La situation des droits humains et humanitaire en République démocratique du Congo s’est considérablement aggravée en 2025 en raison de violations du droit de la guerre et d’autres abus dans l’est du pays, notamment une hausse des attaques contre les civils par le groupe armé Forces démocratiques alliées (Alliance of Democratic Forces, ou ADF) lié à l’État islamique, ainsi que des combats entre le groupe armé M23 soutenu par le Rwanda et les forces armées congolaises. Les hostilités dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri ont entraîné la mort de milliers de civils, des déplacements forcés de populations illégaux et d’autres abus, y compris des violences sexuelles, commis par des groupes armés.
La répression du gouvernement contre l’opposition et les médias s’est poursuivie, exacerbée par les tensions dans l’est du pays.
Espace civique, médiatique et politique
L'espace civique et médiatique est demeuré restreint. Les journalistes et les activistes ont été pris pour cible à la fois par les autorités congolaises et par le M23 et l’Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition politico-militaire dont fait partie le M23.
En janvier, le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) a annoncé que Radio France Internationale, France 24 et le programme Afrique de TV5Monde pourraient être suspendus pour avoir fait état des « prétendues avancées des terroristes ». En fin de compte, le CSAC n’a pas mis en œuvre ces menaces. Le ministre de la Justice de l’époque, Constant Mutamba, a averti que toute personne relayant des informations sur le M23 et les forces rwandaises ferait face à de graves conséquences légales, y compris potentiellement la peine de mort.
Le M23 et l’AFC ont menacé, détenu arbitrairement et attaqué des journalistes, des détracteurs et des activistes de la société civile dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Ils ont également perpétré des exécutions sommaires, dont le meurtre de l’activiste Pierre Katema Byamungu le 12 février et celui du chanteur et activiste Delphin Katembo Vinywasiki, connu sous le nom de Delcat Idengo, le 13 février, à son domicile.
En mai, le Sénat a levé l’immunité de l’ancien président Joseph Kabila, ouvrant la voie à des poursuites pour son soutien présumé au M23. Joseph Kabila avait obtenu l’immunité en 2019 lorsqu’il avait reçu le titre de « sénateur à vie ». En juin, les autorités congolaises ont imposé une interdiction de 90 jours restreignant toute couverture médiatique de Joseph Kabila ou de son parti. Le 30 septembre, un tribunal militaire a condamné Joseph Kabila à la peine capitale par contumace, sans avocat de la défense, le jugeant coupable de trahison, de crimes de guerre, de complot et d’organiser une insurrection avec le M23. Le tribunal l’a également condamné à verser 34 milliards de dollars US en dommages et intérêts. Son parti a dénoncé le procès et la condamnation, les considérant comme motivés par des raisons politiques.
Conflit armé dans l’est du pays
Le groupe armé M23, qui constitue une force d’occupation dans l’est de la RD Congo, est réapparu à la fin de l’année 2021 avec le soutien du gouvernement rwandais. En janvier, il s’est emparé de villes majeures du Nord et du Sud-Kivu, mettant les civils en danger. Le M23 a commis des crimes de guerre, y compris des meurtres et des bombardements indiscriminés de civils, des violences sexuelles, y compris des viols collectifs, et des déplacements forcés.
Le 27 janvier, le M23 a pris le contrôle de Goma, la capitale du Nord-Kivu et la plus grande ville de l’est de la RD Congo, qui compte en temps normal plus d’un million d’habitants et qui abritait déjà plus d’un demi-million de personnes déplacées à l’époque. Les combats à Goma ont interrompu les activités des agences et organisations humanitaires, y compris celles qui fournissaient une aide essentielle aux personnes déplacées et aux communautés en danger dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Le 16 février, les forces du M23 ont pris le contrôle de Bukavu, la capitale du Sud-Kivu et la deuxième plus grande ville de l’est de la RD Congo.
