Les forces militaires françaises doivent travailler avec la police nationale haïtienne afin de reprendre rapidement le contrôle de la région Nord d’Haïti, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Un nombre important de journalistes et de personnalités officielles du gouvernement originaires de cette région se tiennent cachés par crainte pour leur sécurité.

Deux représentants de Human Rights Watch viennent de rentrer d’une mission d’évaluation dans le Nord d’Haïti au cours de laquelle ils ont interrogé plusieurs journalistes et personnalités officielles du gouvernement qui ont décrit le manque de sécurité dont ils souffraient. Un ancien officiel, le
député Gabriel Ducatel de Port-Margot, a été illégalement détenu à Cap Haïtien par les soi-disant « Forces armées du Nord. »

« Cela fait trois semaines que la Force multinationale intérimaire est arrivée
en Haïti mais l’état de droit n’a pas encore été rétabli dans le Nord, » a déclaré Joanne Mariner, directrice adjointe de la division Amériques de Human Rights Watch. « Les forces militaires françaises basées à Cap Haïtien, de concert avec la police haïtienne, doivent étendre leur champ d’intervention au-delà de la ville et établir un contrôle efficace sur le reste de la région. »

Les forces militaires françaises sont arrivées à Cap Haïtien la semaine dernière et leur effectif est maintenant de quelques centaines. Bien qu’elles
patrouillent régulièrement dans la ville de Cap Haïtien, elles n’ont pas encore ramené la sécurité dans les villes voisines et dans les zones rurales. Elles n’ont pas non plus fait cesser le transport d’armes et la détention de prisonniers par les forces insurgées à Cap Haïtien.

La police nationale haïtienne dans le Nord est encore en désarroi. Les
représentants de Human Rights Watch ont interviewé Renan Etienne, le nouveau commissaire de police nommé pour le département du Nord au poste de Directeur départemental de la police nationale d’Haïti, et ils ont appris qu’il débutait ses fonctions avec un total de moins de 50 policiers. Etienne a déclaré qu’en temps normal, son département disposait de quelques centaines de policiers.

Le manque de policiers est flagrant dans tout le Nord d’Haïti. A Trou du Nord,
une ville située entre Cap Haïtien et la frontière dominicaine, un groupe armé
qui s’est auto-baptisé « Armée Kosovo » agit comme la force de sécurité de
facto. Lorsque les deux représentants de Human Rights Watch se sont rendus
dans la région le 19 mars, ils ont trouvé Sinais Ambroise, l’un des adjoints
au maire de la ville (troisième magistrat) maintenu là bas en détention illégale.

L’Armée Kosovo est approximativement composée de 35 hommes, pour la plupart jeunes, originaires de la ville de Trou du Nord, secondés par environ 14 anciens membres de l’armée haïtienne. Le groupe prétend entretenir une vague relation de coopération avec les Forces armées du Nord, la force rebelle dirigée par Guy Philippe mais a affirmé ne pas être directement sous le
commandement de Philippe.

A Cap Haïtien, les forces rebelles détenaient 16 prisonniers à la date de
samedi. Parmi les prisonniers que Human Rights Watch a pu voir ce jour-là, se trouvaient l’ancien député, Gabriel Ducatel du parti ESCAMP, qui représentait le district de Borgne et Port-Margot, et Augustin Joseph, employé de la chaîne de radio Radio Voix paysanne Milot.

Les représentants de Human Rights Watch ont également entendu des témoignages crédibles décrivant des situations de grande insécurité dans les villes du nord que sont Fort-Liberté et St.-afael.

Human Rights Watch a également interrogé un certain nombre de journalistes de radio à Cap Haïtien, dont des journalistes de la Radio Nationale qui se
tiennent maintenant cachés. Ils ont décrit le manque de sécurité et les craintes qu’ils éprouvaient pour leur propre sécurité du fait de cette situation. Ces journalistes ont donné à Human Rights Watch les noms d’une douzaine d’autres journalistes qui se tiendraient également cachés.

La vaste majorité des représentants politiques du parti Lavalas se tiennent
également cachés : pratiquement tous les maires locaux, les CASEC et les
officiels municipaux liés au parti de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide.

« Le nouveau gouvernement haïtien devrait exiger que les forces insurgées
respectent les droits des personnes associées à l’ancien gouvernement, » a
déclaré Mariner. « Les journalistes associés à toutes les tendances politiques
doivent être autorisés à travailler librement, sans crainte d’être attaqués. »