Le 8 décembre 2024, une coalition de groupes armés de l'opposition, menée par Hayet Tahrir al-Cham (HTC), a renversé le gouvernement de Bachar el-Assad, mettant fin à cinquante ans de règne du parti Baas en Syrie. Le 29 mars 2025, les autorités ont annoncé un nouveau gouvernement de transition dirigé par l’ancien chef du HTC, Ahmed al-Charaa, et chargé de gouverner le pays pendant cinq ans, jusqu’à ce qu’une constitution permanente soit adoptée et que des élections nationales soient organisées.
Deux semaines auparavant, les autorités transitionnelles avaient approuvé une déclaration constitutionnelle visant à régir la phase de transition du pays ; ce document concentre le pouvoir entre les mains de l’exécutif et octroie au président une autorité considérable sur les nominations judiciaires et législatives, sans aucun contrôle ni supervision. Cette déclaration justifiait ces pouvoirs extraordinaires comme nécessaires à la phase de transition que connaît la Syrie.
La période de transition a été marquée par des meurtres à motif identitaire, notamment le massacre de civils alaouites et druzes en mars et juillet 2025 par des forces gouvernementales et alliées, faisant craindre de nouvelles violences. De graves difficultés économiques et humanitaires, ainsi que des déplacements de masse toujours en cours, ont continué à peser sur la vie des Syriens, alors que le pays a commencé à se reconstruire et esquisser un nouvel avenir. Après plus de dix ans de conflit, la Syrie est par ailleurs largement contaminée par des mines terrestres et des restes explosifs de guerre, ce qui constitue un obstacle majeur au retour des personnes dans des conditions sûres et à la reconstruction.
Obligation de rendre des comptes pour les crimes internationaux graves
En 2025, les autorités de transition ont fait connaître leur intention de viser la reddition de comptes pour les crimes graves commis en Syrie. Outre la mention explicite de la justice transitionnelle dans la déclaration constitutionnelle du pays, les décrets présidentiels émis le 17 mai ont créé deux nouvelles entités publiques : la Commission pour la justice transitionnelle et la Commission nationale pour les personnes disparues. Le mandat de la Commission pour la justice transitionnelle ne couvre que les abus commis par l’ancien gouvernement, ce qui exclut les violations dues à d’autres acteurs et laisse de nombreuses victimes sans recours. À la date de septembre 2025, les deux commissions n’avaient pris que des mesures limitées pour consulter les groupes de victimes et la société civile, ou pour rendre publiques et mettre en œuvre leurs activités.
En janvier 2025, le procureur de la CPI s’est rendu à Damas à l’invitation du président syrien Ahmed al-Charaa, et en mars, le ministre des Affaires étrangères syrien, Assaad al-Chaibani, l’a rencontré à La Haye, ce qui indique une ouverture vis-à-vis du rôle que pourrait jouer la Cour dans la réponse judiciaire syrienne.
Le Mécanisme international, impartial et indépendant pour la Syrie, l’Institution indépendante sur les personnes disparues en Syrie et la Commission d’enquête sur la République arabe syrienne ont au accès au pays, mais sans disposer des autorisations nécessaires pour mettre en place des opérations sur le territoire, ce qui leur est indispensable afin de remplir leur mandat.
En juin, les autorités de transition ont exprimé leur soutien à la procédure judiciaire entamée en 2023 devant la Cour internationale de Justice par le Canada et les Pays-Bas, au sujet des actes de tortures commis par l’ancien gouvernement syrien. Au sein du Conseil des droits de l’homme et de l’Assemblée générale des Nations Unies, elles se sont engagées à lutter contre l’impunité, coopérer avec les organes internationaux de suivi et assurer la participation des victimes aux efforts d’établissement des responsabilités.
Abus impliquant les forces gouvernementales
Début mars 2025, des attaques mortelles d’insurgés contre les forces gouvernementales dans les gouvernorats de Hama, Lattaquié et Tartous ont déclenché une vague de violences identitaires dans ces régions. Des forces gouvernementales, des groupes armés qui leur sont affiliés et des volontaires armés ont balayé les zones majoritairement alaouites des gouvernorats de Tartous, Lattaquié et Hama, tuant au moins 1 400 personnes et laissant derrière eux des domiciles réduits en cendre, des fosses communes et des communautés brisées. La Commission d’enquête onusienne sur la Syrie a déterminé que ces attaques constituaient sans doute des crimes de guerre. Un rapport conjoint de Human Rights Watch, de Syrians for Truth and Justice et de Syrian Archive a documenté les abus généralisés commis par ces forces, y compris des exécutions sommaires, la destruction délibérée de biens et des violences à l’égard des détenus. Ses conclusions ont démontré que ces crimes se sont déroulés lors d’une opération militaire coordonnée de façon centralisée, dirigée par le ministère de la Défense. Le gouvernement syrien de transition a promis d’établir les responsabilités des violences, mais à la fin de l’année 2025, il s’était montré peu transparent sur la question de savoir si son enquête avait examiné le rôle des hauts responsables militaires ou civils, ou quelles mesures il prendrait pour demander des comptes aux personnes ayant l’autorité du commandement.
