Les autorités algériennes ont continué à réprimer la dissidence et à criminaliser l’expression pacifique et l’activisme . Elles continuent à punir sévèrement toute critique des politiques gouvernementales, notamment en ligne, et à empêcher ou restreindre la mobilisation publique des mouvements politiques et sociaux. Les forces de sécurité expulsent illégalement vers le Niger des migrants, des demandeurs d’asile et des réfugiés, la plupart ressortissants de pays d’Afrique, dans des conditions inhumaines et dangereuses.
Liberté d’expression et de la presse
Les autorités ont arrêté plusieurs dizaines de personnes ayant utilisé le hashtag #ManichRadi, qui semble avoir émergé en décembre 2024 comme moyen d’exprimer en ligne son mécontentement vis-à-vis de la situation sociale et politique du pays. Le 20 janvier, le tribunal de Rouïba, près d’Alger, a condamné l’activiste Mohamed Tadjadit à cinq ans de prison et une amende de 500 000 dinars algériens (3 860 USD) pour avoir « porté atteinte à l’unité nationale », « publié des informations préjudiciables à l’intérêt national », « incité un attroupement non armé » et « insulté une autorité publique », en raison de ses publications sur les réseaux sociaux, dont le hashtag #ManichRadi, et de son expression politique. Tadjadit, qui est un activiste connu, a été emprisonné au moins six fois depuis 2019 pour avoir exercé ses droits humains.
Le 21 janvier, un tribunal de Béjaïa a condamné les activistes Soheib Dabbaghi et Mehdi Baaziz à 18 mois de prison et une amende en lien avec le même hashtag.
Le 19 janvier, Fethi Ghares, l’ancien coordonnateur du Mouvement démocratique et social (MDS) suspendu, a été reconnu coupable de « publication de fausses nouvelles », de « diffusion de discours de haine et discriminatoire » et d’« insulte au président », en lien avec des déclarations qu’il avait faites sur les réseaux sociaux. Le tribunal l’a condamné à un an de prison, 200 000 dinars d’amende (1 540 USD) et au versement d’une indemnisation.
Messaouda Cheballah, anciennement membre du Conseil d’administration du MDS et par ailleurs épouse de Ghares, a été accusée de complicité et condamnée à six mois de prison, 100 000 dinars d’amende (772 USD) et au versement d’une indemnisation. En mai, leurs peines ont été confirmées en appel, mais à la date de septembre 2025, Ghares et Cheballah n’avaient toujours pas été arrêtés.
Le 16 février, le tribunal de Ouargla, dans le sud-est de l’Algérie, a condamné l’activiste Derama Kemari (alias Abla Kemari) à trois ans de prison, dont un an avec sursis, et 300 000 dinars d’amende (2 315 USD), pour « insulte au président » et « incitation à la haine et la discrimination », en lien avec des publications Facebook dénonçant la répression par les autorités ainsi que des problèmes sociaux et économiques.
Le 29 juin, un tribunal d’Alger a condamné le journaliste sportif français Christophe Gleizes à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « détention de publications de propagande préjudiciables à l’intérêt national », et ce en raison de son travail. D’après Reporters sans frontières, Gleizes a été condamné au motif qu’il avait rencontré, en 2015 et 2017, une source qui était par ailleurs membre du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), que les autorités algériennes ont classée comme organisation terroriste en 2021.
Le 1er juillet, Boualem Sansal, un écrivain franco-algérien, a été condamné en appel à cinq ans de prison et 500 000 dinars d’amende (3 860 USD). Sansal avait été arrêté à l’aéroport d’Alger, en provenance de France, le 16 novembre 2024. Selon ses avocats, il a été inculpé d’« atteinte à l’unité nationale », d’« insulte à une autorité publique », de « pratiques nocives pour l’économie nationale » et de « détention de vidéos et de publications portant atteinte à la sûreté et la stabilité du pays », en lien avec des déclarations faites en octobre 2024 au sujet de la frontière entre l’Algérie et le Maroc. Sansal a été libéré après une grâce présidentielle le 12 novembre.
