Tout en poursuivant sa guerre abusive contre l’Ukraine, le Kremlin a encore intensifié sa répression à l’encontre des dissidents et de la société civile, en ciblant ses détracteurs tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les autorités ont continué à recourir aux mauvais traitements en détention comme moyen de répression et ont multiplié leurs accusations abusives d’atteinte à la sécurité de l’État, notamment pour « coopération confidentielle » avec des étrangers.
Le président Poutine et plusieurs autres hauts responsables russes recherchés par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en Ukraine sont toujours en liberté. En juin 2025, l’Ukraine et le Conseil de l’Europe ont signé un accord pour la création d’un Tribunal spécial chargé de poursuivre les dirigeants russes pour le crime d’agression lié à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. L’UE a adopté de nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie et de responsables russes, notamment pour des violations des droits humains en Russie, la déportation et l’endoctrinement d’enfants ukrainiens, et des abus commis dans des centres de détention situés dans les zones occupées de l’Ukraine.
En novembre, des procureurs russes ont interdit Human Rights Watch, la qualifiant d’organisation « indésirable ».
Selon l’organisation Memorial, le nombre de prisonniers politiques est passé à 1 217 en 2025 (dont 108 femmes), contre 805 à la fin de l’année 2024.
Liberté d’expression
Les tribunaux ont continué à prononcer des peines de prison draconiennes pour punir des discours et des manifestations pacifiques anti-guerre.
Selon l’organisation russe de défense des droits humains OVD-Info, entre le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022 et la fin septembre 2025, 692 personnes ont fait l’objet de poursuites pénales pour des accusations abusives de « fausses informations » ou de « discrédit » de l’armée. Au total, au moins 1 299 personnes ont fait l’objet de poursuites pénales pour s’être opposées à la guerre, et 373 étaient toujours emprisonnées pour ces chefs d’accusation au moment de la rédaction du présent rapport.
En mai, un tribunal militaire a condamné Sergei Veselov à 13 ans de prison pour avoir inscrit sur un abribus le nombre approximatif de soldats russes tués en Ukraine. Le tribunal a considéré le comportement de Veselov comme un acte de vandalisme motivé par la haine politique, la diffusion de « fausses informations » sur l’armée et la preuve de sa participation présumée à la Légion « Liberté de la Russie », une unité de ressortissants russes combattant aux côtés de l’Ukraine et que les autorités russes ont qualifiée d’organisation terroriste.
Les tribunaux ont continué à prononcer des peines draconiennes contre plusieurs journalistes. En avril, un tribunal de Moscou a condamné quatre journalistes à cinq ans et demi de prison pour avoir prétendument produit des contenus pour la Fondation anti-corruption, qualifiée d’« extrémiste » par les autorités en 2021. En juillet, lors d’un procès à huis clos, un tribunal d’Oufa a condamné la journaliste de RusNews Olga Komleva à 12 ans de prison pour avoir participé aux activités de la Fondation anti-corruption et diffusé de fausses informations sur l’armée.
Le gouvernement a continué à censurer les informations et les opinions sur la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine qui ne sont pas conformes au discours officiel. En août, l’organisation de défense des droits numériques Roskomsvoboda a révélé que les autorités avaient bloqué plus de 25 000 sites et liens Internet pour de tels motifs. Le nombre total de contenus censurés depuis février 2022 se chiffre toutefois en centaines de milliers.
Une loi adoptée en avril interdit la publication d’annonces publicitaires sur les sites web d’organisations qualifiées d’« indésirables » ou d’« extrémistes » et sur d’autres sites web bloqués par les autorités russes, notamment ceux de nombreux médias indépendants. Une autre loi adoptée en avril a introduit des sanctions plus sévères pour ceux qui appellent à des sanctions contre la Russie, « discréditent » l’armée et contribuent à l’application de décisions prises par des organisations auxquelles la Russie n’est pas partie, lorsque cela est motivé par des intérêts financiers. Une autre loi nouvellement adoptée a donné aux autorités le pouvoir de poursuivre par contumace ses détracteurs pour divers chefs d’accusation. Des amendements adoptés en juillet ont permis d’interdire des films qui discréditent les « valeurs traditionnelles russes » et ont obligé les plateformes en ligne à surveiller et à supprimer ces contenus.
