A group opposing the Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender (LGBT) community prepares to confront a pro-LGBT group planning on staging a counter protest at Tugu Monument in Yogyakarta on Feb. 23.

© 2016 Andreas Fitri Atmoko/Antara

(Djakarta, le 11 août 2016) – Le gouvernement indonésien a lancé une attaque sans précédent contre la sécurité et les droits des minorités sexuelles et de genre au début de l’année 2016, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. La campagne du gouvernement comportait des discours de haine, des décrets discriminatoires et le recours à la force pour réprimer des rassemblements pacifiques.

Le rapport de 56 pages intitulé « "These Political Games Ruin Our Lives": Indonesia’s LGBT Community Under Threat » (« "Ces jeux politiques ruinent nos vies" : La communauté LGBT menacée en Indonésie ») explique comment les déclarations fallacieuses et tendancieuses des autorités sur les personnes lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) ont engendré une sanction sociale favorisant le harcèlement et les actes de violence à l’encontre des personnes LGBT indonésiennes, et même des menaces de mort de la part de militants islamistes. Des institutions étatiques, telles que la Commission nationale de radiodiffusion et la Commission nationale de protection des enfants, ont publié des directives de censure interdisant les informations et les émissions présentant la vie des personnes LGBT comme « normales » ainsi que toute soi-disant « propagande » pour le mode de vie des LGBT. Ces discours discriminatoires associés à des décisions politiques ont nui à la sécurité physique et au droit de liberté d’expression des personnes LGBT dans tout le pays.

« Les actions discriminatoires des autorités et des institutions indonésiennes ont mis à nu l’ampleur et l’étendue des préjugés du gouvernement – et la campagne de haine n’est apparemment pas encore terminée », a déclaré Kyle Knight, chercheur sur les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres à Human Rights Watch et auteur du rapport. « Les discours anti-LGBT ont également révélé la réticence du gouvernement à s’interposer entre une minorité marginalisée et ses détracteurs, manquant au devoir élémentaire de protection, comme ce fut le cas récemment vis-à-vis des minorités religieuses en Indonésie. »

Un groupe de professeurs ont initié devant la Cour constitutionnelle une affaire ayant pour objectif de modifier le code pénal du pays afin de pénaliser les rapports consensuels entre adultes du même sexe, avec des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison. La prochaine audience est prévue le 23 août.

Le rapport repose sur 70 entretiens menés auprès de minorités sexuelles et de genre indonésiennes, de militants pour les droits humains des LGBT et autres représentants de la société civile dans toute l’Indonésie entre janvier et juin 2016. La série des remarques anti-LGBT a commencé le 24 janvier, lorsque le ministre de l’Éducation supérieure Muhammad Nasir a annoncé qu’il souhaitait interdire les associations étudiantes LGBT sur les campus universitaires. En réaction à la formation d’un groupe d’étudiants organisant des débats intellectuels sur le genre et la sexualité à l’Université d’Indonésie de Jakarta, Muhammad Nasir a déclaré que de tels groupes n’étaient pas « conformes aux valeurs et à la morale de l’Indonésie ».

En quelques semaines, des déclarations allant de l’absurde à l’apocalyptique ont fait écho dans tous les médias indonésiens. Lors d’une conférence sur la santé maternelle, le maire d’une ville a averti les jeunes mères qu’elles doivent enseigner à leurs enfants comment ne pas être gay. Le ministre de la Défense Ryamizard Ryacudu a qualifié le militantisme pour les droits des LGBT de guerre par procuration contre la nation, menée par des marginaux, plus dangereuse qu’une bombe nucléaire.

Des groupes religieux populaires majoritaires tels que la Nadhlatul Ulama (NU), l’organisation musulmane la plus importante du pays qui bénéficie de fonds humanitaires étrangers pour travailler avec les populations LGBT, ont demandé la pénalisation des comportements et du militantisme LGBT et la « réadaptation » forcée des personnes LGBT. L’Association psychiatrique indonésienne a rejoint la rengaine anti-LGBT en proclamant l’orientation homosexuelle et les identités transgenres des « maladies mentales » et en recommandant une « rééducation » psychologique.

De manière générale, le gouvernement du président Joko Widodo, surnommé Jokowi, a gardé le silence. Dans une rétractation à mi-chemin troublante, le ministre coordinateur des Affaires politiques, juridiques et de sécurité, Luhut Pandjaitan, a déclaré en février que, bien qu’il comprenne que l’homosexualité soit interdite par la religion, « pour moi, les personnes LGBT ont des droits humains en tant que citoyens indonésiens ». Mais, loin d’accorder une réelle grâce, Luhut Pandjaitan a ajouté qu’il fallait savoir qu’« il n’y a aucune garantie qu’une famille normale puisse éviter [d’avoir un enfant LGBT] » et que l’homosexualité « est une maladie chromosomique qui devrait être traitée ». Une semaine plus tard, la police a réprimé sévèrement et violemment une manifestation de solidarité LGBT pacifique, à Yogyakarta, tout en ignorant des menaces de mort proférées à l’encontre de groupes et de personnes LGBT par des groupes militants islamistes ayant dirigé des contre-manifestations dans toute la ville.

« Je ne me sens pas en sécurité lorsque je vois toutes les déclarations appelant à en finir avec les LGBT sur les réseaux sociaux », a déclaré un jeune homme gay de 25 ans à Human Rights Watch dans la province de Sulawesi du Sud. « J’ai l’impression d’être un chien. La police et le gouvernement devraient nous protéger et non participer à tout cela. » La Commission nationale indonésienne pour les droits humains a affirmé que les déclarations comme celles du ministre Mohammed Nasir ne sont pas en accord avec la doctrine Nawa Cita de l’administration de Jokowi, qui soutient la diversité et le pluralisme de l’Indonésie. Le dernier des neuf principes de Nawa Cita appelle à la tolérance, à l’enseignement de la diversité et à la création d’un espace favorisant le dialogue entre les citoyens.

Bien que divers arrêtés locaux soient discriminatoires contre les personnes LGBT, les lois nationales de l’Indonésie n’ont jamais pénalisé l’homosexualité, mais la Cour constitutionnelle cherche à changer cela. Le Président de la Commission nationale de protection des enfants devrait comparaître lors d’une audition prévue pour le 23 août. Étant donné que son organisation a fait des déclarations anti-LGBT dans le cadre de cette récente campagne homophobe, il est difficile de prévoir quel rôle jouera le Président au cours de cette audition et s’il prendra en compte que son mandat est de protéger tous les enfants indonésiens sans discrimination.  
 

Au moment où les LGBT indonésiens ont eu besoin de protection et de soutien public, le gouvernement de Jokowi a battu en retraite face aux militants islamistes

Kyle Knight

chercheur sur les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres

L’Indonésie n’a également jamais mis en place de protections légales spécifiques en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre, laissant ainsi les personnes LGBT à la merci d’abus et de discrimination sans aucun recours à leur disposition.

Le gouvernement devrait condamner immédiatement et publiquement les déclarations discriminatoires des représentants publics et des commissions d’État, et veiller à l’absence de discrimination dans ses opérations de santé, d’information publique et de sécurité publique.

« Au moment où les LGBT indonésiens ont eu besoin de protection et de soutien public, le gouvernement de Jokowi a battu en retraite face aux militants islamistes », a conclu Kyle Knight. « Le gouvernement doit montrer son engagement à protéger les citoyens contre la violence et la discrimination en abrogeant les décrets discriminatoires, en rejetant les propositions de loi anti-LGBT et en faisant gage de soutien public à la liberté d’expression et la diversité. »