Malgré un cessez-le-feu conclu en novembre 2024, la population libanaise a continué de souffrir des conséquences de près de 14 mois d’hostilités entre le Hezbollah et Israël. Les frappes israéliennes, quasi quotidiennes, se sont poursuivies au Liban en 2025, avec un bilan de 330 morts selon le ministère libanais de la Santé, dont au moins 127 civils entre janvier et octobre 2025, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).
En janvier et février 2025, l’armée israélienne s’est retirée de la plupart des villages et villes de la frontière sud du Liban qu’elle occupait depuis fin 2024, mais ses forces restent stationnées sur le territoire libanais sur au moins cinq sites. Selon la Banque mondiale, les hostilités ont causé près de 14 milliards de dollars US de pertes économiques, dont 6,8 milliards de dollars de dommages matériels. Plusieurs villes et villages ont été réduits en ruines et, en octobre 2025, plus de 64 417 personnes étaient toujours déplacées dans le pays.
En janvier 2025, le Parlement libanais a élu un nouveau président, Joseph Aoun, et un nouveau Premier ministre, Nawaf Salam, qui se sont tous deux engagés à mettre en œuvre une « nouvelle phase » pour le pays, avec des promesses de réformes du système judiciaire, de l’économie et des institutions publiques libanaises. Mais en octobre, l’impact de ces réformes restait limité, alors qu’une grande partie de la population libanaise continuait de vivre dans une pauvreté multidimensionnelle. L’impunité pour les violations des droits humains s’est poursuivie, notamment celles qui ont résulté de l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Les restrictions au droit à la liberté d’expression sont restées en vigueur, notamment à l’encontre des journalistes et des critiques du gouvernement.
Justice et obligation de rendre des comptes pour les violations des lois de la guerre
Fin octobre, les autorités libanaises n’avaient toujours pas pris de mesures significatives pour garantir que les violations commises sur le territoire libanais pendant les hostilités entre le Hezbollah et Israël puissent faire l’objet d’enquêtes et de poursuites par la Cour pénale internationale (CPI). En 2024, l’ancien gouvernement libanais avait annoncé sa décision de reconnaître la compétence de la CPI à compter d’octobre 2023, mais il était revenu sur cette décision un peu plus d’un mois plus tard.
En octobre 2025, le gouvernement a annoncé qu’il avait chargé le ministère de la Justice d’évaluer les mesures juridiques qui pourraient être prises à la suite des attaques israéliennes contre des journalistes, et donner l’occasion au Liban d’intégrer pleinement les crimes internationaux ou les violations du droit de la guerre dans son cadre juridique national. Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes au niveau national sur ces attaques illégales, et le gouvernement devrait adhérer au Statut de Rome de la CPI et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d’adhésion.
En avril 2025, Human Rights Watch a conclu que deux frappes illégales menées par Israël contre la ville de Younine, dans le nord-est du Liban, entre septembre et novembre 2024, avaient constitué des attaques manifestement indiscriminées contre des civils, et devraient faire l’objet d’une enquête en tant que crimes de guerre présumés.
En août 2025, Human Rights Watch a constaté que les forces israéliennes avaient, pendant les hostilités de septembre à novembre 2024 et dans les semaines qui ont suivi, occupé des écoles dans le sud du Liban, utilisé certaines d’entre elles comme quartiers militaires et vandalisé, pillé et détruit des biens scolaires, manifestement de manière délibérée ; elles ont ainsi commis de nombreux actes assimilables à des crimes de guerre.
Human Rights Watch a par ailleurs constaté que le Hezbollah avait utilisé des armes explosives dans des zones peuplées du nord d’Israël, tuant au moins 15 civils entre septembre et novembre 2024, et ce sans prendre les précautions nécessaires pour protéger la population civile, notamment en l’avertissant de manière effective des attaques en cours.
Les attaques israéliennes dans le sud du Liban ont détruit un grand nombre d’infrastructures civiles et des services publics essentiels. En octobre 2025, ces destructions empêchaient toujours des dizaines de milliers de Libanais de regagner leurs foyers.
Indépendance judiciaire
Le 31 juillet 2025, le Parlement libanais a adopté une nouvelle loi sur l’indépendance judiciaire qui prévoit des réformes positives du système judiciaire libanais, mais ne garantit pas pleinement l’indépendance judiciaire. Parmi les avancées proposées par ce texte figurent une plus grande autonomie judiciaire et un élargissement du collège électoral chargé d’élire les juges. Toutefois, cette loi autorise aussi le Procureur général du Liban, nommé par le gouvernement, à ordonner à d’autres procureurs de mettre fin à des procédures judiciaires en cours, et limite la capacité de la plus haute instance judiciaire libanaise à surmonter les blocages et les obstructions du gouvernement en matière de nominations judiciaires.
