Des membres de la minorité yézidie originaires de la ville de Sinjar, en Irak, fuient vers la frontière syrienne afin d’échapper à l’avancée de l’État islamique, le 11 août 2014.

(Dohuk) -- Le groupe armé État islamique détient captifs des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants appartenant à la communauté yézidie d'Irak dans des centres de détention et d’autres lieux situés en Irak et en Syrie.

L’État islamique a systématiquement séparé les jeunes femmes et les adolescentes de leurs familles et a forcé certaines d'entre elles à épouser ses combattants, selon des témoignages recueillis auprès de dizaines de membres des familles des détenues, de 16 femmes et filles yézidies qui ont à s’enfuir, ainsi que de deux femmes toujours détenues dont Human Rights Watch a pu recueillir les témoignages par téléphone. Selon ces personnes, le groupe armé a également enlevé des garçons et ont forcé leurs captifs à se convertir à l'islam.

« La liste des crimes atroces commis par l'État islamique à l'encontre des Yézidis en Irak ne cesse de s'allonger », a déclaré Fred Abrahams, conseiller spécial à Human Rights Watch. « Nous avons recueilli des témoignages au sujet de conversions religieuses forcées et de mariages forcés, ainsi que d’agressions sexuelles et d’esclavagisme – et certaines victimes ne sont que des enfants. »

Aucune des femmes yézidies interrogées par Human Rights Watch n'a déclaré avoir été violée, mais quatre d'entre elles ont affirmé qu'elles avaient dû faire face à de violentes agressions sexuelles et que d'autres femmes et filles détenues leur avaient dit que des combattants de l'État islamique les avaient violées. Une femme a affirmé qu'elle avait vu des combattants acheter des filles, et une adolescente a affirmé avoir elle-même été « achetée »e pour 1 000 dollars.

Les enlèvements systématiques de civils yézidis et les exactions commises à leur encontre sont susceptibles de constituer des crimes contre l'humanité, a précisé Human Rights Watch.

Les personnes interrogées ont déclaré que les combattants de l'État islamique avaient capturé les membres de la minorité religieuse yézidie lors de leur offensive menée dans le nord-ouest de l'Irak le 3 août 2014. Durant les premiers jours, le groupe a détenu les hommes, les femmes et les enfants ensemble. Puis l'État islamique a séparé ses prisonniers en trois catégories: premièrement, les femmes les plus âgées et les mères avec de jeunes enfants, dans certains cas en compagnie des hommes les plus âgés ou de leurs maris; deuxièmement, les jeunes femmes âgées d'une vingtaine d'années et les adolescentes ; et troisièmement, les jeunes hommes jeunes et les adolescents.

L'État islamique a également enlevé au moins plusieurs dizaines de civils appartenant à d'autres minorités religieuses et ethniques, dont des chrétiens, des Chabaks chiites et des Turkmènes, selon des représentants de ces groupes et des membres des familles des détenus.

Le nombre exact des personnes détenues est inconnu, en raison de la poursuite des combats en Irak et du fait que la grande majorité des Yézidis, des chrétiens, des Chabaks chiites et des Turkmènes ont fui vers diverses régions d'Irak et vers les pays voisins quand le groupe s'est emparé de membres de leurs communautés. Des dizaines de captifs se sont échappés mais sont désormais contraints de vivre cachés, ont indiqué des activistes yézidis.

En septembre et au début d'octobre, Human Rights Watch a interrogé 76 Yézidis déplacés dans les villes de Dohouk, Zakho et Erbil, et dans les environs de ces villes, situées dans la région du Kurdistan en Irak. Ils ont affirmé que l'État islamique détient au total 366 membres de leurs familles. Les personnes interrogées ont montré à Human Rights Watch des listes, des cartes d'identité ou des photos de leurs proches qui étaient selon elles emprisonnés, ou ont indiqué leurs noms et d'autres détails les concernant. Beaucoup ont indiqué avoir eu des contacts téléphoniques sporadiques avec les prisonniers, dont certains avaient réussi à dissimuler leur téléphones.

Les deux détenues jointes par téléphone, et les 16 personnes qui ont réussi à s’évader – deux hommes, sept femmes et sept jeunes filles – ont affirmé avoir vu des centaines d'autres Yézidis en détention. Certains ont estimé leur nombre à plus d’un millier.

Une Yézidie, Naveen, a déclaré qu'elle avait réussi à s'échapper début septembre avec ses quatre enfants, âgés de 3 ans, 4 ans, 6 ans et 10 ans, au bout d'un mois de captivité. Elle a dit avoir vu des combattants de l'État islamique prendre des femmes ou des filles yézidies comme « épouses » dans deux bâtiments où elle a été détenue – la prison Badoush près de Mossoul, la deuxième ville d'Irak, et une école à Tal Afar, une ville de l'ouest de l'Irak. Certains combattants ont donné aux femmes de l'or en guise de mahr, une forme de dot versée par le mari :

Je les ai vus les prendre toutes, une dizaine de jeunes femmes et de filles [en plusieurs jours]. Certaines n'avaient pas plus de 12 ou 13 ans, et d'autres avaient au maximum 20 ans. Dans certains cas, ils ont dû les emmener de force. Certaines des jeunes femmes étaient mariées mais n'avaient pas d'enfant, donc ils [les combattants de l'État islamique] n'ont pas cru qu'elles étaient mariées.

