Le conflit opposant les Forces armées soudanaises (FAS, ou SAF en anglais) et les Forces de soutien rapide (FSR, ou RSF en anglais) s’est poursuivi pour la troisième année consécutive, marquée par des crimes de guerre et d’autres violations du droit international humanitaire commis par toutes les parties belligérantes.
Les actions des parties au conflit ont provoqué au Soudan la pire crise humanitaire au monde. Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a indiqué que 24,6 millions de personnes souffrent de faim aiguë et que 2 millions sont confrontées à la famine ou à un risque de famine. En septembre, on dénombrait plus de 11,8 millions de personnes déplacées par le conflit, dont 7,4 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et 4,2 millions dans les pays voisins.
Alors que les FAS ont repris la capitale, Khartoum, et d’autres villes et villages, y compris dans le centre du Soudan, les FSR se sont emparées de la capitale du Darfour-Nord, El Fasher, à la fin du mois d’octobre, et il y a immédiatement eu des signalements et des images d’exécutions extrajudiciaires commises par ces derniers et d’autres violations graves contre les personnes en fuite. Les FAS ont mené des frappes aériennes indiscriminées dans le Darfour-Sud ainsi que dans d’autres régions du pays.
Les deux parties continuent d’entraver délibérément l’aide malgré les besoins désespérés de la population, et d’arrêter et de harceler les travailleurs humanitaires et les bénévoles locaux.
En juillet, les FSR et leurs alliés ont annoncé la création d’un gouvernement parallèle, basé au Darfour.
Les États-Unis ont mis en place des sanctions contre des personnes et des entités liées au conflit. En juillet, l’Union européenne (UE) a adopté des sanctions plus ciblées face aux violations graves des droits humains, y compris à l’encontre du chef des Forces du Bouclier du Soudan (Sudan Shield Forces), Abu Aqla Keikel. Dans les conclusions adoptées par les ministres des Affaires étrangères européens, l’UE a exprimé ses graves préoccupations concernant les violations commises dans l’ensemble du Soudan, a appelé à la détermination des responsabilités et s’est engagée à promouvoir des mesures concrètes pour protéger les civils. Les enquêtes de la Cour pénale internationale (CPI) au Darfour se sont poursuivies. En septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé le régime de sanctions concernant le Soudan pour une année de plus. Il n’a pas étendu les sanctions afin qu’elles couvrent l’ensemble du Soudan ni désigné de nouveaux individus dans le cadre du régime existant. Le mandat de la Mission d’établissement des faits de l’ONU a été prolongé par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en octobre.
Conflit et abus à Khartoum
En mars, alors que les FAS ont repris le contrôle de Khartoum, elles ont découvert des preuves de graves violations commises par les FSR, notamment à Omdurman. Les FAS ont perpétré des attaques de représailles contre des volontaires locaux accusés de collaboration avec les FSR.
Les civils ont subi des bombardements et des attaques aériennes en continus menés de manière indiscriminée. Des volontaires locaux ont expliqué en janvier que les FAS ont mené des frappes aériennes indiscriminées dans le sud de Khartoum, y compris sur un marché, tuant et blessant des dizaines de civils.
En février, les autorités médicales locales et des activistes ont déclaré qu’un bombardement par les FSR avait fait 54 morts et plus de 100 blessés sur un marché d’Omdurman. En mars, les médias ont rapporté qu’environ 500 personnes auraient été enterrées dans des fosses communes dans le nord de Khartoum, près d’une base des FSR, où les détenus ont par ailleurs signalé avoir été torturés et affamés. Les frappes de drones des FSR auraient continué à cibler des installations vitales pour les civils à Khartoum, qui étaient aussi utilisées par les militaires, y compris le 9 septembre lorsque les médias ont indiqué que les attaques des FSR avaient touché des centrales électriques et une raffinerie de pétrole.
