Les membres du Conseil de sécurité s'apprêtent à visiter la région des Grands Lacs africains
3 octobre 2013
« Les membres du Conseil de sécurité devraient profiter de leur visite pour presser les gouvernements de la région de cesser d'apporter le moindre soutien aux groupes armés qui commettent des exactions, et d’arrêter les individus soupçonnés de crimes de guerre. »
Daniel Bekele, directeur de la division Afrique

(New York, le 3 octobre 2013) – Les représentants des États membres du Conseil de sécurité des Nations Unies devraient profiter de leur prochaine visite dans la région des Grands Lacs d'Afrique centrale pour contribuer à faire cesser les violations des droits humains en République démocratique du Congo (RD Congo) et à mettre fin à l'impunité pour les crimes les plus graves qui y ont été commis, a déclaré Human Rights Watch dans une lettre adressée à ces États membres le 2 octobre 2013. Une délégation des États membres du Conseil de sécurité devait quitter New York le 3 octobre pour une visite de 6 jours en RD Congo, au Rwanda, en Ouganda et en Éthiopie.

« Les civils vivant dans l'est de la RD Congo subissent des atrocités qui ne prennent pas fin, mais il est très rare que les individus responsables soient traduits en justice », a déclaré Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les membres du Conseil de sécurité devraient profiter de leur visite pour presser les gouvernements de la région de cesser d'apporter le moindre soutien aux groupes armés qui commettent des exactions, et d’arrêter les individus soupçonnés de crimes de guerre. »

Le Conseil de sécurité devrait adopter une résolution exigeant que le Rwanda cesse tout soutien au M23, un groupe armé responsable de multiples atrocités dans l'est de la RD Congo, et imposant des sanctions aux dirigeants rwandais de haut rang qui ont orchestré ce soutien, a affirmé Human Rights Watch.

Une habitante du territoire de Rutshuru a déclaré cette semaine à des chercheurs de Human Rights Watch avoir été violée par un combattant du M23 qui lui a dit: « Nous aussi nous avions des femmes, mais elles sont restées au Rwanda. Voilà pourquoi nous vous violons. ». Après l'avoir violée, le combattant lui a tiré une balle dans chaque cuisse.

Le gouvernement congolais et le M23 ont entamé en décembre 2012 à Kampala, en Ouganda, des pourparlers de paix qui pour l'instant n'ont pas donné de résultat. Des accords conclus dans le passé entre le gouvernement congolais et d'autres groupes armés ont permis à des commandants rebelles responsables de graves violations des droits humains d'être récompensés en étant intégrés dans l'armée congolaise. Par la suite, beaucoup d'entre eux ont commis de nouvelles atrocités contre la population civile en tant qu'officiers de l'armée congolaise, avant de faire défection et de créer de nouveaux mouvements rebelles, a rappelé Human Rights Watch.

La mission de maintien de la paix des Nations Unies en RD Congo, la MONUSCO, devrait n'épargner aucun effort pour protéger la population civile des menaces les plus pressantes posées par le M23 et les autres groupes armés, a affirmé Human Rights Watch. Elle devrait porter une attention toute particulière à la milice de Ntabo Ntaberi Sheka, dont les membres ont tué, violé et mutilé des dizaines de civils depuis mai 2013. Le 27 septembre, ils ont attaqué plusieurs villages dans le territoire de Masisi, tuant plusieurs enfants, violant des femmes et incendiant des habitations.

Les militaires de l'armée congolaise ont eux aussi commis de graves exactions, y compris les viols d'au moins 76 femmes et filles dans et aux alentours de la ville de Minova, dans la province du Sud-Kivu, en novembre 2012. Les membres du Conseil de sécurité devraient pousser le gouvernement congolais à soumettre à des enquêtes, arrêter et, s'il y a lieu, poursuivre en justice les membres des forces de sécurité qui se sont rendus responsables de crimes de guerre et d'autres graves violations des droits humains.