Quelques jours plus tard, selon Naveen, les ravisseurs ont autorisé les femmes et les filles nouvellement mariées à retourner à la prison pour une courte période:

Elles ont dit: « Ils nous ont épousées; nous n'avons pas eu d'autre choix. » Elles avaient de l'or qui, selon elles, leur avait été donné. Puis ils [les combattants de l'État islamique] les ont emmenées de nouveau et elles pleuraient.

Une jeune fille de 17 ans, Adlee, a déclaré qu'un « gros homme barbu » l'avait choisie parmi un groupe de jeunes femmes détenues à Mossoul et l'avait emmenée, en compagnie d'une autre fille captive, à Falloujah, dans la province d'Anbar:

Je me suis blottie contre les genoux d'une femme. Elle m'a parlé comme si j'étais sa fille: « N'aie pas peur; Je ne les laisserai pas te prendre. » Mais l'homme m'a regardée et a dit: « Toi, tu es à moi », et il m'a vite emmenée vers un gros véhicule militaire.

Le combattant de l'État islamique a emmené les deux filles dans une maison de Falloujah, à l'ouest de Bagdad, a-t-elle ajouté. « Ils nous frappaient et nous giflaient pour nous obliger à nous soumettre ». Au bout de deux jours, les deux filles ont réussi à s'échapper. « Dans toute la mesure du possible, nous ne les avons pas laissés nous toucher », a-t-elle affirmé. « Tout ce qu'ils nous ont fait, ils l'ont fait de force. »

Une fille âgée de 15 ans, Rewshe, qui s'est échappée le 7 septembre, a déclaré à Human Rights Watch qu'à la fin août, alors qu'elle était prisonnière depuis environ trois semaines, les forces de l'État islamique l'ont transportée dans un convoi de quatre autobus à Raqqa, en Syrie, en compagnie de sa sœur et d'environ 200 autres jeunes femmes et filles, et les ont détenues dans une grande maison dans la partie sud de la ville. Le lendemain, un groupe d'hommes armés est venu et a emmené 20 captives. Rewshe a affirmé que les gardes lui avaient dit que les hommes avaient acheté ces femmes et ces filles.

Le lendemain, selon Rewshe, un responsable de l'État islamique que les autres appelaient « émir » (commandant) l'a vendue, ainsi que sa sœur âgée de 14 ans, à un combattant palestinien de l'État islamique. Rewshe a déclaré qu'elle n'avait pas été témoin de l'échange d'argent mais que le combattant lui avait dit fièrement l'avoir achetée pour 1 000 dollars. Cette nuit-là, le combattant a vendu la sœur de Rewshe à un autre combattant et a emmené Rewshe dans un appartement situé à la périphérie de Raqqa, selon elle. Là, elle a affirmé qu'elle avait réussi à repousser l'assaut sexuel de l'homme et s'était échappée par une porte non verrouillée pendant qu'il dormait.

Les récits recueillis auprès des détenues - actuelles et anciennes - suscitent de graves préoccupations concernant le recours au viol et à l'esclavage sexuel par les combattants de l'État islamique, bien que l'ampleur de ces pratiques abusives ne soit pas bien connue, a déclaré Human Rights Watch.

La honte qui s'attache au viol dans la communauté yézidie et la crainte de représailles contre les femmes et les filles qui révèlent des cas de violence sexuelle peuvent en partie expliquer pourquoi le nombre des récits de première main est peu élevé, ont affirmé des militants yézidis. Le simple fait de reconnaître avoir été capturée par des hommes de l'État islamique peut mettre des femmes et des filles en danger, selon eux. La rareté des services disponibles pour les Yézidis déplacés qui ont subi des traumatismes, notamment des agressions sexuelles, peut aussi être un facteur limitant les options qui s'offrent aux femmes et aux filles pour dénoncer les actes de violence sexuelle, ainsi que leur volonté de le faire.

