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Union africaine

Événements de 2025

Bankole Adeoye (à droite), commissaire du département des Affaires politiques, Paix et Sécurité de l’Union africaine, s’entretient avec un délégué lors d’une réunion du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’UA au siège de l’UA à Addis Ababa, en Ethiopie, le 14 février 2025.

© AMANUEL SILESHI/AFP via Getty Images

En 2025, l’Union africaine (UA) a cherché à réaffirmer son leadership en matière de paix, de sécurité et de droits humains dans un contexte d’instabilité politique croissante sur le continent. Les organes clés de l’UA – le Conseil de paix et de sécurité (CPS), la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) et la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (la Cour) – ont vu leur crédibilité de nouveau mise à l’épreuve dans leur réponse aux abus commis dans les conflits touchant le Soudan, l’est de la République démocratique du Congo et le Sahel. Au cours de cette année, l’UA s’est orientée vers des approches thématiques des problèmes de longue date, notamment la responsabilité des entreprises, la justice environnementale, les réparations et les droits des femmes et des filles.

Établissement des faits et détermination des responsabilités par le Conseil de paix et de sécurité de l’UA dans les situations de conflit

Après des années de critiques pour son inaction face aux atrocités commises, le CPS a pris des mesures en 2025 pour réaffirmer la place centrale des droits humains dans son mandat concernant la paix et la sécurité. Cependant, les divisions politiques au sein du Conseil – du fait notamment des États en proie à des conflits actifs et de ceux privilégiant la souveraineté plutôt qu’une réponse continentale – ont encore limité sa capacité à mettre en place des mesures de responsabilisation.

En Afrique de l’Ouest, le CPS a donné la priorité aux consultations informelles sur la détérioration de la sécurité et de la situation politique au Burkina Faso, au Mali et au Niger, en se concentrant sur le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Son communiqué le plus complet sur le Sahel manquait d’un cadre cohérent pour répondre aux préjudices causés aux civils par les acteurs étatiques et non étatiques.

Au Soudan, la Mission conjointe d’établissement des faits sur la situation des droits de l’homme en République du Soudan de la CADHP est devenue l’exemple le plus visible de l’engagement de l’UA concernant les crimes d’atrocités. En octobre, sur fond d’aggravation des conditions humanitaires et des attaques contre les civils à El Fasher, la CADHP a publié son rapport préliminaire qui détaille les graves violations des droits humains commises par les deux parties belligérantes, les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide.

Le rapport préliminaire décrit les attaques généralisées, ciblées et systématiques contre les civils – y compris des meurtres, des violences sexuelles, des tactiques de famine et la destruction d’infrastructures civiles – qui représentent de graves violations du droit international humanitaire et des droits humains, et constituent de possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La CADHP a appelé à des mesures urgentes et coordonnées pour protéger les civils, y compris des cessez-le-feu immédiats près des foyers de population, des garanties d’accès pour l’aide humanitaire, des mandats de protection renforcés pour les mécanismes pertinents de l’UA et des Nations Unies, et la mise en place de corridors sécures pour les personnes fuyant les violences. Elle a en outre exhorté à l’instauration de processus de responsabilisation crédibles et indépendants pour mener des enquêtes contre les personnes responsables d’abus et les poursuivre en justice, ainsi qu’à des efforts pour conserver des preuves en prévision de futures procédures judiciaires.

Au moment de la rédaction du présent rapport, le CPS n’avait pas encore tenu de session publique sur le rapport ni approuvé et mis en œuvre les recommandations de la mission d’établissement des faits. La mission de la CADHP a travaillé dans des conditions difficiles, y compris en raison de ressources financières et humaines limitées et d’un manque d’accès au Soudan ou aux pays voisins, notamment le Tchad, l’Égypte, l’Éthiopie, la Libye, le Soudan du Sud et l’Ouganda, vers lesquels les Soudanais ont fui.

Protection des droits humains et processus de paix dans l’est de la RD Congo

L’UA a réagi, par le biais des processus de médiation de Luanda et de Nairobi, à la reprise du conflit dans l’est de la RD Congo, où le groupe armé M23 soutenu par le Rwanda a étendu son contrôle territorial. Le M23 a tué et transféré de force des civils, et les forces de sécurité congolaises ont commis des abus en représailles. Le CPS n’a pas mentionné d’ingérence extérieure dans l’est de la RD Congo dans ses communiqués sur la situation. Pourtant, le gouvernement du Rwanda a fourni un soutien militaire et logistique, entre autres, au groupe armé M23 responsable d’abus dans l’est de la RD Congo.

L’influence limitée de l’UA sur Kigali et Kinshasa a entravé ses efforts de médiation menés par João Manuel Lourenço, président de l’Angola et champion de l’UA pour la paix et la réconciliation. João Manuel Lourenço a renoncé à son rôle de facilitateur lorsque les dirigeants des deux camps belligérants ont cherché un autre forum de médiation au Moyen-Orient, démontrant ainsi leur mépris pour le leadership de l’UA et son influence sur les parties belligérantes. Bien que le président entrant de la Commission de l’UA ait désigné Faure Gnassingbé du Togo comme nouveau médiateur, soutenu par cinq facilitateurs, et ait fusionné les processus de Nairobi et de Luanda, les accords de paix entre les gouvernements de la RD Congo et du Rwanda ont été négociés par le Qatar et les États-Unis. La situation dans l’est de la RD Congo reste instable, avec un conflit armé et de graves crises humanitaires et des droits humains dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.

