(Jérusalem) - Israël devrait de toute urgence lever les restrictions illégales frappant l'entrée à Gaza de l'aide humanitaire et des produits de première nécessité qui font cruellement défaut, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Les préoccupations sécuritaires ne justifient pas les restrictions très larges qui touchent la distribution des vivres, des combustibles et autres produits essentiels.

Depuis la fin des principales opérations militaires le 18 janvier 2009, Israël continue de bloquer l'entrée à Gaza de quantités considérables de vivres, de carburant, de gaz de cuisine et de matériaux de construction, ainsi que l'accès des travailleurs humanitaires au territoire. Les fournitures et le personnel humanitaire sont nécessaires pour soulager la souffrance des civils, dont beaucoup ont vu leurs habitations et leurs lieux de travail détruits lors de la récente opération militaire israélienne.

« La vaste opération militaire menée par Israël a détruit beaucoup de vies et a aggravé de façon spectaculaire la crise humanitaire à Gaza », a déclaré Fred Abrahams, principal chercheur à la division Urgences de Human Rights Watch, qui vient de passer deux semaines à Gaza. « Les problèmes de sécurité ne justifient pas la punition collective qui est infligée à 1,5 million de personnes en interdisant l'accès de l'aide humanitaire et des fournitures dont elles ont cruellement besoin. »

Les besoins actuels à Gaza sont énormes. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l'opération « Plomb durci » menée pendant 22 jours par Israël a endommagé ou détruit plus de 14 000 habitations, 68 bâtiments gouvernementaux et 31 bureaux d'organisations non gouvernementales. Des milliers de personnes demeurent sans abri. L'Organisation mondiale de la santé signale que la moitié des 122 centres de soins de santé qu'elle a passés en revue ont été endommagés ou détruits.

Selon le Bureau de la Coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), à la date du 5 février, 88 pour cent des 1,5 million de Gazaouis s'étaient inscrits pour recevoir l'aide alimentaire des Nations unies, beaucoup dépendant totalement de cette assistance.

Israël continue d'exercer un contrôle total sur les frontières et l'espace aérien de Gaza, à l'exception du point de passage de Rafah entre l'Égypte et Gaza. Certes, Israël a le droit d'inspecter les marchandises rentrant à Gaza mais toute restriction frappant les secours devrait découler de raisons précises liées à la sécurité et ne devrait pas viser à bloquer la véritable aide humanitaire. Les restrictions très étendues qui touchent les produits de première nécessité violent le droit international humanitaire, lequel interdit à un gouvernement qui exerce un contrôle effectif sur un territoire de bloquer des produits indispensables à la survie de la population civile.

Les restrictions violent également l'obligation qui incombe à Israël, en tant que puissance occupante, de préserver la santé ainsi que le bien-être de la population occupée et elles équivalent à un châtiment collectif à l'encontre de la population civile, a dénoncé Human Rights Watch.

L'Égypte a directement contribué à l'aggravation de la crise humanitaire en limitant l'accès de l'aide et du personnel humanitaires à Gaza par le point de passage de Rafah, a signalé Human Rights Watch. Après avoir partiellement ouvert ce poste-frontière pendant les combats, l'Égypte l'a refermé le 5 février. Seuls les habitants de Gaza ayant besoin de soins médicaux sont autorisés à le franchir, au cas par cas.

Beaucoup de marchandises en provenance d'Égypte entrent clandestinement à Gaza grâce au réseau de tunnels transfrontaliers qui continuent à opérer en dépit des efforts militaires sans cesse déployés par Israël pour les détruire. Les médias rapportent que l'Égypte pourrait peu à peu mettre un frein au commerce illégal.

Human Rights Watch a appelé les États-Unis et d'autres gouvernements influents, ainsi que l'Union européenne et le Conseil de sécurité de l'ONU, à pousser Israël et l'Égypte à cesser de limiter illégalement l'accès aux produits indispensables.

« Les États-Unis constituent le principal bailleur de fonds étranger d'Israël et de l'Égypte. L'administration Obama devrait donc insister pour que les civils de Gaza reçoivent de toute urgence l'aide dont ils ont besoin », a souligné Fred Abrahams.