Lois sur les « agents de l’étranger » et les « indésirables »
Les autorités ont élargi le champ d’application des lois sur les « agents de l’étranger » et les « organisations indésirables » et les ont utilisées pour cibler des médias, des défenseurs des droits humains et d’autres détracteurs. En 2025, les forces de l’ordre ont considérablement intensifié les poursuites contre les détracteurs désignés comme « agents de l’étranger », principalement ceux qui sont en exil.
Une nouvelle législation, entrée en vigueur en mars, a interdit aux « agents de l’étranger » d’accéder à leurs revenus issus de la propriété intellectuelle, de la vente ou de la location de biens immobiliers et des produits de leurs investissements.
En avril, de nouveaux amendements ont interdit aux « agents de l’étranger » toute activité liée à l’éducation et l’accès aux aides municipales ou au statut d’« ONG à vocation sociale », qui leur permettait de bénéficier de réductions d’impôts et d’autres avantages. Une loi adoptée en novembre a augmenté leurs impôts et les a privés de tout avantage fiscal.
Une autre loi adoptée en avril a élargi les motifs justifiant la qualification d’« agent de l’étranger » pour y inclure, par exemple, l’aide apportée à des organisations internationales dont la Russie n’est pas membre, telles que la CPI, l’implication d’enfants dans la production de contenus en ligne ou le fait de financer la production de contenus.
Une loi adoptée en juin a encore durci les exigences s’agissant de la désignation des « agents de l’étranger », alourdi les sanctions en cas d’infraction et introduit de nouvelles amendes en cas de non-respect des demandes des autorités chargées de superviser les « agents de l’étranger ».
La Russie ne s’est toujours pas dotée pas d’une loi d’ensemble sur les violences domestiques. Une initiative indépendante visant à lutter contre la violence domestique et à soutenir les victimes, Nasiliu.Net, a été désignée « agent de l’étranger » en 2020. Elle a dû réduire ses programmes en 2025 après que plusieurs prestataires commerciaux, notamment ceux qui soutenaient sa hotline, ont retiré leur soutien, invoquant les « risques » liés à son statut d’« agent de l’étranger ». En octobre, l’initiative a annoncé sa fermeture. La fermeture ou l’affaiblissement d’organisations telles que Nasiliu.Net limite encore davantage l’accès des victimes à des services de soutien, et expose les femmes victimes de violences aux abus, tout en limitant leurs recours ou la protection que l’État peut leur apporter.
Les autorités ont intensifié leurs poursuites pénales pour violation présumée de la législation sur les « agents de l’étranger ». En juillet, la principale agence chargée des enquêtes en Russie a déclaré avoir ouvert 72 procédures pénales au cours du premier semestre 2025.
Des amendements votés en octobre ont encore simplifié le système des poursuites pénales pour non-respect de la législation sur les « agents de l’étranger », en autorisant des poursuites pénales après une unique infraction de type délictuel. Auparavant, les poursuites pénales devaient généralement être précédées de deux condamnations pour des infractions délictuelles.
En 2025, le ministère de la Justice a désigné 215 personnes et organisations comme « agents de l’étranger », contre 164 en 2024. Parmi elles figuraient de nombreux médias, des journalistes russes et étrangers, des artistes et des activistes de la société civile.
L’importante organisation russe de défense des droits humains Memorial a été particulièrement touchée. En janvier, les autorités ont ajouté le projet de Memorial sur les prisonniers politiques au registre des « agents de l’étranger ». Au cours des mois qui ont suivi, elles ont désigné comme « agents de l’étranger » des dizaines de dirigeants et de membres anciens et actuels de Memorial.
Parmi les autres défenseurs des droits humains ajoutés à la liste des « agents de l’étranger » figurent Grigory Okhotin, cofondateur d’OVD-Info, Artem Klyga, avocat du Mouvement russe des objecteurs de conscience, Oleg Kozlovski, chercheur d’Amnesty International en Russie, et Solidarity Zone, une organisation qui soutient les personnes emprisonnées pour avoir exprimé leur opposition à la guerre.