Le 5 septembre 2025, le président libanais Joseph Aoun a toutefois demandé au Parlement de réexaminer cette loi, en arguant de ce qui, selon lui, constituait « des erreurs de procédure, de fond et matérielles qui rendraient certaines parties de la loi inapplicables » et en invoquant des préoccupations relatives au fait que la loi « viole les fondements juridiques établis et les normes internationales ». Le 18 décembre 2025, le Parlement a adopté une version modifiée de la loi, supprimant la possibilité pour le Procureur général d'ordonner à d'autres procureurs de suspendre certaines procédures judiciaires, tout en maintenant d'autres restrictions à l'indépendance de la justice.
Pour la première fois depuis 2017, et après des années durant lesquelles des postes vacants ont paralysé et mis à rude épreuve le système judiciaire libanais, le gouvernement libanais a procédé en août à de nouvelles nominations judiciaires sur la base des propositions faites par le Conseil supérieur de la magistrature.
Enquête sur l’explosion du port de Beyrouth
En 2025, plus de cinq ans après la terrible explosion du port de Beyrouth en 2020 qui a fait plus de 200 morts et des milliers de blessés, les autorités libanaises n’avaient toujours pas fait toute la vérité sur ce drame, ni rendu justice aux victimes et à leurs familles. Cependant, après deux ans d’obstruction de la part des responsables libanais, le juge chargé de l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth a repris ses investigations. Le 16 janvier, le juge Tarek Bitar a convoqué 10 autres employés et responsables de la sécurité impliqués dans l’explosion, et a tenu, au cours des mois suivants, des audiences avec d’autres responsables libanais dans le cadre de son enquête.
La reprise de cette enquête intervient alors que le président nouvellement élu, Joseph Aoun, et le Premier ministre, Nawaf Salam, se sont engagés à faire respecter l’état de droit et à garantir que justice soit rendue pour les victimes de l’explosion du port de Beyrouth. Le ministre de la Justice, Adel Nassar, s’était engagé publiquement à œuvrer pour lever les obstacles qui ont entravé le déroulement de l’enquête. En mars, le Procureur général du Liban à la Cour de cassation a annulé une décision qui interdisait aux forces de sécurité et au parquet de collaborer avec le juge Bitar ou de recevoir des communications de sa part.
Certaines personnes convoquées ultérieurement par le juge Bitar en 2025, telles que l’ancien Premier ministre Hassan Diab, le général de division Abbas Ibrahim et le général de division Tony Saliba, se sont conformées à cette décision et, pour la première fois depuis des années, se sont présentées en vue d’être interrogées par lui. Mais d’autres responsables, dont deux députés, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zaiter, ainsi que l’ancien procureur Ghassan Oueidat, ont continué à faire obstruction à l’enquête en refusant de se prêter aux interrogatoires.
Liberté d’expression
En 2025, des journalistes, médias, activistes et groupes de la société civile libanais ont régulièrement été mis en cause dans le cadre de poursuites pénales en diffamation et autres infractions vaguement définies en réponse à leurs activités de dénonciation de la corruption et des dysfonctionnements dans la gestion financière du pays. Les services de sécurité et les procureurs libanais ont continué à convoquer activistes, journalistes et détracteurs du gouvernement pour les interroger en réponse aux critiques qu’ils formulaient.
Le nouveau projet de loi libanais sur les médias a été présenté devant la Commission parlementaire de l’administration et de la justice. Ce projet contenait des avancées significatives en matière de protection du droit à la liberté d’expression, avec notamment la suppression de la détention provisoire et des peines de prison pour toutes les infractions liées à la liberté d’expression pacifique. Il prévoyait aussi l’abrogation des dispositions relatives à la diffamation et à l’insulte qui figurent dans le code pénal et la loi sur la justice militaire du Liban.
Le 31 août, les membres du Parlement ont reçu des propositions d’amendements au texte du projet de loi, qui prévoyaient la réintroduction de la détention provisoire, notamment « dans des circonstances aggravantes, telles que l’atteinte à la dignité ou à la vie privée des personnes ». Les organisations libanaises et internationales de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, ont critiqué ces amendements et ont appelé le Parlement à défendre le droit à la liberté d’expression, notamment en dépénalisant la diffamation, le blasphème, l’insulte et la critique des responsables publics, en interdisant la détention provisoire pour les infractions liées à la liberté d’expression et en supprimant les restrictions les plus sévères à la création de nouveaux médias. En novembre 2025, le projet de loi était toujours en attente d’un vote à la Chambre des députés.
Droits économiques, sociaux et culturels
La population libanaise a continué à pâtir des conséquences économiques des hostilités entre le Hezbollah et Israël, qui se sont ajoutées aux effets cumulés de l’effondrement économique du pays en 2019.
Selon le PNUD, ces hostilités ont endommagé plus de 90 000 structures, notamment des logements, des entreprises et des infrastructures publiques. Parmi celles-ci, plus de 23 400 structures ont été complètement détruites. Au moins 59 577 logements ont été endommagés, ainsi que 34 installations de distribution d’eau, ce qui a affecté les conditions d’accès à l’eau potable de plus de 400 000 personnes, selon le PNUD.