En février, le M23 a illégalement ordonné à des dizaines de milliers de personnes vivant dans des camps de déplacés autour de Goma d’évacuer dans un délai de 72 heures. En mai, il a rassemblé près de 2 000 personnes de la ville de Sake et les a transférées de force à Goma, à 25 kilomètres de là. Cela semblait faire partie d’une opération plus large du M23 contre des partisans présumés des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé principalement de Hutus rwandais, dont certains dirigeants ont pris part au génocide de 1994 au Rwanda. La présence des FDLR est l’un des principaux arguments du Rwanda pour justifier son soutien au M23.
L’armée congolaise et une coalition alliée de milices responsables d’abus et connues sous le nom de Wazalendo (« patriotes » en swahili) ont commis des abus généralisés contre les civils dans l’est de la RD Congo. Après le retrait de l’armée congolaise suite à l’offensive du M23, les Wazalendo ont pris le contrôle de plusieurs localités dans le Sud-Kivu. Ils ont battu, tué et extorqué des civils. Les Wazalendo ont également pris pour cible les Banyamulenge (Tutsis congolais vivant dans le Sud-Kivu), notamment en les tuant, en attaquant des villages, en volant des biens et en menaçant les habitants. L’armée congolaise a continué de fournir des armes, des munitions et un soutien financier aux Wazalendo. Le gouvernement rwandais et le M23 ont de plus en plus invoqué le sentiment anti-Banyamulenge et anti-Tutsi pour justifier la résurgence du M23 et le soutien du Rwanda au groupe armé. En septembre, une grève générale et une manifestation menées par des combattants Wazalendo et des groupes de la société civile ont paralysé Uvira pendant huit jours. Les manifestations ont été organisées en réaction au déploiement du général Olivier Gasita Mukunda dans la ville, qui, selon les Wazalendo, était de connivence avec le M23. Le général Mukunda a quitté la ville à la suite des manifestations.
Malgré des opérations conjointes continues menées par les forces armées ougandaises et l’armée congolaise en Ituri, les ADF ont mené plusieurs attaques contre la population civile tout au long de l’année. Des analystes ont décrit le vide sécuritaire ainsi que les défaites de l’armée congolaise à Goma et à Bukavu comme des facteurs expliquant le nombre croissant de victimes civiles dans l’est. En juillet, les ADF ont tué plus de 40 personnes, dont des femmes et des enfants, lors d’un rassemblement de nuit dans l’enceinte d’une paroisse à Komanda.
En août, un rapport de la MONUSCO a indiqué que les ADF ont tué au moins 52 personnes dans les territoires de Lubero et de Beni.
En septembre, les ADF ont pris pour cible des civils assistant à des funérailles, tuant au moins 90 personnes dans le territoire de Lubero, selon la MONUSCO.
La CODECO, une milice opérant principalement dans la province de l’Ituri, a commis des massacres, a incendié des villages et a contraint au déplacement des dizaines de milliers de civils. En février, des combattants de la CODECO ont attaqué plusieurs localités du territoire de Djugu, tuant au moins 51 civils et brûlant des dizaines de maisons. En juin, le groupe a pris pour cible un camp de déplacés à Djangi, dans le territoire de Djugu, tuant 11 personnes et en blessant une dizaine d’autres. Les 2 et 9 octobre, deux attaques ont eu lieu, entraînant la mort de 14 et huit personnes respectivement.
Au cours de l’année 2025, les hostilités ont provoqué des déplacements massifs de population. En septembre, on dénombrait près de 122 500 personnes ayant fui l’est de la RD Congo vers les pays voisins, dont plus de 70 000 vers l’Ouganda et 40 000 vers le Burundi, et 5,7 millions de personnes ayant été déplacées à l’intérieur du pays.
Des travailleurs humanitaires ainsi que des membres des forces internationales ont été tués dans le cadre du conflit en cours dans l’est de la RD Congo. Quatorze soldats de la Force de défense nationale sud-africaine, dans le cadre de la force régionale de la Communauté de développement de l’Afrique australe (Southern African Development Community, SADC) déployée dans l’est de la RD Congo, ont été tués en janvier. Trois soldats malawiens et un Casque bleu uruguayen ont également été tués lors de la première semaine de combats suivant la prise de Goma. Treize travailleurs humanitaires ont été tués dans l’est de la RD Congo depuis le début de l’année.
