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Réponse aux accusations

Par Marc Garlasco, chercheur senior auprès de la division Armes de Human Rights Watch

(Traduction française d'une tribune publiée sur le site HuffingtonPost.com le 11 septembre 2009)

NEW YORK - Mon travail d'analyste militaire au sein de Human Rights Watch m'expose fréquemment à des critiques. En effet, nous sommes souvent accusés d'avoir des partis pris ou d'être du côté de l'ennemi lorsqu'il nous arrive de déclarer qu'un gouvernement ou un groupe armé a violé les lois de guerre.

Je me suis fait désormais un nom dans la blogosphère, non pas pour les heures que j'ai passées à parcourir les décombres des guerres, à visiter des hôpitaux, à interroger des victimes, des témoins et des soldats, mais pour mon passe-temps qui consiste à recueillir des souvenirs de la Seconde Guerre mondiale liés à mon grand-père allemand et mon grand-oncle américain. Je sais que certains considèrent ce passe-temps comme étrange voire troublant. Militaire passionné, je me suis toujours intéressé aux médailles que je collectionne, aux armes que j'étudie et aux éclats d'obus que j'analyse. Je pense que c'est cette passion, qualifiée de tendances nazies, qui fait de moi un bon enquêteur et analyste. Ces propos absurdes et diffamatoires sont véhiculés de façon malveillante par des personnes qui veulent compromettre le travail de Human Rights Watch.

Je m'emploie à exposer les crimes de guerre et les nazis étaient les pires criminels de tous les temps. Aujourd'hui, je me retrouve dans la situation à la fois étrange et pénible de devoir nier que je suis moi-même un sympathisant nazi.

La Seconde Guerre mondiale a transformé en pacifiste loyal mon grand-père qui avait accompli son service militaire obligatoire au sein d'un régiment d'artillerie antiaérienne. Il ne pouvait pas comprendre les raisons qui m'ont poussé à aller travailler au Pentagone, où  je me suis trouvé lors des événements du 11 septembre. Aussi, il ne pouvait pas comprendre que ses expériences de guerre qu'il me racontait vers la fin de sa vie, comme la vision atroce des plongeons mortels d'aviateurs qu'il avait abattus, ne m'aient pas servi de leçons. Ce n'était qu'après sa mort que j'ai vraiment commencé à prendre ses leçons à cœur et décidé d'utiliser mon expertise militaire pour faire cesser les horreurs de guerre.

C'est ainsi que j'ai quitté mes fonctions au gouvernement américain pour rejoindre Human Rights Watch. Je voulais utiliser mes connaissances dans le domaine des systèmes d'armes, du choix des objectifs et des moyens de traitement afin d'inciter les soldats à protéger les civils et à faire respecter les lois nées des cendres de la Seconde Guerre mondiale. Ma première enquête me mena dans les cratères des bombes en Iraq, chez les survivants et les autres victimes de frappes que j'avais moi-même aidées à planifier. Cette expérience traumatisante m'a poussé à me poser beaucoup de questions et je pensais souvent à mon grand-père.

Pendant mon enfance, comme beaucoup d'Américains, j'ai appris que les Allemands avaient été les « bad guys » -  les « méchants » - pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais c'est en apprenant à connaître mon grand-père que je me suis rendu compte que tous les Allemands n'étaient pas des nazis. Grâce à lui et à mon grand-oncle qui fut artilleur dans un bombardier américain B-17, j'ai commencé à m'intéresser aux souvenirs de guerre allemands et américains. D'ailleurs, j'ai écrit une longue monographie sur les médailles allemandes de l'aviation et de la défense antiaérienne de la Seconde Guerre mondiale, publiée l'année dernière.

Je n'ai jamais caché mon passe-temps parce qu'il n'y a rien de honteux à cela, même s'il pourrait sembler bizarre à ceux qui ne sont pas fascinés par l'histoire militaire. Précisément parce qu'il n'a jamais fait aucun doute dans mon esprit que les nazis étaient l'incarnation du mal, je n'ai jamais pensé que d'autres personnes, y compris mes propres amis et collègues, pourraient se demander pourquoi je m'intéresse à ces choses-là. Les milliers d'amateurs d'histoire militaire qui collectionnent des attirails de guerre le font parce qu'ils veulent apprendre du passé. Mais j'aurais dû savoir que les images de l'armée allemande de la Seconde Guerre mondiale font encore du mal à beaucoup de personnes.

Je regrette profondément d'avoir blessé et offensé ces personnes avec mes contributions en envoyant quelques commentaires puérils et de mauvais goût à deux sites Internet consacrés à la recherche sur des objets historiques liés à la Seconde Guerre mondiale (dont des objets américains, britanniques, allemands, japonais et russes). D'autres commentaires publiés, comme l'expression de ma joie lorsque j'ai réussi à dénicher un uniforme de pilote américain, pourraient eux aussi sembler étranges voire de mauvais goût, mais ils n'étaient que le reflet de l'enthousiasme excessif du collectionneur zélé que je suis.

J'ai dit à mes filles, ainsi que je l'ai rapporté dans mon livre, que « la [Seconde] guerre [mondiale] avait été horrible et cruelle et que nous devons être contents que l'Allemagne l'ait perdue ».  Ces propos étaient très sincères. Et c'est à cause des grandes souffrances engendrées par la Seconde Guerre mondiale et par  la campagne d'extermination du peuple juif, qu'aujourd'hui je consacre ma vie à faire mon possible pour que de telles horreurs ne se reproduisent plus.

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