Le taux de pauvreté au Liban a triplé ces dix dernières années. En 2024, la Banque mondiale estimait que 44 % de la population libanaise vivait dans une situation de pauvreté monétaire et près de 80 % dans une situation de pauvreté multidimensionnelle. Bien que le gouvernement ait étendu son principal programme d’aide sociale, AMAN, à environ 800 000 personnes, ce programme est conditionné à des critères très stricts de ressources et destiné à ce que le gouvernement définit comme les ménages « les plus pauvres ». En réalité, en raison d’erreurs d’exclusion et d’un système opaque d’évaluation des critères de ressources, un grand nombre de personnes au Liban se sont retrouvées sans accès à une quelconque forme de sécurité sociale.
En septembre 2025, le gouvernement libanais a adopté une mesure décisive de mise en œuvre des réformes du secteur de l’électricité en nommant pour la première fois les membres de l’Autorité de régulation de l’électricité, l’organisme indépendant chargé de superviser le secteur de l’électricité depuis 2002.
Droits des réfugiés
Après la chute du gouvernement Assad en Syrie en décembre 2024 et les exécutions illégales et les violences motivées par des considérations identitaires perpétrées par les forces gouvernementales, près de 100 000 Syriens ont fui vers le Liban, selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés. La plupart de ces nouveaux demandeurs d’asile vivent actuellement dans le nord et le nord-est du Liban.
En septembre 2025, plus de 238 000 Syriens qui se trouvaient au Liban et qui étaient enregistrés auprès de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) ont vu leur inscription auprès de cette agence « désactivée » en raison de leur retour vérifié ou présumé en Syrie. Parmi eux, 6 270 personnes sont rentrées dans le cadre d’un programme de rapatriement volontaire facilité par le HCR. Selon le HCR, plus de 80 % des réfugiés syriens ont l’intention de retourner un jour en Syrie, mais seuls 18 % prévoient de le faire en 2026. Les principaux obstacles au retour sont la sécurité, le logement et les moyens de subsistance.
En juillet 2025, le gouvernement libanais a publié un plan de retour des réfugiés syriens, qui s’appuie sur des exonérations de frais et des aides financières pour inciter les réfugiés enregistrés au Liban à rentrer au pays. Ce plan, copiloté par le gouvernement libanais et les Nations Unies, stipule que « tous les retours doivent être sûrs, dignes et fondés sur les décisions éclairées des Syriens déplacés ».
Selon l’UNICEF, 93 % environ des réfugiés palestiniens au Liban vivent dans la pauvreté et continuent de faire face à des restrictions de leurs droits au travail et à la propriété.
Droits des femmes
Diverses lois sur le statut personnel fondées sur la religion sont discriminatoires à l’égard des femmes et permettent aux tribunaux religieux d’exercer un contrôle sur les questions liées au mariage, au divorce et à la responsabilité envers les enfants. La loi libanaise sur la nationalité interdit aux enfants et aux conjoints étrangers de femmes libanaises, mais pas aux hommes, d’obtenir la citoyenneté par leur mère ou leur conjoint, ce qui a des répercussions sur presque tous les aspects de leur vie et expose les enfants à un risque d’apatridie. De graves lacunes persistent en matière de protection contre le harcèlement sexuel et la violence domestique.
Travailleurs migrants
Le statut juridique de milliers de travailleurs domestiques migrants au Liban, notamment ceux originaires d’Éthiopie, des Philippines, du Bangladesh et du Sri Lanka, est encadré par un régime de lois, réglementations et pratiques coutumières restrictif et abusif connu sous le nom de système de la « kafala » (parrainage).
En mars 2025, les autorités judiciaires libanaises ont rouvert une enquête sur des allégations d’esclavage à l’encontre d’une travailleuse domestique migrante, la première affaire de ce type au Liban. En mai 2025, Meseret Hailu, une travailleuse migrante éthiopienne qui a accusé son employeur et son agence de recrutement d’esclavage, a témoigné pour la première fois devant un juge d’instruction. En novembre 2025, le juge d’instruction a classé l’affaire sans suite. Ses avocats ont par la suite fait appel.
Les agences de recrutement sont depuis longtemps accusées de maltraitance, de violations du droit du travail et de traite des êtres humains à l’encontre de leurs travailleurs.
Orientation sexuelle et identité de genre
Les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) ont continué à faire l’objet de discriminations systémiques au Liban. L’article 534 du Code pénal punit « tout rapport sexuel contraire à l’ordre de la nature » d’une peine pouvant aller jusqu’à un an de prison, et ce malgré une série de décisions judiciaires rendues entre 2007 et 2018 selon lesquelles les relations sexuelles consenties entre personnes du même sexe ne sont pas illégales.