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Australie : Décès de détenus handicapés

Il faut mettre fin à l'isolement de ces personnes, et améliorer l'accès au soutien et aux services de santé mentale

(Perth, le 15 septembre 2020) – Trois suicides présumés au cours des quatre derniers mois dans des prisons en Australie-Occidentale ont mis en évidence le besoin urgent de meilleurs services de santé mentale et de soutien aux détenus présentant des troubles de santé mentale, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.

Le rapport de 42 pages, intitulé « ‘He’s Never Coming Back’: People with Disabilities Dying in Western Australia’s Prisons » (« “Il ne reviendra jamais”: Des personnes handicapées meurent dans les prisons d’Australie-Occidentale ») examine le risque grave d'automutilation et de mort pour les prisonniers présentant des troubles mentaux, en particulier les prisonniers aborigènes et insulaires du détroit de Torres, en Australie-Occidentale, près de 30 ans après la Commission royale d'enquête de 1991 sur les décès des aborigènes en détention.

Une analyse effectuée par Human Rights Watch sur l’enquête des coroners et sur les rapports des médias entre 2010 et 2020 a révélé qu’environ 60 % des adultes décédés dans les prisons d’Australie-Occidentale présentaient un handicap, notamment en matière de santé mentale. Sur ces 60 %, 58 % sont morts en raison d'un manque de soutien, à la suite d'un suicide ou après avoir fait l’objet de violences — et la moitié de ces décès concernaient des prisonniers aborigènes et des insulaires du détroit de Torres.

« Les prisons d'Australie-Occidentale sont préjudiciables et parfois mortelles pour les personnes présentant des troubles de santé mentale, en particulier les aborigènes », a déclaré Elaine Pearson, directrice Australie à Human Rights Watch. « Les personnes handicapées sont souvent la proie de violences ou ont recours à l'automutilation, faute de soutien approprié. »

La Commission royale de 1991 a conclu que les aborigènes étaient plus susceptibles de mourir en détention, en partie parce qu'ils étaient incarcérés à des taux disproportionnés. Cela reste vrai aujourd’hui. Les aborigènes et les insulaires du détroit de Torres constituent seulement 4 % de la population d’Australie-Occidentale, mais ils représentent jusqu’à 39 % de la population carcérale adulte à plein temps de l'État. Au sein de ce groupe, les personnes handicapées aborigènes et insulaires du détroit de Torres ont encore plus de probabilité de se retrouver derrière les barreaux.

Depuis septembre 2019, Human Rights Watch a examiné huit décès en détention caractéristiques qui ont révélé un soutien de santé mentale inadéquat dans les prisons d'Australie-Occidentale. Human Rights Watch a interrogé 40 personnes, dont des prisonniers, des membres de leur famille, des professionnels de la santé mentale, des avocats, des dirigeants aborigènes et des experts des droits des personnes handicapées et de la mort en détention, dans les villes de Perth et de Broome. Human Rights Watch a également mené une étude approfondie des 102 cas de décès dans les prisons, en garde à vue et en détention liée à l’immigration en Australie-Occidentale, entre 2010 et 2020.

Le 18 août 2020, après trois suicides présumés dans les prisons de l’État depuis le début de l’année, le gouvernement d’Australie-Occidentale a annoncé la création d’un groupe de travail pour évaluer la gestion actuelle des prisonniers à risque. Ce groupe de travail devrait examiner les conditions de l'isolement cellulaire des prisonniers handicapés et des prisonniers aborigènes et insulaires du détroit de Torres, et sérieusement évaluer les prisonniers à risque, en particulier les prisonniers présentant des troubles psychosociaux ou cognitifs et les prisonniers aborigènes ou insulaires du détroit de Torres.

Même dans les cas où l’incapacité ou les antécédents de santé mentale du détenu étaient bien connus et documentés par la prison, le personnel n’a pas fourni un soutien adéquat et en temps voulu qui aurait pu empêcher le détenu de se suicider ou d’être agressé par des codétenus.