Les autorités ont continué à utiliser la législation sur les « organisations indésirables » pour interdire de manière arbitraire des initiatives anti-guerre, des organisations de défense des droits humains, des médias et des institutions et programmes universitaires. En 2025, 78 nouvelles organisations ont été ajoutées au registre des « indésirables » du ministère de la Justice, ce qui représente le nombre annuel le plus élevé jamais enregistré depuis la création du registre en 2015, portant le total à 281.
En mai, le Procureur général a interdit Radio Echo, désignant cette station de radio comme « indésirable ». Elle avait été fermée par les autorités en mars 2022, une semaine après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, avant de reprendre ses activités en exil.
En 2025, le Procureur général a de plus en plus ciblé les organisations internationales de défense des droits humains, interdisant Amnesty International, le Journalists in Need Network, la Justice for Journalists Foundation, le Norwegian Helsinki Committee, Reporters sans frontières, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et Human Rights Watch.
En s’appuyant sur les amendements d’août 2024 qui ont étendu le champ d’application de la législation sur les « indésirables » aux organismes gouvernementaux étrangers et aux organisations internationales, le Procureur général a ajouté la Commission Helsinki des États-Unis et le Registre des dommages causés par l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine, créé sous les auspices du Conseil de l’Europe, à la liste des « indésirables », ainsi que de nombreuses organisations pro-ukrainiennes et anti-guerre.
En 2025, les tribunaux ont sanctionné au moins 132 personnes en vertu du Code des infractions administratives pour leur implication présumée dans les activités d’organisations « indésirables ».
En mai, un tribunal de Moscou a condamné Grigory Melkonyants à cinq ans de prison pour avoir dirigé le célèbre organisme russe d’observation électorale Golos, que les autorités ont faussement associé au Réseau européen des organisations d’observation électorale, interdit en Russie en 2021 car jugé « indésirable ». Au moment de la rédaction du présent rapport, Grigory Melkonyants, qui a fait appel de sa condamnation, était toujours derrière les barreaux et Golos avait cessé toutes ses activités par crainte de poursuites contre ses autres membres. En avril, le même tribunal a condamné par contumace Kirill Martinov, rédacteur en chef de Novaya Gazeta Europe et cofondateur de l’Université libre, à six ans d’emprisonnement pour avoir dirigé ces deux organisations, qualifiées d’« indésirables » en 2023.
Liberté d’association
Les autorités ont continué à utiliser abusivement les lois sur l’« extrémisme » et le « terrorisme » pour porter atteinte à la liberté d’association.
Les forces de l’ordre ont continué à cibler les membres et les sympathisants de la Fondation anti-corruption, aujourd’hui interdite. Une enquête menée par le média indépendant Mediazona a révélé une forte augmentation des poursuites judiciaires pour des dons versés à la fondation en 2025, avec au moins 33 nouvelles poursuites pénales engagées entre janvier et juillet.
En janvier, un tribunal de la région de Vladimir a condamné trois avocats à des peines allant de trois ans et demi à cinq ans et demi de prison pour avoir fourni des services juridiques au fondateur de la Fondation anti-corruption, Alexeï Navalny, décédé en prison en 2024. Les autorités de tout le pays ont continué à poursuivre des personnes qui commémoraient Alexeï Navalny, partageaient des informations à son sujet, utilisaient son nom ou affichaient son portrait.
En novembre 2024, la Cour suprême russe a qualifié de « terroriste » le Forum des nations libres de l’après-Russie, une plateforme de débat sur le post-colonialisme. En janvier, le Service fédéral de sécurité a publié une liste de 172 organisations considérées comme des « unités structurelles » du forum. Cette liste, ainsi que celle de prétendues « unités » du Mouvement séparatiste anti-russe, interdit en juin 2024 pour « extrémisme », comprennent de nombreuses organisations politiques et de défense des droits, des médias, des organisations autochtones et des entités universitaires.