Responsabilité des entreprises et droits environnementaux : l’affaire des mines de plomb de Kabwe

En raison de décennies d’exploitation minière du plomb, des dizaines de milliers d’enfants à Kabwe, en Zambie, ont été exposés à des déchets toxiques, avec peu de possibilités de recours. L’UA, y compris lors de la session de novembre du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant (CAEDBE), a continué à débattre de la responsabilité des entreprises et de la justice environnementale. Le long historique de contamination à Kabwe a également poussé des femmes et des enfants concernés à intenter une action collective contre Anglo-American, une entreprise qui a transféré des déchets toxiques de plomb au-delà des frontières. Au moment de la rédaction du présent rapport, la Cour suprême d’appel sud-africaine délibérait sur la certification de l’action collective.

L’affaire de Kabwe contribue aux discussions en cours au sein de l’UA et de ses États membres sur l’importance d’élaborer un cadre continental sur les entreprises et les droits humains, sous la conduite du Groupe de travail sur les industries extractives, l’environnement et les violations des droits de l’homme de la CADHP. Alors que le cas de Kabwe a souligné la nécessité d’une réglementation régionale plus forte, les États membres de l’UA restent divisés sur les obligations contraignantes pour les entreprises et l’accès aux voies de recours pour les communautés affectées.

Réparations, justice historique et question des îles Chagos

L’UA a renforcé son engagement concernant les réparations et la justice historique, qui a été ses thèmes de l’année 2025, en s’inspirant du mouvement de justice réparatrice en Afrique et dans les Caraïbes. Des organisations non gouvernementales, y compris Human Rights Watch, ont appelé l’UA et ses États membres à adopter une position de principe sur le droit au retour et aux réparations pour les Chagossiens déplacés de force par le Royaume-Uni et les États-Unis dans les années 1960 et 1970.

Au-delà des déclarations, la capacité de l’UA à mettre en œuvre la justice réparatrice est restée limitée, certains États membres indiquant en privé que les capitales préféraient utiliser la diplomatie bilatérale aux actions collectives. Au moment de la rédaction du présent rapport, une position africaine commune n’avait pas encore été arrêtée, alors que l’UA entre dans la Décennie des réparations 2026-2036.

Principales institutions des droits humains : La Commission africaine, le Comité africain d’experts et la Cour africaine

En 2025, la CADHP a renforcé son rôle en tant que principal organe de surveillance des droits humains sur le continent, malgré les lacunes persistantes dans la coopération des États. Elle a adressé des courriers d’appel urgent aux États, notamment sur les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées d’hommes majoritairement peuls au Mali, les dissolutions de syndicats au Niger, une lettre conjointe avec le CAEDBE sur la mort d’une enfant après des mutilations génitales féminines en Gambie et un courrier sur les personnes déplacées au Sénégal. La CADHP a également envoyé une lettre au Burundi sur des questions de droits humains, y compris la gestion des réfugiés et les conditions carcérales.

Le CAEDBE a joué un rôle de plus en plus visible, en particulier dans la promotion du droit à l’éducation pour les filles enceintes et les mères adolescentes. Il a publié une Observation générale sur l’article 11 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant visant à éliminer les exclusions scolaires et à garantir l’égalité d’accès à l’éducation. Ces efforts ont mis en évidence l’influence croissante du CAEDBE dans l’élaboration de la politique de l’UA et le renforcement des normes de protection de l’enfant à l’échelle du continent.

Dans le même temps, les événements autour de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples ont suscité de nouvelles inquiétudes quant à l’avenir de la protection judiciaire sur le continent. En mars 2025, la Tunisie a officiellement retiré sa déclaration au titre de l’article 34(6), qui permettait aux individus et aux organisations non-gouvernementales de saisir la Cour directement. Cela a fait suite aux retraits du Rwanda, de la Tanzanie, du Bénin et de la Côte d’Ivoire, affaiblissant davantage l’accessibilité de la Cour et réduisant les recours judiciaires pour les victimes de violations des droits humains.

Bien que l’UA ait réaffirmé sur le plan rhétorique que les droits humains sont au cœur de son programme continental, l’année 2025 a révélé des écarts persistants entre ses engagements et ses actions concrètes. L’adoption prudente par le CPS de mécanismes d’enquête au Soudan et en RD Congo a montré un potentiel de responsabilisation, mais elle est restée limitée par la volonté politique. L’attention de l’UA accordée à la responsabilité des entreprises, aux réparations et à l’égalité des genres a élargi le discours sur les droits humains au-delà des situations de conflit, mais la mise en œuvre de ces concepts a continué de dépendre d’une adhésion au niveau national.