Les autorités marocaines ont intensifié leur répression à l’encontre des activistes, des journalistes et des défenseurs des droits humains. Plusieurs d’entre eux ont été accusés de diffamation, de publication de fausses informations, d’insultes ou de calomnie visant des fonctionnaires locaux, des organes étatiques et des responsables d’État ou religieux étrangers, et d’atteinte à la sécurité de l’État ou de l’institution de la monarchie. Les autorités ont également continué de réprimer les activistes du Sahara occidental qui demandent l’indépendance.
Des manifestations d’ampleur nationale lancées par le collectif GenZ212 pour revendiquer de meilleurs soins de santé, une réforme du système éducatif et la fin de la corruption ont secoué le pays ; certaines sont devenues violentes, les forces de sécurité ayant employé une force létale et arrêté des centaines de personnes.
Liberté d’expression, de réunion et d’association
Lors des manifestations du collectif GenZ212, qui réclamait des réformes de grande envergure et critiquait les dépenses publiques au profit de méga-événements sportifs tels que la Coupe d’Afrique des nations 2025 et la Coupe du monde 2030 de la FIFA, les policiers et les gendarmes ont dispersé de force les manifestants et utilisé une force létale, tuant trois personnes et en blessant des dizaines d’autres. Ils ont arrêté environ 2 100 personnes et engagé des procédures judiciaires contre au moins 1 400 personnes, dont 330 enfants, et selon l’Association marocaine des droits humains, ils ont prononcé des peines d’emprisonnement et infligé des amendes. En octobre, environ 1 000 personnes étaient toujours en détention.
Le 3 mars, un tribunal de Casablanca a condamné par contumace un activiste de premier plan, Fouad Abdelmoumni, à six mois de prison et à une amende de 2 000 dirhams (environ 208 dollars), en raison d’une publication sur Facebook au sujet des relations franco-marocaine. Le 1er novembre 2024, les procureurs l’avaient inculpé d’« outrage à des corps constitués », de « diffusion d’allégations mensongères »et de « signalement d’un crime fictif dont il sait l’inexistence ».
Le 16 juin, la Cour d’appel de Rabat a confirmé la condamnation à 18 mois de prison et à une amende de 1,5 million de dirhams (environ 150 000 dollars) prononcée contre Hamid Elmahdaoui, rédacteur en chef du site Web Badil et critique régulier du gouvernement. En 2024, celui-ci avait été condamné en première instance pour « radiodiffusion et distribution de fausses allégations et de faits erronés à des fins de diffamation, de calomnie et d’insulte publique ».
Le 10 août, le Tribunal de première instance de Rabat a accusé l’activiste Ibtissame Lachgar de « porter préjudice à l’islam » après qu’elle a publié sur les réseaux sociaux une photo d’elle‑même habillée d’une chemise arborant l’inscription « Allah est lesbienne ». Le 3 septembre, le tribunal, ayant estimé qu’il s’agissait là d’une violation le Code pénal marocain, l’a condamnée à 30 mois de prison et à une amende de 50 000 dirhams marocains (environ 5 500 dollars). Le 6 octobre, la cour d’appel de Rabat a confirmé la peine, mais l’équipe de défense de l’activiste aurait déclaré vouloir faire appel.
Quelque 40 manifestants appartenant au mouvement Hirak - qui avait organisé les manifestations de masse de 2016 - 2017 -, notamment ses leaders, Nasser Zefzafi et Nabil Ahamjik, sont toujours emprisonnés, purgeant des peines de plusieurs décennies après qu’une cour d’appel a confirmé leur condamnation en 2019, malgré des allégations crédibles de confessions obtenues sous la torture. En août 2024, le groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a estimé que la détention de Nasser Zefzafi constituait une violation du droit international et demandait sa libération immédiate.
En mars, malgré des grèves syndicales nationales, la cour constitutionnelle du Maroc a confirmé une loi contestée sur le droit à la grève, que les organisations syndicales ont rejetée car elle portait atteinte aux droits des travailleurs.
Droits des femmes et des filles
Selon le Code de la famille de 2004, le père d’un enfant est son représentant légal par défaut, même lorsque c’est la mère qui en a la garde après un divorce. Les femmes et les filles héritent de la moitié de ce que les membres masculins de leur famille reçoivent. L’âge minimum de mariage est de 18 ans, mais les juges peuvent accorder des exemptions et baisser cette limite jusqu’à 15 ans. Le viol marital n’est pas explicitement criminalisé, et porter plainte pour viol en dehors du mariage risque de donner lieu à des poursuites judiciaires, les relations sexuelles extraconjugales étant criminalisées et passibles d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à deux ans.