Human Rights Watch a également appelé le Hamas à cesser de s'immiscer dans la distribution de l'aide humanitaire à l'intérieur de Gaza. Début février, le Hamas a saisi les vivres et les fournitures que l'ONU et au moins une organisation internationale humanitaire destinaient aux civils mais il a par la suite qualifié ces confiscations d' « erreur » et a restitué les marchandises.

En dépit des besoins urgents des Gazaouis et des efforts du Hamas pour contrôler l'aide, les importantes restrictions imposées par Israël en ce qui concerne l'acheminement des vivres, des combustibles et autres produits semblent ne pouvoir être justifiées par un souci légitime de sécurité. Depuis le 18 janvier, par exemple, Israël bloque les cargaisons de pois chiches, de dattes, de sachets de thé, de puzzles pour enfants et de macaronis.

Israël a également refusé un système de purification d'eau offert par le gouvernement français. Selon la compagnie des eaux de Gaza, à la date du 16 février, 50 000 habitants n'avaient pas accès à l'eau courante et 100 000 autres ne recevaient de l'eau que tous les sept à dix jours. La compagnie a expliqué qu'elle avait besoin de cargaisons de pièces détachées avant de pouvoir effectuer d'importantes réparations.

Les équipes de déminage n'ont pas été en mesure de détruire ou d'isoler certaines armes israéliennes non explosées car Tel Aviv a refusé de laisser entrer le matériel et l'équipement nécessaires, a signalé l'OCHA le 16 février.

Selon l'UNRWA (« UN Relief and Works Agency », agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens), soixante pour cent des 200 000 élèves qui fréquentent ses écoles à Gaza ne peuvent plus acheter de nouveaux manuels scolaires car Israël a bloqué les cargaisons de papier nécessaire pour imprimer les livres. L'agence de l'ONU a fait savoir qu'Israël avait également bloqué les matériaux nécessaires pour fabriquer les sacs en plastique servant à la distribution des vivres.

Les travailleurs humanitaires essayant de rentrer à Gaza ont également été confrontés aux restrictions inutiles imposées par Israël. Selon l'OCHA, sur les 178 demandes qu'il a suivies de près en janvier émanant d'organisations non gouvernementales désireuses de se rendre à Gaza par Erez, point de passage pour les personnes entrant à Gaza, Israël n'a approuvé l'entrée que de 18 membres du personnel international d'ONG médicales, ainsi que d'un petit nombre de techniciens spécialisés dans le déblaiement des pièces d'artillerie non explosées.

L'ONU a signalé que pendant la semaine du 4 au 10 février, le nombre moyen de camions pénétrant à Gaza chaque jour s'élevait à 117, ce qui est bien en deçà de la moyenne journalière de 475 enregistrée en mai 2007, juste avant qu'Israël n'intensifie sa politique de fermeture des frontières après que le Hamas eut pris le pouvoir jusque-là aux mains du Fatah à Gaza.

Israël continue par ailleurs de limiter l'acheminement du diesel industriel utilisé pour produire l'électricité, ne permettant à la seule centrale électrique de Gaza que d'opérer aux deux tiers de sa capacité et ajoutant à la pénurie déjà grave d'électricité. Selon l'OCHA, Israël a bloqué tous les approvisionnements en essence, diesel et gaz de cuisine destinés à Gaza entre le 8 et le 14 février. Les coupures d'électricité contribuent à provoquer des problèmes généralisés d'accès à l'eau.

Israël prétend faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire mais les responsables israéliens ont maintes fois répété qu'ils n'autoriseront aucune assistance qui, à leurs yeux, soutient ou légitime le Hamas. Invoquant des préoccupations sécuritaires, Israël continue d'interdire les livraisons de nombreux matériaux de construction, notamment le ciment, l'acier et le verre, ce qui empêche les agences humanitaires de commencer les travaux de reconstruction pourtant terriblement nécessaires. Tel Aviv a également bloqué les transferts d'argent vers Gaza, quoiqu'il ait récemment autorisé l'Autorité palestinienne basée à Ramallah à verser 43 millions de dollars américains pour payer les salaires de ses fonctionnaires.

Le refus d'Israël d'autoriser les exportations gazaouies pendant plus d'un an a lourdement contribué à l'effondrement de l'économie du territoire, a expliqué Human Rights Watch. Le 11 février a marqué la seule exception, Israël annonçant qu'il autorisait l'expédition de 25 000 fleurs coupées de Gaza vers les Pays-Bas, juste à temps pour la Saint-Valentin.