Liberté d’association et de réunion
Les autorités algériennes ont proposé un projet de loi pour remplacer la loi actuelle sur les associations, qui comprend des dispositions trop larges et trop vagues et qui impose de lourdes procédures d’enregistrement et de fonctionnement. À la date de septembre 2025, le projet de loi qui était en cours d’examen ne palliait pas les défaillances de la loi de 2012. S’il était adopté, il octroierait au ministère de l’Intérieur une vaste autorité sur la création, le fonctionnement et le financement des associations, ainsi qu’un contrôle quasi illimité de leurs activités.
Le 24 février, Messaoud Boudiba et Boubaker Habet, deux syndicalistes de l’enseignement qui se rendaient à M’Sila, au sud d’Alger, pour soutenir un mouvement de grève, ont été arrêtés, placés sous contrôle judiciaire et interdits de s’exprimer dans les médias, les réseaux sociaux, ou de prendre part à des manifestations publiques.
En novembre 2024, les médecins résidents ont démarré un mouvement de protestation qui a duré des mois, afin de réclamer une amélioration de leurs conditions de travail et des augmentations de salaire. Les autorités ont interpellé le 28 janvier Charaf Eddine Talhaoui, un représentant des médecins résidents de l’École de médecine de Tlemcen, à cause de sa participation au mouvement. Reconnu coupable de « diffusion de fausses nouvelles », d’« atteinte à l’ordre public » et d’« atteinte à l’intérêt national », il a été condamné le 23 mars à 18 mois de prison et une amende par un tribunal de Tlemcen. Talhaoui a été remis en liberté le 4 mai, après la réduction de sa peine en appel, qui est passée à un an de prison, dont neuf mois avec sursis.
Le 20 août, les forces de sécurité ont empêché de nombreuses personnes qui prévoyaient de se rassembler dans le village d’Ifri Ouzellaguen, à l’occasion de la commémoration d’un événement historique de la guerre d’indépendance algérienne, de se rendre sur ce site. Des dizaines de personnes ont été arbitrairement arrêtées, notamment des activistes et des partisans du Rassemblement constitutionnel démocratique, a déclaré ce parti. Les autorités ont régulièrement entravé ce rassemblement par le passé.
Arrestation et détention de personnes perçues comme opposantes
Le 26 mai, un tribunal algérois a reconnu coupables trois anciens candidats potentiels à l’élection présidentielle de septembre 2024, Saïda Neghza, Belkacem Sahli et Abdelhakim Hamadi, d’achat de signatures de soutien, et les a condamnés à dix ans de prison et une amende, ont rapporté les médias. Le 9 juillet, leurs peines ont été réduites à quatre ans en appel.
Liberté de déplacement et interdictions de voyager
Les autorités algériennes ont continué à employer des interdictions de voyager arbitraires afin de faire taire les personnes perçues comme critiques, notamment des activistes, des journalistes, des syndicalistes et des universitaires, violant leur droit à la liberté de déplacement et portant atteinte à la liberté d’association, de réunion et d’expression. Ces interdictions arbitraires de voyager peuvent être infligées sans notification officielle, elles sont souvent illimitées dans le temps et il est quasiment impossible de les contester.
Le 30 juillet, les autorités ont empêché Nassera Dutour, une activiste algérienne, d’entrer en Algérie, sans motif légal. Dutour est présidente de l’association SOS Disparus, qui représente les familles de milliers de personnes ayant disparu entre 1992 et 2002. Dutour a été arrêtée à son arrivée à l’aéroport d’Alger, interrogée et expulsée en France le même jour.
Droits des migrants
Les autorités algériennes ont continué à expulser des migrants de diverses nationalités de façon arbitraire et collective, y compris des enfants, en les emmenant dans le désert à la frontière du Niger, où ils font face à des conditions qui mettent leur vie en danger. Les expulsions ont souvent été accompagnées de traitements abusifs et, dans de nombreux cas, se sont déroulées sans aucun examen des situations individuelles ni aucune procédure régulière. L’organisation non gouvernementale Alarme Phone Sahara a constaté que l’Algérie avait expulsé environ 5 000 personnes vers le Niger entre janvier et avril. Au cours de la même période, elle a documenté au moins cinq décès dus aux abus ou aux conditions d’expulsion difficiles. Le 4 juin, les autorités du Niger ont déclaré qu’au moins 16 000 personnes, dont des enfants, avaient été expulsées d’Algérie rien qu’en avril et en mai.
Orientation sexuelle et identité de genre
Les relations homosexuelles demeurent passibles de jusqu’à deux ans de prison en vertu de l’article 338 du code pénal.