Égypte : Persécution de personnes LGBT

Témoignage d’un jeune activiste LGBT égyptien qui a dû se réfugier au Canada après avoir été arrêté à la suite d’un concert lors duquel il avait brandi un drapeau arc-en-ciel. Il évoque le souvenir de son amie Sarah Hegazy, qui avait aussi été emprisonnée et a mis fin à ses jours en juin 2020, mais dont la lutte pour les droits des personnes LGBT en Égypte se poursuivra.

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Transcription

Ahmed Alaa
C'était le 1er octobre 2017, le jour de mon 21ème anniversaire.

J'étais assis dans la voiture en attendant un ami quand dix hommes sont soudain apparus et ont commencé à frapper la voiture et me frapper à l'épaule en demandant ma carte d'identité, sans même s'identifier.

Dix jours auparavant, j'avais brandi le drapeau arc-en-ciel lors d’un concert de Mashrou’ Leila.

Ce groupe évoque souvent l'oppression des personnes LGBT au Moyen-Orient et son chanteur principal, Hamed Sinno, est ouvertement gay.

Mon amie Sarah Hegazy était aussi là-bas et a aussi brandi le drapeau arc-en-ciel.

Le fait de brandir des drapeaux arc-en-ciel  sous le ciel du Caire devant 35 000 personnes sans aucune crainte est peut-être la meilleure chose à laquelle je puisse penser.

Mais après cela, le gouvernement égyptien a lancé une vague de répression contre la communauté LGBT.

Cela a abouti à l'arrestation de 75 personnes LGBT à leurs domiciles ou via des applications de rencontres.

J'ai été interrogé à trois reprises au siège de l’agence de sécurité nationale.

Ils m'ont posé des questions comme : « Es-tu un pédé? »

« Es-tu un communiste, es-tu un socialiste révolutionnaire ? »

 

L'homosexualité n'est pas explicitement criminalisée par la loi égyptienne, mais j'ai été accusé de rejoindre des groupes interdits et de promouvoir la débauche.

J'ai passé près de 80 jours à l'isolement. Les cellules d'isolement étaient souterraines. Il n'y avait rien dans la cellule, pas de ventilation, pas de lumière, pas de lit.

Ils m'ont apporté une couverture sale, de l’eau du robinet et du pain sale.

Ils ont refermé la porte de la cellule, et j'ai pleuré jusqu'à ce que je m’endorme, en souhaitant ne pas me réveiller le lendemain matin.

J'ai été harcelé verbalement et humilié par les agents. Un agent m'a harcelé sexuellement, et un jour, [les agents] m'ont saisi et m'ont rasé la tête. Les agents ont dit aux autres détenus que j’ai été accusé dans l’affaire Mashrou’ Leila, et que je suis l’homme gay en isolement cellulaire. Alors, j'ai commencé à subir des menaces de viol.

 

J'ai rencontré Sarah pendant le procès lié à la « sécurité de l'État ». Ils nous ont menottés ensemble.

Sarah m'a dit : « Je veux tenir ta main. » Nous nous sommes assis par terre et avons chanté. Nous avons chanté la chanson de Mashrou’ Leila « Wa Nueid ». C'était la seule chanson que je connaisse par cœur, et elle convenait à la situation.

Trois mois plus tard, les avocats ont fait appel de ma condamnation à la prison. J'ai finalement été libéré avec Sarah, sous caution de 1 000 livres égyptiennes dans chacun des deux cas.

L'affaire reste en suspens. Je ne peux pas retourner en Égypte parce que si je le faisais, je serais de nouveau arrêté à l'aéroport.

En mai 2018, j'ai quitté l'Égypte et je me suis rendu au Canada où j'ai retrouvé Sarah qui m’a accueilli à l'aéroport. Elle a pris soin de moi comme si j'étais son fils. Elle m'a aidé à m'installer, et à demander l'asile. Elle m'a aidé à trouver un logement, m'a présenté à des gens.

Mais le traumatisme de notre expérience a continué de peser lourdement sur Sarah.

En juin 2020, Sarah a décidé de mettre fin à ses jours.

Aujourd’hui, je dis au gouvernement égyptien que je continuerai à brandir le drapeau arc-en-ciel. Je continuerai à défendre les droits des personnes LGBT et de ceux qui opprimés ou qui n'ont pas de voix, en hommage à la mémoire de Sarah et à sa propre lutte pour revendiquer ces droits.

 

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Le gouvernement égyptien devrait immédiatement mettre fin à la persécution des personnes LGBT.

Les personnes LGBT en Égypte devraient pouvoir s'exprimer librement, sans risquer d’être punies pour exercer ce droit.

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