Des forces des Unités de protection du peuple kurde (Yekîneyên Parastina Gel, YPG) ainsi que des combattants affiliés au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), examinent un véhicule à un poste de contrôle près du Mont Sinjar, dans le nord de l’Irak, le 20 décembre 2014.

© 2014 Reuters

(Erbil, le 26 février 2015) - Les forces kurdes irakiennes ont confiné des milliers de résidents arabes dans des « zones de sécurité » dans les régions du nord de l'Irak dont elles ont repris le contrôle depuis août 2014 en chassant les combattants du groupe extrémiste État islamique (EI), a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Cela fait plusieurs mois que les forces kurdes empêchent des résidents arabes qui avaient été déplacés par les combats de retourner chez eux dans les zones libérées des provinces de Ninawa et d'Erbil provinces, tout en autorisant aux Kurdes à revenir dans ces régions et même à s’installer dans les maisons de résidents arabes qui avaient dû fuir. Certaines restrictions ont été assouplies en janvier 2015, après que Human Rights Watch eut contacté le gouvernement régional kurde à ce sujet, mais pas toutes.

Selon des Kurdes locaux interrogés par Human Rights Watch, les forces du gouvernement régional du Kurdistan (KRG) ainsi que des habitants du Kurdistan irakien ont détruit des dizaines de maisons appartenant à des résidents arabes dans les régions que le KRG semble vouloir intégrer dans le territoire autonome kurde. Des résidents arabes contraints de vivre dans une zone bouclée ont affirmé que les forces du KRG avaient détenus 70 hommes arabes de cette région durant de longues périodes, sans la moindre inculpation.

« Isoler ainsi les résidents arabes du Kurdistan irakien et leur refuser le droit de retourner chez eux semble aller bien au-delà d'une mesure sécuritaire raisonnable face à la menace posée par l’Etat islamique », a déclaré Letta Tayler, chercheuse senior sur les questions de terrorisme et contreterrorisme à Human Rights Watch. « Les États-Unis et d'autres pays qui fournissent des armes aux forces kurdes irakiennes devraient indiquer clairement qu'ils ne toléreront pas de discrimination sous prétexte des exigences de la lutte antiterroriste. »

À l’inverse, Human Rights Watch n'a recueilli aucun élément de preuve indiquant que les forces kurdes imposaient des restrictions similaires sur les mouvements de Kurdes. Le gouvernement régional du Kurdistan est un allié important de la coalition luttant contre l’État islamique sous l’impulsion des États-Unis. Ce pays s’est engagé à contribuer 350 millions de dollars afin de créer trois nouvelles brigades de la force militaire kurde, connues sous le nom de Peshmergas. L’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, la France, la République tchèque, et l'Albanie participent également à l’armement ou à la formation des Peshmergas.

Lors de missions menées en décembre et en janvier, Human Rights Watch a constaté que les Peshmergas et les forces de sécurité kurdes, connues sous le nom d’Asayish, permettaient aux résidents kurdes qui avaient fui les combats à retourner dans des villes et des villages dans des régions où certaines conditions sécuritaires avaient été rétablies, tout en refusant ce droit aux résidents arabes qui avaient aussi été déplacés.

Human Rights Watch a par ailleurs documenté les crimes contre l'humanité et d'autres actes atroces commis par I’État islamique en Syrie et en Irak, ainsi que les exactions perpétrées par les forces syriennes et irakiennes, et par des milices alliées.

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