Vers la mi-juillet 2025, des affrontements ont éclaté dans le gouvernorat de Soueïda, dans le sud de la Syrie, avec des combats entre des groupes armés affiliés à un chef spirituel de la communauté druze de Soueïda et des combattants bédouins partisans du gouvernement. Comme la violence s’étendait, le gouvernement syrien a annoncé qu’il interviendrait, déployant des unités des ministères de l’Intérieur et de la Défense et imposant des couvre-feux le 14 juillet. Alors que les autorités affirmaient que le déploiement visait à restaurer l’ordre, des habitants ont rapporté des pillages, l’incendie de domiciles, des violences confessionnelles et des exécutions sommaires, y compris de femmes et d’enfants. Les groupes armés bédouins et les milices druzes ont également été impliqués dans de graves abus. Des experts de l’ONU ont rapporté le 21 août que les violences avaient tué un millier de personnes, parmi lesquelles au moins 539 civils druzes, dont 39 femmes et 21 enfants, que les exécutions extrajudiciaires d’au moins 196 personnes avaient été documentées et que plus de 33 villages avaient été brûlés.
Les autorités de transition ont placé des personnes en détention arbitraire et des informations ont été rapportées concernant des actes de torture et de mauvais traitements dans les centres de détention et les prisons, de brèves détentions de journalistes et d’activistes, ainsi que des décès en détention.
Nord-est de la Syrie
En 2025, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par des Kurdes, ont continué à contrôler et administrer la majorité de la partie nord-est du pays. Le 10 mars, les FDS ont signé un accord avec le gouvernement de transition à Damas en vue d’intégrer leurs institutions à l’État syrien, mais le sort des FDS elles-mêmes n’a pas été clarifié et, à la fin de l’année 2025, la mise en œuvre de l’accord avait peu avancé.
En 2025, Human Rights Watch a documenté le fait que d’anciennes factions de l’Armée nationale syrienne (ANS), qui s’étaient battues contre le gouvernement el-Assad avec le soutien de la Turquie, continuaient à détenir, maltraiter et détrousser des civils dans le nord de la Syrie. Certains commandants de l’ANS impliqués dans les abus du passé ont été nommés à des postes influents dans la nouvelle armée syrienne.
Une attaque de drone lancée le 16 mars, soit par la Turquie, soit par les factions syriennes qu’elle soutient, contre une ferme proche de villages contrôlés par les FDS, au sud de Kobané, a tué sept enfants kurdes, leur sœur de 18 ans et leurs parents, qui apparemment étaient tous des civils.
L’armée turque a continué à occuper de fait et contrôler des pans entiers du nord de la Syrie. Elle continue également à payer les soldes de certaines factions de l’Armée nationale syrienne (ANS), désormais intégrées à la nouvelle armée syrienne.
En 2025, les FDS ont procédé à des détentions arbitraires, notamment de personnes accusées de dissidence, dans le contexte d’une préoccupation plus générale due à des restrictions de la liberté d’expression et à un manque de procédures régulières dans les zones qu’elles contrôlent. Les FDS et les forces de sécurité régionales Assayech ont maintenu arbitrairement en détention plus de 40 000 suspects et proches de suspects de l’État islamique de Syrie et de près de 60 autres pays, dans des conditions dégradantes, dans les camps de al-Hol et de Roj.
Abus commis par Israël dans le sud de la Syrie
Après l’effondrement de l’ancien gouvernement syrien en décembre 2024, les forces israéliennes ont pénétré profondément dans la zone démilitarisée et surveillée par l’ONU qui sépare le plateau du Golan – un territoire qu’Israël occupe depuis 1967 – de la partie du gouvernorat de Kuneïtra qui demeurait sous contrôle syrien. Elles y ont rapidement établi neuf postes militaires s’étirant du mont Hermon, à travers la ville de Kuneïtra, jusqu’à des zones de l’ouest de Daraa.
Les forces israéliennes occupant ces zones ont commis divers abus à l’encontre des habitants, notamment le crime de guerre que constitue le déplacement forcé, mené à bien en saisissant et en démolissant leurs domiciles, mais aussi en les empêchant d’accéder à leurs moyens de subsistance et en transférant illégalement des détenus syriens vers Israël. Dans un village, les forces israéliennes ont démoli au moins douze bâtiments le 16 juin, au prétexte qu’ils étaient trop proches d’une installation militaire nouvellement mise en place, déplaçant ainsi huit familles dont les domiciles avaient été saisis en décembre 2024. Dans un village proche, les militaires ont construit une autre installation militaire, rasé de vastes pans d’une forêt centenaire et bloqué l’accès des habitants à leurs terres agricoles et pâturages situés à proximité de cette installation.
À partir de février 2025, les responsables israéliens ont affirmé avec insistance leur intention de « démilitariser complètement » le sud de la Syrie, et, à de multiples occasions, déclaré que leurs forces armées demeureraient indéfiniment sur ce territoire récemment saisi.