Les combattants de l'État islamique ont également arraché des garçons à leurs familles, apparemment pour leur imposer une formation religieuse et militaire, selon les récits de trois évadés et d'un militant yézidi des droits humains qui a interrogé des évadés. Un homme âgé de 28 ans qui s'est évadé, Khider, a déclaré qu'il avait vu ses ravisseurs séparer 14 garçons âgés de 8 à 12 ans, dans une base militaire dont l'État islamique s'est emparé dans la province de Sinjar:

Les frères aînés de ces garçons ont commencé à avoir très peur. Ils ont demandé: « Où les emmenez-vous? » Ils [les combattants de l'État islamique] ont répondu: « Ne vous inquiétez pas, nous allons les nourrir et nous occuper d'eux. Nous allons les emmener sur une base pour leur apprendre le Coran, comment se battre et comment devenir des combattants. »

Khider a déclaré que les combattants l'avaient obligé, ainsi que d'autres captifs, à se convertir à l'islam, notamment lors d'une cérémonie de masse à laquelle il a participé en même temps que plus de 200 hommes, femmes et enfants yézidis que le groupe avait transportés en Syrie:

Ils nous ont fait réciter la shahada [profession de foi islamique] trois fois. … Même les petits enfants ont dû la réciter, tous ceux qui étaient en âge de parler. … Les Yézidis pleuraient et avaient peur. Ils nous ont demandé: « Y a-t-il quelqu'un qui ne veut pas se convertir à l'islam? » Bien sûr, nous sommes tous restés silencieux parce que si quelqu'un avait refusé, cette personne aurait été tuée.

Human Rights Watch a choisi de ne pas divulguer les noms des personnes interrogées – ou de recourir à des pseudonymes - ainsi que les noms des lieux où se sont déroulés la plupart des entretiens ou des lieux de détention, afin de mieux protéger les personnes concernées.

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Informations complémentaires

Contexte : Expulsions, assassinats et enlèvements

Plus de 500 000 Yézidis et membres d'autres minorités religieuses ont fui face aux attaques menées par l'État islamique dans le nord de l'Irak depuis le mois de juin, la plupart se réfugiant dans la région semi-autonome du Kurdistan irakien, selon les Nations Unies et des responsables régionaux.

Lors de la vague d'attaques menées par l'État islamique dans la région de Sinjar à partir du 3 août, ses combattants ont tué de nombreux, peut-être des centaines, de civils yézidis de sexe masculin, puis ont emmené les membres de leurs familles, selon des informations fournies par les Nations Unies et par des organisations de défense des droits humains locales et internationales. Des entretiens menés par Human Rights Watch avec des Yézidis qui ont pu fuir ces attaques, dont plus d'une trentaine de témoins de meurtres massifs de civils, ont permis de corroborer ces informations.

Depuis la prise de Mossoul le 10 juin, l'État islamique a systématiquement pris pour cible les communautés minoritaires d'Irak telles que les Yézidis, les Chabaks chiites, les Turkmènes chiites et les chrétiens. Il a mis en demeure les chrétiens de Mossoul de se convertir à l'islam, de payer une taxe (jizya) en tant que non-musulmans, de fuir ou d'être passés par « le sabre ». Human Rights Watch a documenté comment l'État islamique et d'autres groupes sunnites extrémistes ont enlevé, expulsé ou tué des Yézidis et des membres d'autres minorités avant leur offensive de juin.

La Mission d'assistance des Nations Unies en Irak (MANUI) et le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme ont affirmé le 2 octobre, en se basant sur des « sources locales », que l'État islamique détenait jusqu'à 2 500 civils yézidis, essentiellement des femmes et des enfants. Des militants irakiens des droits humains ont fourni à Human Rights Watch des estimations comparables.

Des membres d'une organisation yézidie qui documente les violations des droits humains à l'encontre de cette communauté ont communiqué à Human Rights Watch une base de données comprenant les noms et les âges de 3 133 Yézidis dont ils affirment qu'ils ont été enlevés ou tués par l'État islamique, ou qui sont portés disparus depuis l'offensive de l'État islamique début août, établie sur la base d'entretiens avec des Yézidis déplacés dans la région du Kurdistan en Irak. Cette liste incluait les noms de 2 305 personnes qui sont considérées comme ayant été enlevées – dont 412 enfants. Trente-et-une de ces personnes figuraient également sur les listes fournies à Human Rights Watch par des proches des détenus.

Détention de membres d'autres minorités

Les prisonniers de l'État islamique sont en grande majorité des Yézidis mais le groupe a également capturé, en plus petits nombres, des membres d'autres minorités religieuses et ethniques, selon des chefs de communautés locales et des militants des droits humains, et selon les témoignages de membres des familles des personnes détenues. Un responsable de la communauté chabak chiite a déclaré détenir une liste de 137 hommes qui sont portés disparus depuis que l'État islamique a pris le contrôle de leur région à l'est de Mossoul en août. Un autre militant chabak a affirmé que le groupe détenait jusqu'à 150 Chabaks.

Human Rights Watch a interrogé séparément quatre hommes de la communauté chabak chiite, qui ont affirmé que les combattants de l'État islamique avaient capturé au total 17 membres de leurs familles entre juin et août. L'un de ces hommes a déclaré que le groupe avait emmené cinq de ses fils, capturés le 3 juillet dans le village d'Omar Kan près de Mossoul.

