Un fusil d'assaut posé sur le rebord d’un tableau dans une salle de classe d'une école occupée par des soldats dans l'État de Chocó, en Colombie, où un conflit armé a mené depuis plusieurs années à des violations de droits commises par divers groupes armés, y compris des guérillas et des forces paramilitaires soutenues par le gouvernement.

© 2007 Getty Images

(Paris, le 20 novembre 2013) – Toutes les forces armées nationales et les groupes armés devraient rejeter l'utilisation des écoles à des fins militaires pendant les conflits armés, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. À l’occasion de la Journée mondiale de l'enfance, le 20 novembre, Human Rights Watch a diffusé une vidéo disponible en six langues, sur l’impact de l'utilisation militaire des écoles sur les enfants.

Dans la plupart des pays où se déroulent des conflits armés à travers le monde, les forces armées nationales ou des groupes armés ont utilisé ou continuent d’utiliser les écoles à des fins militaires, avec des conséquences dévastatrices pour les enfants et leur droit à l'éducation. Les forces armées ont transformé les écoles en casernes, en centres de détention, en camps d'entraînement militaire, en dépôts d'armes et en bases pour les opérations militaires. Souvent, ces forces ne s’emparent que d'une partie d'une école, mettant ainsi en grave danger les élèves qui tentent de poursuivre leurs études.

« Les écoles devraient être remplies d’élèves et non de soldats », a déclaré Bede Sheppard, directeur adjoint de la division des Droits de l’enfant à Human Rights Watch. « Lorsque les forces armées prennent le contrôle des écoles, elles placent les enfants et leur éducation dans la ligne de mire. »

Des enfants et des enseignants ont été blessés et tués, et des écoles détruites ou endommagées, lorsque des forces ont attaqué des écoles parce que des forces opposées les utilisaient. Parmi d’autres conséquences de l'utilisation militaire des écoles figurent les fermetures scolaires à long terme, la baisse de la fréquentation scolaire et de la scolarisation, ainsi que le préjudice psychologique sur les élèves, les enseignants et les communautés. L’utilisation militaire des écoles a un effet particulièrement négatif sur l'éducation des filles, qui encourent un plus grand danger lors de la présence de troupes armées.

Entre 2005 et 2012, des forces armées ou des groupes armés ont utilisé des écoles dans au moins 24 pays lors de conflits en Afrique, en Asie, en Europe, au Moyen-Orient et en Amérique du Sud.

La vidéo comprend des photos et des images obtenues par des chercheurs de Human Rights Watch au cours de leurs enquêtes, ainsi que par les photographes de Magnum et Getty Images travaillant pour Human Rights Watch.

La vidéo contient des images d'archives de Malala Yousafzai, l'adolescente qui a été blessée par les talibans pour avoir défendu l'éducation des filles au Pakistan, pendant l'inspection d'une école qui avait été dirigée par son père. La famille a découvert qu'elle avait été occupée et utilisée par l'armée pakistanaise pendant l'exil de la famille Yousafzai de la vallée de Swat.

Les élèves et les enseignants qui souhaitent ajouter leur voix pour soutenir la fin de l'utilisation militaire des écoles peuvent publier des photos et des slogans sur le site EMUScampaign.org.

Human Rights Watch travaille avec la Coalition mondiale pour la protection de l'éducation contre les attaques (Global Coalition to Protect Education from Attack, GCPEA) ainsi qu’avec des partenaires experts et des gouvernements afin d’élaborer de nouvelles lignes directrices internationales pour améliorer les protections des écoles et des universités contre leur utilisation militaire. Celles-ci sont connues sous le nom de  Projet de lignes directrices de Lucens pour la protection des écoles et des universités contre l’utilisation militaire durant les conflits armés (version anglaise Draft Lucens Guidelines for Protecting Schools and Universities from Military Use during Armed Conflict).

Tous les pays devraient appuyer le processus d’élaboration de ces directives et les approuver une fois finalisées à la mi-2014, selon Human Rights Watch. Les pays du monde entier sont également encouragés à faire appliquer des lois et approuver des politiques visant à protéger les écoles et à intégrer les directives dans leur doctrine, leurs manuels et la formation militaires.

« D’ici la Journée mondiale de l'enfance de l'année prochaine, les pays devraient faire un pas en avant en se faisant les champions de la protection de l'éducation des enfants et en interdisant l'utilisation des écoles par leurs propres forces armées », a conclu Bede Sheppard. « Il est grand temps que les armées rendent les écoles aux élèves. »

La vidéo est disponible en anglais, français, allemand, espagnol, néerlandaiset japonais. Elle a été réalisée par Human Rights Watch et la GCPEA.