En décembre 2024, le gouvernement a présenté un projet de réforme du code de la famille « Moudawana » qui proposait entre autres d’octroyer aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes en matière de garde et tutelle des enfants en cas de divorce, de relever à 17 ans l’âge minimum pour les dérogations au mariage des enfants et de définir des limites plus strictes en matière de polygamie. L’égalité entre hommes et femmes en matière d’héritage et la décriminalisation des relations extraconjugales n’y sont pas abordées. Les réformes proposées doivent encore être approuvées et mises en œuvre.
Le Code pénal marocain criminalise l’avortement, passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans, et cinq ans pour les prestataires de services d’avortement. Certaines exceptions sont prévues, mais uniquement lorsque la vie ou la santé de la femme sont menacées.
Orientation sexuelle et identité de genre
Les relations entre personnes de même sexe sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement, en vertu de l’article 489 du Code pénal.
Migrants et réfugiés
En avril, plus de 18 400 réfugiés et demandeurs d’asile étaient enregistrés au Maroc auprès du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).
Une loi de 2003 sur la migration criminalise l’entrée irrégulière dans le pays sans fournir d’exception pour les réfugiés et les demandeurs d’asile. Le parlement marocain doit encore approuver un projet de loi de 2013 sur le droit d’asile.
Des centaines de migrants se trouvant au Maroc ont tenté de longer à la nage la côte méditerranéenne pour rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta. Parmi eux se trouvaient des centaines d’enfants, qui ont été renvoyés au Maroc par les autorités espagnoles avec le soutien des autorités marocaines. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, en septembre, au moins 200 personnes sont décédées en tentant de traverser la route de la Méditerranée occidentale entre l’Afrique du Nord et l’Espagne. L’Union européenne a continué de coopérer avec le Maroc pour contrôler les migrations, malgré les préoccupations que cela soulevait concernant les droits humains.
Sahara occidental
Le Maroc occupe la plus grande partie du Sahara occidental depuis 1975. En 1991, le Maroc et le Front Polisario basé en Algérie, un mouvement de libération du Sahara occidental, ont conclu un accord de cessez-le-feu négocié par les Nations Unies dans l’attente d’un référendum sur l’autodétermination. Le Maroc a refusé d’organiser ce référendum si l’indépendance ne figurait pas parmi les options présentées.
Le 31 octobre, le Conseil de sécurité des Nations Unies a renouvelé le mandat de la Mission des Nations Unies pour le référendum dans le Sahara occidental (MINURSO), déclarant explicitement que la proposition d’autonomie de 2007 du Maroc, qui envisage une autonomie sous souveraineté marocaine, constituerait la base des négociations.
Selon le Maroc, en octobre, 118 pays soutenaient son plan d’autonomie pour le Sahara occidental, dont les États-Unis, la France, l’Espagne et l’Allemagne. Le soutien à la proposition d’autonomie a continué de prendre de l’ampleur en 2025, le Kenya ayant annoncé son appui en mai, suivi par le Royaume-Uni en juin et le Portugal en juillet.
En 2020, le Front Polisario a annoncé un arrêt du cessez-le-feu avec le Maroc et a repris sa lutte armée. L’ONU classe le Sahara occidental parmi les territoires non autonomes, alors que l’Union africaine reconnaît officiellement son indépendance.
En octobre 2024, la Cour européenne de justice a confirmé l’annulation des accords d’association entre l’Union européenne et le Maroc dans la mesure où ils incluent le Sahara occidental. Cette décision annule les accords commerciaux qui permettaient au Maroc d’exporter vers l’UE des produits de la pêche et de l’agriculture provenant de la région du Sahara occidental, considérant qu’ils violaient le « droit à l’autodétermination » de cette région.
Dix-neuf hommes sahraouis, connus sous le nom de « groupe de Gdeim Izik », sont restés en prison après avoir été condamnés lors de procès inéquitables en 2013 et 2017 au motif qu’ils avaient tués 11 membres des forces de sécurité marocaines en 2010, alors que des allégations d’aveux forcés et de torture ont été formulées.
Selon le HCR, 173 000 réfugiés sahraouis vivent dans cinq camps à proximité de la ville de Tindouf, dans le sud-ouest de l’Algérie.