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Cette semaine, c’est le défilé des victimes et parties civiles qui commence à Dakar, au procès de Hissène Habré. Invitées par les avocats des parties civiles ou par le Parquet général, elles viennent pour témoigner des sévices endurés.

Pour les premiers jours, ces hommes et femmes venus directement du Tchad, parfois du fin fond de leur village, ont été sélectionnés pour la pertinence de leurs témoignages sur l’expérience des membres de la communauté hadjarai. Rapidement, le public et la Cour font face aux stigmates des tortures. La première victime à parler, Ahmat Maki Outman tient à soulever sa chemise pour montrer les marques de coups qu’il au dos. Garba Akhaye mime les tortures dont il aurait fait l’objet : ligotage arbatatchar, ingurgitation d’eau, décharges électriques, etc.

Ahmat Maki Outman décrit les arrestations dans le centre du Tchad en 1987 des membres de deux familles Hadjerais, celles de Maldoum Bada et Haroun Godi. Outman a ensuite rapporté qu’il avait appris par trois rescapés, que les membres des deux familles avaient été horriblement torturés lors de leur détention. Il affirme que le pouvoir de N’Djaména avait dépêché un avion Transall sur place pour transporter des prisonniers.

Garba Akhaye, un cultivateur tchadien illettré, a été détenu pendant plus de deux ans dans les centres de détention de la police politique du régime, la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS). Chargé de basses besognes, il affirme avoir été contraint de cuisiner pour les prisonniers et d’enterrer ses codétenus morts en détention. Les parties ont passé l’après-midi à le questionner. Pour Akhaye, « Hissène Habré était un dieu sur terre, ses agents des anges qui enlevaient les hommes ».

Pendant cette journée d’audience, l’ancien président Hissène Habré est resté impassible, toujours enturbanné en blanc de la tête aux pieds, sans jeter un coup d’œil à ces personnes fraichement arrivées du Tchad pour le poursuivre.

La semaine continue avec l’audition d’autres victimes.