Human Rights Watch a publié des informations en juillet sur des rafles effectuées par l'État islamique parmi les hommes des communautés chabak et turkmènes chiites près de Mossoul, dont beaucoup sont toujours portés disparus et présumés morts par les responsables de leur communauté. Le groupe a également capturé un plus petit nombre de chrétiens d'Irak, selon des militants chrétiens basés dans la région du Kurdistan en Irak.

Une femme chrétienne originaire de la ville à majorité chrétienne de Qaraqosh dans le nord-ouest de l'Irak a indiqué à Human Rights Watch que le 22 août, des combattants de l'État islamique l'avaient forcée à partir, en compagnie des quelques chrétiens encore présents dans la ville. Alors qu'on les faisait monter de force dans un bus, un combattant a emmené de force sa fille âgée de 3 ans, a-t-elle affirmé. Un homme qui a été témoin de l'incident, interrogé séparément, a corroboré son récit.

Conditions de détention

Les forces de l'État islamique détiennent leurs prisonniers dans des endroits divers, la plupart dans des villes du nord de l'Irak comme Mossoul, Tal Afar et Sinjar, mais aussi dans des villes irakiennes plus petites telles que Rabi’a, près de la frontière syrienne, et dans des zones contrôlées par le groupe dans l'est de la Syrie, selon les informations fournies par les deux détenues et les 16 anciens détenus interrogés par Human Rights Watch, par des membres des familles de détenus et par des militants des droits humains locaux et internationaux. Selon ces personnes, le groupe détient ses prisonniers dans des écoles, dans des prisons, sur des bases militaires, dans des bureaux gouvernementaux et dans des habitations privées. Certains proches des détenus ont indiqué que ces derniers se plaignaient d'un manque de nourriture et d'eau.

Afin d'éviter d'être repérés et d'échapper aux frappes aériennes, l'État islamique a déplacé ses prisonniers à plusieurs reprises, les entassant dans des camions et des bus, selon des détenus qui se sont évadés et selon des proches des détenus. « Nous étions entassés les uns sur les autres » lors d'un de ces déplacements, a déclaré Naveen, la mère de quatre enfants.

Les conditions de surpeuplement étaient tout aussi graves dans certains lieux de détention improvisés, ont indiqué d'anciens détenus ayant réussi à s’évader et des proches de personnes toujours détenues. Ghazal, une adolescente de 17 ans qui s'est échappée, a ainsi décrit les conditions de détention dans une salle à Mossoul où elle a indiqué que le groupe l'avait emmenée au début de sa détention de 22 jours:

Il y a avait tellement de monde que nous ne pouvions pas bouger et certains enfants avaient de la peine à respirer. Il y avait des femmes âgées et de jeunes enfants. C'était tellement bondé que nous dormions les uns sur les autres. Nous n'avions ni lit, ni couverture.

Interrogée par téléphone en septembre, une femme détenue dans une maison privée a indiqué à Human Rights Watch que les gardes de l'État islamique n'autorisaient pas les captifs à sortir. « Nous ne pouvions pas sortir », a-t-elle déclaré. « Parfois nous nous glissions dehors pour voir ce qu'il se passait mais quand nous les voyions arriver, nous retournions immédiatement à l'intérieur. Car s'ils voyaient un détenu dehors, ils le tueraient. »

Des membres des familles de détenus ont déclaré que leurs proches leur avaient indiqué où ils se trouvaient, lors de conversations téléphoniques. Des personnes actuellement et anciennement détenues ont précisé à Human Rights Watch et aux membres de leurs familles que c'était grâce à des panneaux routiers ou à d'autres indices qu'elles savaient où elles se trouvaient.

D'anciens détenus évadés et des proches de ceux qui sont encore détenus ont affirmé que les combattants de l'État islamique avaient autorisé de nombreuses familles détenues à garder et à utiliser leurs téléphones portables, pour appeler leurs proches. D'autres détenus ont indiqué aux membres de leurs familles qu'ils avaient dissimulé leurs téléphones et les avaient utilisés en cachette. Parfois, des membres de l'État islamique ont fourni des téléphones aux détenus pour qu'ils appellent leurs familles, ont-ils précisé.

Certains détenus se servent fréquemment de leur téléphone mais d'autres n'ont appelé leurs proches qu'une ou deux fois. Plusieurs familles interrogées par Human Rights Watch ont indiqué qu'elles avaient eu récemment des nouvelles de leurs proches détenus, mais d'autres n'en avaient pas eu depuis plus d'un mois, voire pas du tout.

Enlèvements de familles entières

Les proches de certains détenus ont indiqué à Human Rights Watch que les combattants de l'État islamique avaient rassemblé des dizaines de membres de leurs familles à la fois, y compris les grands-parents et les mères de nouveaux-nés. Khider, l'homme détenu par l'État islamique pendant huit jours, a déclaré que le groupe avait emmené 72 membres de sa famille et les avaient forcés à se rendre, à bord de leurs propres voitures, dans une école en Syrie, où ils ont été emprisonnés.