En novembre 2025, la Cour suprême a désigné la Fondation anti-corruption comme « organisation terroriste ».
Orientation sexuelle et identité de genre
En 2025, au moins deux personnes ont été condamnées à des peines respectives de six et trois ans de prison pour avoir prétendument « impliqué » des personnes dans le « mouvement LGBT international », que la Cour suprême a désigné comme « extrémiste ». Une autre personne a été condamnée aux travaux forcés pour avoir arboré à plusieurs reprises des symboles « extrémistes » comme le drapeau arc-en-ciel. En septembre, un tribunal de Toula a condamné un habitant de cette localité à deux ans de prison avec sursis pour avoir prétendument participé au « mouvement LGBT » après la publication d’un message sur les réseaux sociaux où il appelait à la nécessité pour la population de défendre ses droits.
En décembre 2024, Andrei Kotov s’est suicidé en détention provisoire, après avoir été incarcéré à la suite d’accusations d’avoir dirigé une « organisation extrémiste », une agence de voyage qui cherchait à vendre des voyages touristiques à des hommes homosexuels. En novembre, un tribunal de Moscou l’a déclaré coupable à titre posthume.
En mai, les enquêteurs ont engagé des poursuites pénales contre trois employés de maisons d’édition pour avoir participé au « mouvement LGBT » et y avoir recruté des personnes en vendant des romans faisant référence aux personnes LGBT et aux relations homosexuelles. Au moment de la rédaction du présent rapport, ils sont toujours assignés à résidence et risquent chacun jusqu’à 12 ans de prison.
Les autorités ont infligé au moins 98 sanctions en vertu du Code des infractions administratives pour affichage de symboles associés aux droits des LGBT, principalement le drapeau arc-en-ciel.
Les autorités ont continué à recourir largement à l’interdiction de la « propagande homosexuelle ». La police a engagé des poursuites contre des particuliers, des chaînes de télévision, des services de streaming, des librairies et des sites de vente en ligne qui proposaient des livres traitant de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, et contre des bars fréquentés par des personnes LGBT. Les lourdes amendes infligées aux librairies et les poursuites pénales engagées contre des éditeurs pour des livres abordant des thèmes LGBT ont apparemment déclenché une purge de grande ampleur sur les marchés du livre russes.
Droits reproductifs
Le nombre de régions russes qui limitent le droit à l’avortement a continué d’augmenter. Alors que les autorités empiètent de manière agressive sur les droits reproductifs depuis 2023, au moment de la rédaction du présent rapport, l’« incitation à l’avortement » était légalement interdite dans plus de 20 régions du pays. En septembre, cette interdiction est entrée en vigueur dans les régions de Briansk et Kirov.
En février, le gouverneur de la région de Vologda a fait part de son intention de mettre fin aux avortements dans la région. Par la suite, des médias ont rapporté que le personnel médical refusait systématiquement de pratiquer cette intervention. Des procureurs ont mis en garde les établissements de santé de Vologda contre les refus illégaux et ont engagé des poursuites contre deux hôpitaux, qui ont été reconnus coupables et condamnés à une amende pour avoir illégalement refusé des avortements. Cependant, des médecins ont continué à refuser de pratiquer ces interventions et, en juillet, le gouverneur a déclaré qu’aucun avortement n’avait été pratiqué dans la région ce mois-là, contre 112 l’année précédente.
Sous la pression des autorités, un nombre croissant de cliniques privées à travers la Russie ont cessé de proposer des avortements. Le chef de la Commission du Patriarcat sur la famille, la maternité et l’enfance, Fiodor Loukianov, a déclaré qu’en 2025, ce nombre atteignait 25 %.
En janvier, à Sébastopol, en Crimée occupée par la Russie, une femme de 29 ans a été la première personne à être sanctionnée en vertu de l’interdiction russe de la « propagande d’un mode de vie sans enfants », entrée en vigueur en décembre 2024. Un tribunal local l’a condamnée à une amende de 50 000 roubles (606 dollars des États-Unis) pour avoir publié sur les réseaux sociaux un message faisant la promotion d’un « style de vie insouciant ».