Le frère d'un détenu aborigène handicapé assassiné a évoqué un séjour en prison antérieur : « Quand il est sorti, nous savions que quelque chose n'allait pas. Parce que sa vie s'est détériorée. Quand il nous en a parlé, nous avons vu les signes, la façon dont sa vie a changé…. Et justice n'a même jamais été faite à ce sujet. »

En raison de ressources limitées, les services de santé mentale dans les prisons d'Australie-Occidentale sont inadéquats. Parfois, ils se réduisent à la distribution de médicaments par une fente dans la porte de la cellule, à la surveillance des détenus pour éviter l’automutilation et à des consultations en cas de crise aiguë. La qualité de consultation varie d'une prison à l'autre et peut souvent se limiter à un succinct « Comment allez-vous ? » à travers des portes de cellules fermées, permettant à la réponse d'être entendue dans toute l'unité, y compris par les gardiens de prison.

Le Bureau de l'Inspecteur des services pénitentiaires en Australie-Occidentale a déclaré en 2018 : « L'État ne répond pas aux besoins de santé mentale des détenus » et « La gestion quotidienne des personnes ayant de graves besoins en matière de santé mentale est laissée au personnel de détention qui a une formation limitée, peu d'options de gestion et un faible accès à l'information. »

Le Département des services correctionnels d'Australie-Occidentale a pris plusieurs mesures pour réduire le nombre de décès en détention, mais il s'est largement concentré sur la réduction de l'accès aux outils qui peuvent être utilisés pour l'automutilation, et sur la surveillance stricte des prisonniers à risque. Peu de mesures ont été prises pour remédier à la détérioration des conditions de détention, à l'accès insuffisant aux services de soutien ou de santé mentale, ainsi qu’à la surutilisation et aux méfaits de l'isolement cellulaire. La Commission royale de 1991 a constaté que l'isolement cellulaire provoque une « anxiété extrême » et a un impact particulièrement néfaste sur les prisonniers aborigènes et insulaires du détroit de Torres, dont bon nombre sont déjà séparés de leur famille et de leur communauté.

Les services correctionnels devraient immédiatement améliorer la formation du personnel de surveillance en matière de handicap et de santé mentale, attendue depuis longtemps, recruter du personnel aborigène et insulaire du détroit de Torres adéquat, et veiller à ce que les services soient adaptés à la culture, selon Human Rights Watch. Ces services devraient également réviser les soins de santé mentale, en étroite collaboration avec les services de santé aborigènes, afin de s'assurer qu'ils sont judicieux, plutôt qu'une simple liste de contrôle pour l'évaluation du suicide.

L'actuelle Commission royale d'enquête sur la violence, les abus, la négligence et l'exploitation des personnes handicapées devrait enquêter sur les formes multiples et aggravantes de désavantage et d'abus que les personnes handicapées, en particulier celles qui sont aborigènes ou insulaires du détroit de Torres, subissent quotidiennement en prison.

Il est d'une importance cruciale pour le gouvernement de mettre fin à l'isolement cellulaire des prisonniers handicapés, notamment les prisonniers aborigènes et insulaires du détroit de Torres, a insisté Human Rights Watch.

« Entreposer en isolement des prisonniers à risque handicapés en Australie provoque une détresse psychologique grave qui pousse nombre d’entre eux à craquer », a conclu Elaine Pearson. « Cette pratique déshumanisante n'a pas sa place dans la société australienne. »

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Les organisations suivantes peuvent offrir des conseils en matière de santé mentale. En Australie, Lifeline WA et Lifeline peuvent être contactées au 13 11 14, et Beyond Blue peut être contactée au 1300 22 4636. Au Royaume-Uni, les Samaritans peuvent être contactés au 116 123, et d’autres lignes d'assistance internationales sont disponibles sur Befrienders Worldwide. En France, des informations sont disponibles sur le site SanteMentale.fr.

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