En mars, le Bureau des droits de l’homme de l’ONU a pris note de rapports crédibles selon lesquels les FSR et leurs alliés ont pillé des maisons dans l’est de Khartoum, perpétrant des exécutions sommaires, des détentions arbitraires et des mises à sac. Il a précisé que, selon des informations, des combattants alliés aux FAS ont commis des abus similaires.
Conflit et abus au Darfour
Le 26 octobre, les FSR ont pris le contrôle d’El Fasher, soit l’aboutissement d’un siège de la ville mené depuis mai 2024 et d’attaques incessantes du groupe armé qui ont provoqué la famine dans les camps de déplacés dans et autour de la ville. Les FSR ont perpétré des massacres de personnes qui fuyaient, ainsi que des violences sexuelles.
Avant la chute d’El Fasher, les deux parties au conflit ont mené des attaques qui ont eu des répercussions sur les civils et les infrastructures civiles, y compris les quelques centres de santé encore en fonctionnement de la ville. La Mission d’établissement des faits des Nations Unies a décrit dans son rapport que les FSR ont endommagé les installations d’eau et les lignes d’approvisionnement en février et à la mi-avril, et que les attaques à grande échelle des FSR sur Zamzam ont fait entre 300 et 1 500 morts et plus de 157 blessés, la majorité étant des femmes et des enfants.
Les FAS ont bombardé et pilonné des zones résidentielles, notamment un marché au nord d’El Fasher le 24 mars, et ont également tué des dizaines de civils au début du mois de février lors d’attaques contre des quartiers résidentiels et commerciaux à Nyala, au Darfour-Sud, en utilisant des bombes aériennes non guidées.
Conflits et abus dans d’autres lieux
Le 10 janvier, les Forces du Bouclier du Soudan, un groupe armé actuellement allié aux FAS et dirigé par Abu Aqla Keikel, ont pris pour cible des civils dans le village de Tayba, tuant au moins 26 personnes. Les combattants ont pillé des biens, incendié des maisons et terrorisé les habitants, contraignant bon nombre d’entre eux à fuir. L’attaque s’est déroulée dans le cadre d’une offensive des FAS pour reprendre l’État de Gezira.
Au Kordofan occidental, les FAS ont bombardé une mosquée le 21 juin, tuant 41 personnes et en blessant des dizaines d’autres. L’ONU a rapporté qu’environ 300 personnes ont été tuées dans des attaques menées par les FSR en juillet dans une localité de Barra, dans le Kordofan du Nord. Les FAS ont également mené des frappes aériennes en juillet dans le Kordofan occidental qui auraient fait au moins 23 morts parmi les civils.
Obstruction délibérée de l’aide humanitaire et attaques contre les acteurs humanitaires
Les parties belligérantes continuent d’entraver délibérément l’acheminement de l’aide, tout en attaquant les travailleurs humanitaires et les volontaires locaux, en violation du droit international humanitaire. La Mission d’établissement des faits de l’ONU a conclu que les FSR et les forces qui leur sont alliées employaient la famine comme méthode de guerre, ce qui constitue un crime de guerre.
Les diminutions de l’aide internationale par les États-Unis et d’autres pays, associées aux attaques des parties belligérantes, ont conduit à la fermeture de nombreuses cuisines alimentaires d’urgence, une source de nourriture vitale.
Lors d’une conférence à Londres en avril, les acteurs internationaux ont promis plus de 500 millions d’euros d’aide.
Même lorsqu’une partie de l’aide est restée disponible, les combats et les attaques contre les agences d’aide humanitaire ont entraîné la suspension des services dans certaines zones. En février, le PAM a temporairement suspendu la distribution de nourriture au camp de Zamzam dans le Darfour-Nord.
En juin, un convoi du PAM a été attaqué dans le Darfour-Nord, conduisant au décès de cinq membres du personnel. Une frappe de drone a également touché un autre convoi de l’ONU dans la même région en août.