Les chaînes de télévision fédérales et les responsables politiques ont activement encouragé les naissances, y compris à un jeune âge, et ont intensifié leur soutien à une conception étroite de la « famille traditionnelle » , qui porte directement atteinte aux droits reproductifs des femmes et des filles. Ces mesures s’inscrivent dans le cadre d’une campagne plus large menée par l’État pour remettre en cause l’autonomie des femmes et des filles.
Tchétchénie
Les autorités tchétchènes, sous la direction du gouverneur Ramzan Kadyrov, ont continué à exercer des représailles contre les membres des familles de leurs opposants.
En avril, la police d’Atchkhoï-Martan a exposé sur la place publique le corps d’un adolescent de 17 ans tué par des agents des forces de l’ordre tchétchènes après avoir attaqué deux policiers avec un couteau, et a contraint des étudiants et des responsables à se rassembler autour du corps en signe d’approbation. Ramzan Kadyrov a accusé les dirigeants de Niiso, une chaîne Telegram d’opposition, d’avoir orchestré l’attaque au couteau et a ordonné que leurs proches et les membres de la famille de l’agresseur soient expulsés de Tchétchénie et que leurs biens soient confisqués. Les forces de l’ordre tchétchènes auraient exécuté les ordres de Kadyrov. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a refusé de se prononcer sur cette affaire.
Les autorités tchétchènes ont également continué à mobiliser de force les habitants pour aller combattre en Ukraine. À l’automne 2024, lors d’une discussion sur la création d’un nouveau régiment tchétchène destiné à être déployé en Ukraine, Ramzan Kadyrov a déclaré que 84 000 personnes supplémentaires devraient être désignées « volontaires », donnant ainsi l’occasion aux « fauteurs de troubles » de tester « leur audace dans la zone de l’opération militaire spéciale ».
En août, North Caucasus SOS, une organisation de défense des droits des personnes LGBT et d’autres victimes d’abus dans la région, a confirmé que Seda Suleimanova, une jeune femme qui avait fui la Tchétchénie en 2023 mais qui avait ensuite été renvoyée de force dans sa famille abusive par la police tchétchène, était morte après avoir été victime d’un « crime d’honneur » commis par ses proches, son corps ayant été secrètement enterré hors du cimetière de leur village. Les autorités tchétchènes auraient elles-mêmes encouragé ce « crime d’honneur ». La police n’a mené aucune enquête sérieuse sur ces allégations.
Toujours en août, un tribunal de Chali a condamné Zarema Mussaeva à quatre années de prison supplémentaires pour avoir prétendument « perturbé le fonctionnement d’un établissement pénitentiaire ». Zarema Mussaeva purge déjà une peine de cinq ans de prison prononcée en 2023 pour de fausses accusations de fraude, en représailles suite à l’opposition publique exprimée par ses fils exilés à Ramzan Kadyrov. Sa santé s’est gravement détériorée en prison.
Migrants et xénophobie
En 2025, les autorités ont continué à bafouer les droits des migrants. Les migrants d’Asie centrale ont notamment été victimes de profilage ethnique, d’arrestations arbitraires et d’autres formes de harcèlement de la part de la police. Ils ont aussi été la cible d’attaques xénophobes, souvent perpétrées par des groupes nationalistes russes d’extrême droite, qui ont collaboré avec les forces de l’ordre. Le centre de recherche SOVA a recensé 276 actes de violence xénophobe en 2025.
En avril, les forces de l’ordre ont fait une descente dans un sauna et ont soumis des dizaines de visiteurs kirghizes à des coups et à des traitements dégradants. En juin, la police a fait une descente dans un complexe immobilier pour migrants, frappant et insultant ses occupants, principalement originaires d’Ouzbékistan. Plus tard dans le mois, les forces de l’ordre ont tué deux citoyens azerbaïdjanais et en ont blessé plusieurs autres lors d’une descente qui visait des membres de la communauté azerbaïdjanaise d’Ekaterinbourg.