D’après l’ACLED, un organisme indépendant de suivi des conflits, les forces israéliennes ont par ailleurs intensifié leurs frappes aériennes contre les infrastructures militaires syriennes, menant 277 frappes qui ciblaient des dépôts d’armes, des installations de missiles et des batteries de défense aérienne entre décembre 2024 et septembre 2025.
Israël a empêché des dizaines de milliers de Syriens déplacés de retourner dans le plateau du Golan occupé depuis 1967.
Crise économique et obstacles à l’aide humanitaire
En 2025, plus de 90 % des Syriens vivaient en-dessous du seuil de pauvreté. Environ 14,56 millions de personnes – plus de la moitié de la population – avaient du mal à se nourrir correctement et au moins 16,5 millions avaient besoin d’aide. En septembre, le HCR a déclaré qu’il ne disposait que de 24 % des fonds nécessaires.
Plus de douze ans de guerre ont décimé les infrastructures civiles, affectant gravement l’accès au logement, aux soins médicaux, à l’électricité, à l’éducation, aux transports publics, à l’eau et à l’assainissement. De graves pénuries de carburant et l’inflation des prix alimentaires sont venus aggraver les difficultés.
Les États-Unis et les pays de l’Union européenne ont levé en 2025 les sanctions draconiennes contre la Syrie qui avaient largement isolé le pays du système bancaire international et de l’économie mondiale. Des efforts pour faire revivre les activités commerciales et bancaires internationales étaient en cours à la fin de l’année.
Au début de l’année 2025, le gouvernement de transition a maintenu certaines restrictions qui visaient les groupes d’aide humanitaire pendant l’ère el-Assad, notamment en continuant d’exiger que les ONG internationales se coordonnent à travers des organisations affiliées à l’État, ce qui limitait leur capacité à étendre leurs opérations. Mais les travailleurs humanitaires ont déclaré à Human Rights Watch que plus tard dans l’année, les autorités avaient abandonné cette exigence et s’étaient engagées dans un dialogue constructif avec les acteurs humanitaires.
Réfugiés et personnes déplacées internes
Le déplacement forcé est demeuré l’une des plus terribles et durables conséquences de la guerre. En octobre, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estimait que quelque 581 000 Syriens étaient retournés chez eux à la suite de la chute du gouvernement el-Assad en décembre 2024, mais, d’après le HCR, plus de 4,5 millions de réfugiés étaient restés à l’étranger. Plus de 7 millions de Syriens demeuraient déplacés à l’intérieur du pays.
Après la chute du régime d’el-Assad en décembre 2024, de nombreux pays européens avaient annoncé qu’ils geleraient les procédures de demande d’asile des Syriens. En septembre, les autorités des États-Unis ont annoncé la fin du Statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants syriens, laissant aux Syriens admis grâce à ce statut 60 jours pour quitter le pays, faute de quoi ils risquaient arrestation et expulsion. La Turquie et le Liban ont également continué à expulser des Syriens, souvent de façon sommaire et sans protections suffisantes.
Droits des femmes et des filles
Les années de conflit en Syrie ont exacerbé les inégalités de genre, exposant les femmes et les filles à des violences accrues, au déplacement et à des lois discriminatoires qui rognent leurs droits. Les femmes continuent par ailleurs à être largement exclues des processus décisionnels et politiques de la transition, malgré leur droit à l’inclusion affirmé par la résolution 1325 du Conseil de sécurité et les demandes pressantes en ce sens de la part des groupes syriens de défense des droits des femme ; ce qui restreint le rôle qu’elles peuvent jouer pour déterminer l’avenir du pays.
Orientation sexuelle et identité de genre
En vertu de l’article 520 du code pénal, « les relations sexuelles contre nature » sont passibles d’une peine allant d’un an à trois ans de prison.
Principaux acteurs internationaux
En 2025, les États-Unis et l’Union européenne ont mis fin aux sanctions qu’ils infligeaient de longue date à la Syrie, ce qui représente une mesure cruciale afin d’améliorer l’accès des Syriens à des droits économiques fondamentaux et d’encourager les efforts de reconstruction d’un pays dévasté par des années d’un conflit exténuant.
En juin 2025, l’Union européenne a réaffirmé son soutien aux efforts en matière de droits humains et d’établissement des responsabilités. La haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, a condamné les atrocités à motif identitaire commises en mars et en juillet.
L’UE a organisé en mai la neuvième conférence des donateurs à Bruxelles et annoncé en juillet une enveloppe financière de 175 millions d’euros pour soutenir, entre autres secteurs, les institutions publiques syriennes dans leurs efforts de justice transitionnelle et d’établissement des responsabilités ainsi que leurs programmes relatifs aux droits humains.
En août, la Turquie a signé un protocole d’entente sur la coopération militaire avec les autorités syriennes de transition. Les États du Golfe ont repris leurs contacts de haut niveau et élargi leurs échanges économiques avec Damas. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale se sont également remis en relation avec la Syrie, engageant des discussions techniques sur la stabilisation macroéconomique et la reprise post-conflit.