Un homme originaire d'un autre village près de Sinjar a indiqué que l'État islamique détenait 65 de ses proches, dont 17 enfants. Il a montré à Human Rights Watch une liste de leurs noms. Un troisième homme a montré à Human Rights Watch une liste de 37 de ses proches détenus, dont 23 enfants, affirmant que l'État islamique les avait capturés tous ensemble.

Dans une salle d'école abritant des Yézidis déplacés à Dohouk, une famille a donné à Human Rights Watch les noms de 42 de leurs parents capturés par le groupe le 3 août dans une ville du district de Sinjar. Les combattants de l'État islamique, ont-ils affirmé, en ont immédiatement tué 16 et ont emprisonné les 26 autres – exclusivement des femmes, des filles et de jeunes enfants, dont deux bébés – et seulement une d'entre elles a réussi à s'échapper. Quand l'un des patriarches de la famille a demandé aux enfants se trouvant dans la pièce combien d'entre eux avaient perdu leur père, tué par l'État islamique, plus de 20 se sont levés.

Enlèvements de garçons et de filles

Après avoir séparé leurs captifs en plusieurs groupes, l'État islamique a parfois emmené à l'écart de jeunes garçons et de jeunes filles, ont affirmé sept prisonniers évadés. Naveen a déclaré à Human Rights Watch qu'elle avait vu les combattants du groupe emmener tous les garçons âgés de 10 ans ou plus:

À la prison Badoush, je les ai vus emmener de jeunes garçons. Ils disaient qu'ils les emmenaient pour faire leur éducation religieuse. Dans la pièce où j'étais, ils ont pris six ou sept garçons. Tous ceux qu'ils ont pris avaient environ 10 ans ou 11 ans. J'ai habillé mon fils [âgé de 10 ans] en fille pour le cacher.

Rewshe, la jeune fille de 15 ans qui a indiqué s'être échappée le 7 septembre alors qu'elle était détenue par l'État islamique, a déclaré que les combattants l'avaient détenue en quatre endroits différents avant son transfert en Syrie, notamment à la prison Badoush à Mossoul où elle était avec des centaines d'autres Yézidis, hommes, femmes et enfants. Un jour, entre le 22 et le 24 août, a-t-elle dit, elle a observé depuis la cour de la prison les combattants de l'État islamique qui ont retiré à leurs mères plus de 100 jeunes garçons, certains âgés de pas plus de 6 ans:

Ils ont pris les jeunes garçons à leurs mères. Si les mères refusaient, ils les prenaient de force. Ils ont giflé des mères qui protestaient, tiré des coups de feu en l'air et dit: « Nous vous tuerons si vous ne [laissez pas vos enfants partir].»

Layla, âgée de 16 ans, a indiqué que les combattants de l'État islamique l'avaient capturée le 3 août dans la région de Sinjar, avec sa mère et sa sœur âgée de 13 ans. Selon elle, ils ont d'abord emmené sa mère, puis sa sœur, puis ils ont amené Layla dans une maison à Rabi’a, où un homme l'a enfermée et l'a forcée à faire sa cuisine et sa lessive.

Tout d'abord, a affirmé Layla, les combattants de l'État islamique les ont transportées toutes les trois à Mossoul, en compagnie de centaines d'autres femmes et filles, dans un convoi d'autobus dont les véhicules arboraient le drapeau noir du groupe. Quelques jours plus tard, les combattants ont emmené toutes les femmes adultes, dont sa mère. Layla a pleuré en décrivant son calvaire de 22 jours:

Ils ont arraché ma mère de mes bras. J'ai essayé de les en empêcher mais ils l'ont prise de force. Je n'ai aucune idée du sort qu'ils lui ont réservé. Ils ont pris d'autres femmes à peu près au même moment et de la même façon. Toutes celles qu'ils ont laissées dans la salle étaient de jeunes femmes. J'aurais voulu être morte.

Layla a déclaré que les combattants l'avaient alors emmenée, avec sa sœur, dans un immeuble comprenant une grande salle à Mossoul, où ils les ont détenues en compagnie d'environ 200 jeunes femmes et adolescentes. Là, a-t-elle affirmé, des combattants venaient et choisissaient une femme ou une jeune fille qu'ils emmenaient à leur domicile:

Tous les soirs, les gardes armés annonçaient: « Les mujahidiin sont arrivés! » Ils entraient dans la salle et choisissaient celles qu'ils voulaient, les emmenant soit par la force, soit en se contentant de les désigner du doigt. Quand nous demandions aux gardes ce qu'il se passait, ils nous disaient: « Les mujahidiin les emmènent pour qu'elles les aident chez eux. » J'ai commencé à avoir très peur. Mon corps était pris de tremblements. Toute la nuit, j'ai tenu la main de ma sœur, dans un coin de la salle.