Les forces de l’ordre ont régulièrement mené des raids punitifs contre des mosquées, par exemple en janvier 2025 à Sourgout, en avril dans la région de Moscou, en mai à Moscou même et en juin à Tver. Des officiers de l’armée ont souvent accompagné ces raids et ont délivré des convocations aux hommes rassemblés pour prier.
En février, une loi est entrée en vigueur pour créer un « registre des personnes contrôlées », qui légalise la surveillance étendue des étrangers sans papiers d’identité valides ou sans autorisation de séjour en Russie, et introduit des restrictions importantes de leurs droits.
En septembre, les autorités ont lancé une « expérience » de contrôle des travailleurs migrants à Moscou et dans la région de Moscou. Elle oblige les citoyens étrangers à installer sur leur téléphone une application qui permet de traiter leurs données personnelles, notamment les données contenues dans leur appareil, les photos, les vidéos et les données de géolocalisation. Cette application, comparable à l’application de « surveillance sociale » intrusive et particulièrement problématique utilisée en Russie pendant la pandémie de COVID-19, transmet les données de géolocalisation à la police. Si elle cesse d’être mise à jour, la personne est automatiquement ajoutée au registre des personnes contrôlées, ce qui entraîne des restrictions qui portent atteinte à ses droits. Outre le fait que cette application constitue une atteinte disproportionnée à la vie privée, les utilisateurs se sont plaints qu’elle était souvent impossible à installer, ne fonctionnait pas correctement ou transmettait des données erronées en raison du brouillage des GPS.
En avril, une interdiction d’inscrire des enfants étrangers dans les écoles publiques sans preuve de statut légal en Russie et de maîtrise de la langue russe est entrée en vigueur, créant un obstacle systémique et discriminatoire au droit des enfants à l’éducation. En septembre, l’agence russe de surveillance de l’éducation a déclaré que 87 % des enfants migrants ayant fait une demande d’inscription s’étaient vu refuser leur inscription à l’école.
Une loi adoptée en juillet a élargi la liste des crimes entraînant la révocation de la citoyenneté afin d’y inclure des infractions souvent utilisées dans le cadre de poursuites judiciaires à motivation politique, telles que l’affichage de symboles extrémistes, les appels contre la sécurité de l’État et tout crime motivé par la « haine politique ».
Censure en ligne, surveillance et vie privée
En 2025, les autorités ont accéléré la limitation ou le blocage total de l’accès aux réseaux sociaux, aux messageries instantanées, aux fournisseurs de services d’hébergement, aux réseaux de diffusion de contenu et à d’autres services jugés non conformes aux lois russes sur la censure d’Internet. En août, les autorités ont bloqué les appels vocaux via les messageries WhatsApp et Telegram et ont annoncé leur intention de bloquer totalement WhatsApp en décembre.
Le gouvernement a encore renforcé ses capacités technologiques en matière de censure et de contrôle de l’architecture d’Internet.
Les autorités ont continué à bloquer les outils permettant de contourner la censure, tels que les réseaux privés virtuels (VPN). En juillet, elles ont adopté des amendements visant à considérer l’utilisation des VPN comme une circonstance aggravante pour certains crimes et ont introduit des amendes pour « recherche intentionnelle de contenus extrémistes ». En octobre, les forces de l’ordre ont prononcé les premières condamnations connues en vertu de cette nouvelle disposition.
Les autorités ont régulièrement procédé à des coupures de l’Internet mobile dans tout le pays sous prétexte de protéger la sécurité publique contre les attaques des forces ukrainiennes.
Le gouvernement et des personnalités publiques affiliées au gouvernement ont fait une promotion accrue des services de messagerie et autres services en ligne russes comme alternative aux services bloqués, qui sont moins susceptibles de partager les données des utilisateurs avec les autorités, de se conformer aux lois sur la censure et de promouvoir le programme de l’État.
Une loi adoptée en juillet autorise les forces de l’ordre à accéder directement à toute base de données susceptible de contenir des données personnelles de certaines catégories de personnes protégées, telles que les témoins sous protection de l’État, les policiers et les agents des services de sécurité, sans contrôle indépendant.