« L'étreinte israélienne sur Gaza a détruit l'économie du territoire et aura pendant longtemps des effets dévastateurs sur la vie des Palestiniens », a expliqué Fred Abrahams. « Les actions du Hamas ne peuvent pas être utilisées pour justifier une politique qui cause du tort à la population civile. »

Les restrictions imposées par l'Égypte à l'entrée des biens et des personnes à Gaza par le point de passage de Rafah ont aggravé la situation, a fait remarquer Human Rights Watch. Selon des responsables des services médicaux égyptiens, l'Égypte a autorisé 1 003 Gazaouis blessés à entrer en Égypte pour recevoir des soins médicaux pendant les trois semaines de combats, ainsi que la fourniture de certaines aides à Gaza et l'entrée de travailleurs humanitaires. Mais Le Caire a fermé la frontière le 5 février sans préciser aucune date ni aucune condition pour sa réouverture.

Le gouvernement égyptien a également arrêté sans chef d'accusation des militants égyptiens qui faisaient campagne pour que le gouvernement ouvre le point de passage de Rafah. Le 3 février, la Haute Cour administrative a donné raison au gouvernement qui soutenait que les militants égyptiens n'avaient pas le droit de transporter de l'aide médicale ou autre à Gaza et que cette aide ne pouvait être acheminée que par des « canaux officiels ».

Le Hamas a également fait obstacle à la distribution de l'aide humanitaire et de marchandises. Selon l'UNRWA, le 3 février, la police du Hamas a confisqué plus de 3 500 couvertures et 406 colis de vivres après que le personnel de l'agence eut refusé de remettre ces fournitures au Ministère des affaires sociales dirigé par le Hamas. Deux jours plus tard, le Hamas a saisi 200 tonnes de riz et de farine transportées dans des camions humanitaires de l'agence au point de passage de Kerem Shalom, poussant l'agence à suspendre toutes ses distributions d'aide. Le 6 février, un responsable du Hamas a déclaré que ses forces avaient confisqué l'aide « par erreur ». L'UNRWA a repris ses distributions d'aide le 9 février, après que le Hamas eut rendu les marchandises et eut garanti que les confiscations ne se reproduiraient plus.

Un responsable d'une organisation internationale humanitaire travaillant à Gaza a confié à Human Rights Watch que début février, le Hamas avait confisqué l'une de ses cargaisons d'aide mais qu'il la lui avait restituée par la suite. Le Hamas a levé l'exigence qu'il avait imposée initialement à l'organisation de lui fournir des informations sur les groupes palestiniens auxquels l'aide serait distribuée.

« Le Hamas ne devrait pas confisquer l'aide ni intervenir de quelque manière que ce soit dans sa distribution », a souligné Fred Abrahams. « Ce type d'action ne fait que susciter des inquiétudes, donnant à penser que l'aide destinée à Gaza ne parviendra pas à la population civile dans le besoin. »

Le droit international humanitaire exige que les parties à un conflit autorisent et facilitent l'acheminement rapide et sans entraves de l'aide humanitaire à la population civile. Les parties ont l'obligation d'autoriser le libre acheminement de l'aide alimentaire aux civils en danger ; priver la population civile de nourriture ne peut être utilisé comme méthode de combat. Une partie peut prendre des mesures visant à contrôler le contenu et la distribution de l'aide humanitaire, par exemple pour s'assurer que les marchandises ne contiennent pas d'armes. Elle ne peut toutefois refuser de donner son assentiment pour des raisons arbitraires.

Israël reste une puissance d'occupation dans la bande de Gaza car il continue d'exercer un contrôle effectif sur l'espace aérien, l'espace maritime et les frontières de Gaza, ainsi que sur les systèmes d'électricité, d'eau et d'égouts du territoire. Aux termes de la Quatrième Convention de Genève, une puissance d'occupation est obligée de garantir la santé et le bien-être de la population civile dans toute la mesure du possible.

Un refus délibéré de permettre l'accès à l'aide humanitaire peut constituer un châtiment collectif ou des représailles illégales contre la population civile. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, l'interdiction des peines collectives ne vise pas uniquement les sanctions criminelles « mais les sanctions de tout genre infligées à des personnes ou à des groupes entiers de personnes, au mépris des principes d'humanité les plus élémentaires et ce pour des actes que ces personnes n'ont pas commis ».