Au cours des jours suivants, selon Layla, les combattants les ont transportées en bus, elle et sa sœur, ainsi que plusieurs autres jeunes filles et jeunes femmes, à Tal Afar, puis de nouveau à Mossoul et une nouvelle fois à Tal Afar, leur disant lors du voyage: « Vous allez à Tal Afar pour être au service des mujahidiin. » Là-bas, l'État islamique les a détenues en compagnie d'une centaine d'autres femmes et filles qui avaient été transférées de plusieurs endroits différents. Une des filles « pleurait toute la journée », a-t-elle dit.

Quelques jours après leur arrivée à Tal Afar, a ajouté Layla, les combattants ont pris sa sœur âgée de 13 ans, indiquant qu'ils allaient l'envoyer à un combattant à Rabi’a. Quelques jours plus tard, selon Layla, des hommes l'ont également emmenée à Rabi’a, en compagnie de Shireen, une adolescente de 17 ans, et les ont enfermées dans une maison où elles devaient faire le ménage et la cuisine pour deux combattants. Ces deux hommes, a-t-elle dit, « portaient de nombreuses armes, des fusils automatiques et des grenades, ainsi que des jumelles et de nombreux téléphones portables ».

Le lendemain, selon Layla, elle et Shireen ont dérobé un des téléphones portables des deux hommes et ont appelé des membres de leurs familles, qui leur ont indiqué comment rejoindre une maison où se trouvaient des personnes de leur connaissance à Rabi’a. Les deux jeunes filles se sont alors glissées dehors par une porte située derrière la maison et dont la serrure était défectueuse.

Shireen a affirmé n'avoir aucun souvenir de ses deux derniers jours de captivité à Rabi’a. « J'étais comme folle. Je ne sais même plus comment je suis arrivée ici », a-t-elle dit depuis un refuge dans la région du Kurdistan en Irak. Son seul souvenir de son évasion, a-t-elle affirmé, est celui d'une autre jeune fille qui avait été capturée avec elle et qui la « portait sur son dos. »

Mariages forcés

Seve, une jeune femme de 19 ans qui s'est évadée fin août, a déclaré à Human Rights Watch qu'elle avait vu les combattants de l'État islamique tirer sur son mari et le tuer avant de la capturer, le 3 août, près de leur village non loin de Sinjar. Elle a précisé que les combattants l'avaient ensuite emmenée dans une maison à Mossoul, où ils l'ont forcée, ainsi que plusieurs autres jeunes femmes et jeunes filles, à les épouser à l'occasion de « mariages » de groupe. Elle a décrit ainsi plusieurs mariages de groupe, y compris celui où elle a été « mariée » à un combattant:

C'était censé être une cérémonie de mariage. Ils nous lançaient des bonbons et prenaient des photos et des vidéos de nous. Ils nous ordonnaient d'avoir l'air heureuses pour les vidéos et les photos. Les combattants étaient très joyeux; ils tiraient en l'air et criaient … Il y avait une femme originaire de Kocho qui était très belle. Le chef des combattants l'a prise pour lui-même. Ils l'ont habillée comme une mariée.

Selon Seve, le combattant qui l'a « épousée », l'a emmenée dans une maison où, a-t-elle dit, « il m'a dit qu'il m'enseignerait l'Islam. » Une fois dans la maison, il a essayé en vain de la violer, a-t-elle affirmé:

Il s'appelait Zaid. Il a essayé de me prendre [sexuellement] de force. Je lui ai dit: « Je ne t'épouserai pas. Je suis déjà mariée. » L'homme s'est mis en colère et m'a dit: « Je te vendrai à un Syrien. … Je te tuerai. »

Seve a indiqué que quelques jours plus tard, elle avait réussi à s'évader de la maison pendant que le combattant dormait.

En août, Navi Pillay, qui était alors Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, a déclaré que son bureau avait reçu de deux familles des informations selon lesquelles des membres de l'État islamique avaient violé deux garçons. Le même mois, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a diffusé des informations selon lesquelles il avait recueilli « des témoignages consternants relatifs à des meurtres, des enlèvements et des violences sexuelles perpétrés contre des femmes et des enfants », y compris un récit de la part d'une jeune fille de 16 ans selon laquelle les combattants de l'État islamique l'avaient forcée, ainsi que d'autres femmes et filles, à accomplir des actes sexuels en prétextant d'un mariage forcé.

Ventes de femmes et de filles

Rewshe, la jeune fille de 15 ans, est l'une des trois femmes et filles qui se sont évadées et qui ont affirmé à Human Rights Watch que des combattants de l'État islamique se livraient à la vente de femmes captives. Elle a expliqué en détail comment un combattant à Raqqa, en Syrie, a affirmé l'avoir achetée pour 1 000 dollars, et comment des gardes avaient raconté que des combattants avaient acheté 20 autres femmes détenues avec elle.