Réponses internationales au conflit
En février, le Conseil des droits de l’homme (CDH) de l’ONU a tenu une session extraordinaire sur la crise dans l’est de la RD Congo et a adopté par consensus la création d’une mission urgente d’établissement des faits par le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, ainsi que d’une commission d’enquête indépendante sur les atrocités commises par toutes les parties au conflit.
En septembre, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU a présenté le rapport final de la mission d’établissement des faits, qui a conclu que les violations et les abus graves et généralisés commis par toutes les parties au conflit peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
D’après la mission d’établissement des faits, le M23 a recruté de force des milliers de civils, y compris des filles et des garçons, et les a transportés vers des camps où les détenus étaient contraints de travailler, battus, exploités sexuellement, ne recevaient qu’un minimum de nourriture, et pour certains exécutés, avant d’être envoyés sur les lignes de front. Certains ont indiqué que la plupart des gardes et des instructeurs de ces camps étaient des ressortissants rwandais, y compris des soldats rwandais en uniforme.
Malgré la gravité et l’urgence de la crise, la mise en place de la commission d’enquête indépendante mandatée par la session extraordinaire de février a été considérablement retardée, en raison des baisses de financement des Nations Unies. En octobre, une résolution de suivi du CDH a demandé instamment au Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme d’affecter du personnel à l’enquête et de veiller à ce qu’une mission sur le terrain puisse être effectuée avant janvier 2026 au plus tard. Des experts ont été nommés pour diriger l’enquête plus tard ce mois-là, mais la dotation en personnel est restée problématique.
En février, le gouvernement américain a imposé des sanctions financières et matérielles à Lawrence Kanyuka Kingston, ressortissant congolais et porte-parole de l’AFC. En août, les États-Unis ont sanctionné le groupe armé PARECO-FF ainsi que trois sociétés qui tireraient profit des minerais extraits dans le contexte du conflit dans l’est de la RD Congo.
En avril, les États-Unis ont négocié la signature d’une Déclaration de principes entre la RD Congo et le Rwanda, qui « ouvre une voie vers la paix, la stabilité et le développement économique intégré » dans l’est de la RD Congo. Le 27 juin, la RD Congo et le Rwanda ont signé un accord de paix porté par les États-Unis, visant à lier l’intégration économique et le respect de l’intégrité territoriale à la promesse d’investissements occidentaux. Les négociations se sont déroulées à Doha et la signature du Cadre d’intégration économique régionale (Regional Economic Integration Framework, REIF) a été retardée. Les combats se sont poursuivis et, en septembre, le M23 a annoncé la formation de plus de 7 000 combattants, composés d’anciens soldats de l’armée congolaise et de combattants Mai Mai et Wazalendo. Le M23 a également continué à renforcer son autorité politique, en instaurant une administration parallèle dans la zone sous son contrôle.
Un cessez-le-feu et le pacte d’intégration économique entre la RD Congo et le Rwanda négociés à Washington en décembre n’incluaient pas de mesures efficaces pour garantir la justice ou la reddition des comptes pour les atrocités passées. Quelques jours plus tard, le M23 s’est emparé d’Uvira, la dernière ville du Sud-Kivu sous le contrôle du gouvernement congolais, ce qui a étendu l’emprise du M23 à l’ensemble des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
En octobre, une conférence sur les questions humanitaires, des droits humains et de la justice a eu lieu à Paris.
Justice et reddition des comptes
L’enquête renouvelée de la Cour pénale internationale (CPI) en RD Congo, qui se concentre sur les crimes commis dans le Nord-Kivu depuis janvier 2022, s’est poursuivie.
En décembre, l’ancien chef de guerre Roger Lumbala a été reconnu coupable de complicité de crimes contre l’humanité et a été condamné à 30 ans de prison par un tribunal de Paris pour des crimes commis en Ituri et au Nord-Kivu en 2002 et 2003.