liban. Suite à des affrontements entre des militants extrémistes basés en Syrie et l’armée libanaise, en août, les réfugiés syriens ont été victimes de mesures de représailles de plus en plus importantes, tels que des couvre-feux imposés par les municipalités, des expulsions forcées, et des actes de violences de la part de personnes privées, suscitant cependant peu de réactions des autorités libanaises.

« Alors que les menaces sécuritaires s’intensifient au Liban, les inquiétudes suscitées par l’incapacité du gouvernement à protéger correctement les droits humains se renforcent également, » a affirmé Nadim Houry, Directeur adjoint pour le Moyen-Orient chez Human Rights Watch. « Protéger les droits des Libanais comme des réfugiés syriens n’est pas seulement un devoir, c’est aussi le meilleur moyen d’apaiser les tensions du pays. »

Cette 25e édition annuelle du Rapport mondial de Human Rights Watch, dont la version anglaise comprend 656 pages (et la version abrégée en français 186 pages), examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction, le directeur exécutif Kenneth Roth invite les gouvernements du monde à reconnaître que les droits humains constituent un repère moral efficace lors de périodes agitées, et que les violations de ces droits risquent de déclencher ou d’aggraver de graves problèmes sécuritaires. Les avantages à court terme obtenus en portant atteinte aux valeurs fondamentales que sont la liberté et la non-discrimination compensent rarement le coût à long terme de telles violations.

Au cours de l’année 2014, de nombreux bombardements depuis la Syrie ont touché le nord du Liban et la vallée de la Bekaa. Il y a eu 14 attentats à la voiture piégée ou attentats suicide, dont au moins cinq ont visé des civils. Plusieurs séries d’affrontements ont opposé les milices locales, et des personnels de sécurité ont été impliqués dans les combats à Tripoli, au nord du pays.

Certaines personnes suspectées d’être impliquées dans les attentats à la voiture piégées ou dans d’autres attaques ont subi de longues périodes de détention provisoire, et ont rapporté avoir subi des mauvais traitements ou des actes de torture. Plus d’une vingtaine de personnes emprisonnées par l’armée lors d’opérations de sécurité ont raconté à Human Rights Watch avoir été torturées par les forces de sécurité, notamment à coups de fouet, de bâton, de matraque, et au moyen de chocs électriques.

Le 2 octobre, le Comité des Nations Unies contre la torture a publié un rapport dans lequel il estime que la torture au Liban est «  une pratique largement répandue et couramment utilisée par les forces de l'ordre et les organismes d'application de la loi. »

Le Liban devrait mettre en place un mécanisme national de prévention pour visiter et contrôler les lieux de détention, ainsi que l’exige le Protocole facultatif de la Convention contre la torture, que le pays a ratifiée en 2008, a souligné Human Rights Watch. Il faut enquêter sur les abus signalés, et rendre responsables ceux qui les ont commis.

Il y a eu des affrontements en août entre l’armée libanaise et des militants basés en Syrie, notamment issus des groups extrémistes de l’Etat islamique (également connu sous le nom d’EIIL) et Jabhat al-Nusra. Des habitants ont rapporté que des soldats avaient refusé de laisser les Syriens fuir pendant les combats, et que des cibles civiles avaient essuyé des tirs à l’aveugle, y compris de la part de l’armée. Selon les témoignages, les groupes armés ont pris jusqu’à 35 personnels de sécurité libanais en otage, et en ont exécuté au moins quatre.

Les bailleurs internationaux qui financent les forces armées libanaises et les Forces de sécurité intérieure, parmi lesquels figurent les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne, devraient encourager ces unités à respecter le droit international des droits humains, et soutenir la mise en place de mécanismes de responsabilisation indépendants, a affirmé Human Rights Watch. Les pays bailleurs devraient continuer à soutenir généreusement les efforts humanitaires en faveur des réfugiés, tout en aidant les populations locales.