Naveen, la femme qui a affirmé avoir échappé à ses ravisseurs de l'État islamique avec ses quatre enfants, a déclaré que le groupe l'avait détenue pendant une dizaine de jours fin août dans une école à Tal Afar, en même temps que plus de 1 000 autres personnes. Elle a affirmé avoir vu des hommes qu'elle a qualifiés d'« amis » de l'État islamique venir à l'école et acheter des jeunes femmes et des jeunes filles, sans préciser combien d'entre elles avaient été emmenées.

Seve, la jeune femme de 19 ans qui s'est évadée, a déclaré qu'un soir aux alentours du 14 août, des combattants de l'État islamique avaient sélectionné 26 jeunes femmes et adolescentes dans la maison où elles étaient détenues à Mossoul. Les hommes ont dit qu'ils étaient venus de Syrie et qu'ils allaient emmener ces femmes « pour les vendre au marché aux esclaves en Syrie », a affirmé Seve.

Selon les Nations Unies, une adolescente yézidie a affirmé que des combattants de l'État islamique avaient enlevé des centaines de femmes et les avaient ensuite transférées vers la ville de Ba’aj, à l'ouest de Mossoul. La jeune fille a affirmé à l'ONU que plusieurs combattants l'avaient violée à plusieurs reprises et qu'ensuite ils l'avaient vendue sur un marché.

Risque de suicides

Khudaea, un Yézidi, a déclaré à Human Rights Watch qu'au début de septembre, il avait reçu un appel désespéré de sa sœur captive, âgée de 19 ans. C'était le premier appel téléphonique reçu de sa sœur depuis sa capture le 3 août par l'État islamique:

Elle a indiqué qu'un jeune combattant qui était son garde lui avait prêté son téléphone portable en lui disant: « Appelle ta famille et dis-leur ‘C'est mon dernier message, car je vais être mariée de force à ce combattant.’ » Elle nous a dit: « Je voudrais juste vous revoir une dernière fois et ensuite, je me tuerai. »

Human Rights Watch a appris par la suite, de la part d'un membre de sa famille, que la jeune femme avait réussi à s'évader avant que le mariage n'ait eu lieu.

Les proches d'une jeune femme yézidie de 16 ans, Fatee, qui était mariée depuis deux mois quand les combattants de l'État islamique l'ont capturée le 3 août dans le district de Sinjar, ont indiqué qu'ils avaient reçu un appel similaire fin août. La sœur de cette jeune femme, Khansee, a déclaré à Human Rights Watch que la famille avait appris la capture de Fatee par l'État islamique en appelant le téléphone de son mari le 3 août au matin:

Un homme a répondu au téléphone. Il a dit qu'il avait tué le mari de ma sœur et avait emmené ma sœur. Nous n'avons eu aucune nouvelle pendant 27 jours. Nous pensions qu'elle était morte. Nous avons appelé de très nombreux amis et membres de notre famille mais personne n'avait de ses nouvelles. Puis un jour, elle a appelé. Elle a dit: « S'ils essayent de me forcer à me convertir à l'islam, je me tuerai. » Depuis, nous sommes sans nouvelles d'elle.

Des travailleurs humanitaires basés dans la région du Kurdistan en Irak ont affirmé à Human Rights Watch que trois femmes yézidies, qui disaient s'être évadées après avoir été détenues par l'État islamique, avaient tenté de se suicider dans des camps pour Yézidis déplacés depuis le début du mois d'août et qu'une d'elles avait réussi.

Les coutumes des Yézidis leur interdisent le mariage avec des personnes d'autres religions. En décrivant à Human Rights Watch les mariages forcés de membres de leurs familles détenues par l'État islamique, de nombreux Yézidis ont évoqué le sort de Du’a Khalil Aswad, une adolescente yézidie de 17 ans qui a été lapidée à mort en 2007 par un groupe d'hommes yézidis pour avoir voulu épouser un jeune musulman. Une vidéo de ce « meurtre d'honneur » a circulé sur Internet.

Le meurtre d'Aswad avait déclenché des attaques en représailles contre les Yézidis de la part d'extrémistes sunnites, selon des chefs de la communauté yézidie. Deux femmes yézidies capturées qui se sont récemment évadées ont affirmé à Human Rights Watch que leurs ravisseurs leur avaient dit qu'ils les détenaient « pour venger Du’a. »

Des évadées et des membres des familles de personnes capturées ou tuées ont déclaré qu'ils n'avaient reçu pratiquement aucun soin ou conseil d'ordre médical depuis qu'ils s'étaient enfuis devant l'offensive militaire de l'État islamique. Les autorités régionales et le personnel de santé travaillant dans les camps et refuges pour personnes déplacées que Human Rights Watch a visités, ont exprimé leur frustration devant cette absence d'assistance médicale.