Une attaque armée en août a contraint Médecins Sans Frontières (MSF), une organisation médicale humanitaire, à interrompre ses opérations à l’hôpital de Zalingei, dans le Darfour central, en pleine épidémie de choléra.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires a rapporté qu’en mai, seuls 110 visas pour l’ONU et des ONG internationales ont été accordés sur les 355 demandes en attente, et que l’arriéré ne cessait d’augmenter.
Violences sexuelles liées au conflit
Des violences sexuelles ont été régulièrement perpétrées, principalement contre des femmes et des filles, par des combattants des deux parties au conflit. Les preuves de viol, de viol collectif et d’esclavage sexuel indiquent que ces actes sont nombreux et souvent généralisés. En mai, les experts de l’ONU ont déclaré qu’au moins 330 cas de violences sexuelles liées au conflit ont été documentés. Mais en raison des limitations importantes de l’accès aux services, des attaques visant le personnel médical, de la forte stigmatisation des victimes et des restrictions continues de toute surveillance indépendante, les cas documentés ne représentent probablement qu’une faible proportion du nombre réel de cas.
En juin 2025, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a annoncé que les récentes coupes dans le financement de l’aide avaient contraint l’agence à se retirer de plus de la moitié des 93 établissements de santé qu’elle soutenait.
Détention, torture et mauvais traitements
Les deux parties ont illégalement détenu, torturé et exécuté des civils. La Mission d’établissement des faits de l’ONU a décrit dans son rapport que les combattants des FSR avaient battu et tué des détenus par balles en avril à Omdurman. La mission a également indiqué que les deux parties soumettaient les détenus à des conditions inhumaines. Les FAS ont détenu illégalement des personnes accusées de collaborer avec les FSR, souvent sur la base de critères ethniques.
En avril, des activistes ont exprimé leur inquiétude quant à l’absence de procédure régulière pour plus de 25 femmes accusées par les autorités des FAS de collaborer avec les FSR et qui risquent une condamnation à mort. Un groupe local de défense des droits humains a déclaré en septembre que les FAS et leurs alliés détenaient plus de 3 000 personnes dans l’État de Gezira, pour la plupart des activistes politiques.
Reddition des comptes
L’impunité reste un facteur clé qui alimente la violence et enhardit les auteurs de crimes graves car, bien souvent, les deux parties nient les allégations ou ne prennent aucune mesure crédible pour mener des enquêtes. Toutes les parties au conflit ont maintenu leur refus de coopérer avec la Mission d’établissement des faits des Nations Unies et la Mission conjointe d’établissement des faits de l’Union Africaine, en bloquant l’accès aux territoires sous leur contrôle, en rejetant les conclusions et préoccupations des missions et en laissant sans réponse leurs communications ou demandes.
Le 6 octobre, les juges de la CPI ont reconnu l’ancien chef de milice janjawid, Ali Mohammed Ali Abd-Al-Rahman (Ali Kosheib), coupable de crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour en 2003-2004 et en 2013, à l’issue du premier procès découlant de l’enquête de la Cour sur le Darfour. Cependant, le mandat de la CPI reste limité au Darfour, et aucun mécanisme judiciaire indépendant n’est saisi pour mener des enquêtes et poursuivre les personnes responsables de crimes graves commis dans l’ensemble du Soudan.
Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a décidé de prolonger le mandat de la Mission d’établissement des faits de l’ONU afin de garantir la poursuite d’enquêtes solides sur les graves abus en cours et de soutenir les efforts visant à traduire en justice les auteurs de crimes internationaux.
Orientation sexuelle et identité de genre
Les relations sexuelles entre personnes de même sexe et toute expression de genre non normative sont criminalisées au Soudan en vertu des articles 148 et 151 du code pénal. La loi punit les personnes reconnues coupables de « sodomie » et d’« actes indécents » de peines allant d’un an de prison à la réclusion à perpétuité.