Conversions forcées

Chacune des sept personnes qui se sont évadées après avoir été capturées par l'État islamique ont déclaré que les combattants du groupe avaient fait pression sur elles pour qu'elles se convertissent à l'islam. Une de ces femmes a indiqué que les combattants lui avaient dit à plusieurs reprises: « Tu seras en sécurité si tu te convertis ». Des personnes dont des proches sont retenues captives ont également indiqué que celles-ci leur avaient dit, lors de conversations téléphoniques, qu'elles subissaient des pressions pour qu'elles se convertissent.

Khider, le jeune Yézidi de 28 ans, a déclaré que des membres de l'État islamique l'avaient forcé, ainsi que d'autres captifs, à prier cinq fois par jour et à réciter la shahada de nombreuses fois pendant sa détention en Syrie et dans le nord de l'Irak. Il a montré à Human Rights Watch une vidéo que les hommes de l'État islamique ont tournée et affichée sur des sites militants, montrant la conversion forcée d'une centaine d'homme yézidis à laquelle il a été contraint de participer. « Ils nous ont forcés à leur serrer la main et nous ont dit: ‘Soyez les bienvenus, vous êtes des frères,’ mais ce n'était que de la propagande », a déclaré Khider.

Salim, le père d'un autre Yézidi capturé, Jirdo, a désigné son fils du doigt sur la même vidéo. Salim a affirmé que l'État islamique avait capturé Jirdo le 3 août alors qu'il s'était rendu dans sa ville de résidence, dans la région de Sinjar, pour aider sa femme et sa belle-famille. Selon Salim, Jirdo l'a appelé le 3 septembre d'un immeuble situé dans un village proche de Tal Afar où il était détenu par l'État islamique, et le père a demandé à parler à l'un de ses gardes.

« Je lui ai demandé de me prendre, moi, au lieu de mon fils », a raconté Salim. « Il a répondu qu'il n'était pas autorisé à conclure un tel arrangement mais qu'il en parlerait à son émir [commandant]. » Salim a indiqué avoir discuté un peu plus tard avec le commandant qui parlait arabe avec un accent étranger. « Il a dit que je devais lui donner deux de mes filles en échange de mon fils », a affirmé Salim, précisant qu'il avait refusé.

Droit international

Selon le droit international, les crimes contre l'humanité comprennent les crimes de persécution d'un groupe religieux, d'emprisonnement illégal, d'esclavage sexuel ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable, quand elle est commise de manière systématique ou généralisée comme étant une politique délibérée de la part d'un groupe organisé. Certaines exactions particulières commises contre les civils par les membres de l'État islamique, en tant que groupe armé participant à un conflit, sont susceptibles de constituer des crimes de guerre s'ils sont commis avec une intention criminelle, comme par exemple les violences contre les personnes et leur vie, y compris les traitements cruels et les atteintes à leur dignité.

Le mariage forcé constitue une violation du droit à consentir librement au mariage, tel que défini à l'article 23 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à l'article 10 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Recommandations

L'État islamique devrait rendre immédiatement les enfants à leurs familles, mettre fin aux mariages forcés ainsi qu'aux abus sexuels, et remettre en liberté tous les détenus civils. Les acteurs locaux et internationaux ayant une influence sur ce groupe devraient plaider en faveur de ces mesures, a déclaré Human Rights Watch.

Le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies a ordonné le 1er septembre l'ouverture d'une enquête de l'ONU sur les graves crimes commis par l'État islamique. Cette enquête devrait être prompte et exhaustive, et son objet devrait être élargi pour inclure les graves abus commis par les forces gouvernementales irakiennes et par les milices chiites qui sont ses alliées.

L'Irak devrait rejoindre les États parties à la Cour pénale internationale (CPI), afin de permettre l'ouverture éventuelle de poursuites contre les auteurs de crimes tels que les crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par toutes les parties au conflit. Les autorités pourraient donner compétence à la Cour pour enquêter et juger les auteurs des graves crimes commis en Irak depuis le 1er juillet 2002 , date de l’entrée en vigueur du traité fondateur de la CPI.

Les organisations humanitaires locales et internationales actives dans la région du Kurdistan en Irak, y compris les agences des Nations Unies, devraient renforcer leur fourniture de services médicaux et de conseil à l'intention des personnes déplacées qui ont fui les avancées militaires de l'État islamique. Ces agences devraient porter une attention particulière aux besoins des personnes ayant subi des violences sexuelles, et prodiguer des soins appropriés aux victimes de viols. Les agences devraient en outre accorder une haute priorité à la confidentialité des informations concernant les victimes, en conformité avec les normes internationales, et devraient fournir leurs services d'une manière qui n'aggrave pas le sentiment de honte et n'expose pas les victimes à des représailles.

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