En 2025, l’espace politique du Burundi a été marqué par une détérioration des conditions des droits humains à mesure que le parti au pouvoir a continué de consolider son contrôle. Les Burundais ont été confrontés à des restrictions de la liberté d’expression, de réunion et de participation de l’opposition politique lors des élections locales et législatives. Dans le même temps, le Burundi a connu l’un des plus importants afflux de réfugiés de ces dernières décennies en raison de l’intensification du conflit en République démocratique du Congo voisine. Les conditions économiques du pays se sont dégradées dans un contexte de fragilité des services publics, d’inflation élevée, de pénuries de carburant et de contraintes en matière d’opérations de change. Le mandat du Rapporteur spécial des Nations Unies sur le Burundi a été renouvelé par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en octobre 2025.
Élections
En juin et en juillet 2025, le Burundi a organisé des élections législatives, sénatoriales et locales sans véritable opposition. Le parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), a obtenu 96,5 pour cent des voix. Les membres du parti ont remporté tous les sièges en jeu à l’Assemblée nationale et au Sénat, ainsi que presque tous les sièges des conseils communaux. Les partis d’opposition ont été dans les faits mis à l’écart avant les élections par des moyens légaux, administratifs et coercitifs. Les candidats de l’opposition, y compris ceux du Congrès national pour la liberté (CNL), de l’Union pour le progrès national (UPRONA) et d’autres partis, ont été empêchés de se présenter à certaines élections. Au cours de la campagne, des signalements ont fait état de harcèlement, d’intimidation, d’arrestations arbitraires, de violences physiques, de disparitions forcées et de menaces de la part de membres des Imbonerakure (la ligue des jeunes du parti au pouvoir), de responsables locaux et d’autres acteurs liés à l’État.
La couverture médiatique des élections a été étroitement contrôlée, son contenu ayant été soumis à la censure, et les informations critiquant leur déroulement ont été supprimées. Les observateurs ont constaté une autocensure chez les journalistes et certains médias ont été contraints à ne pas rendre compte des irrégularités. Celles-ci comprenaient un nombre gonflé d’électeurs, la distribution sélective de cartes d’électeur en excluant les partisans de l’opposition, le bourrage des urnes et la présence exclusive des représentants du parti au pouvoir dans les bureaux de vote.
Le CNDD-FDD a imposé des cotisations obligatoires à la population à partir du 19 août 2024, exigeant des paiements allant de 1 000 à 5 000 francs burundais par personne et jusqu’à 100 000 francs pour les entreprises. Les membres des Imbonerakure et les responsables locaux ont procédé à la collecte des cotisations en recourant à des menaces, des refus de services publics et des représailles, des méthodes faisant écho aux schémas documentés par Human Rights Watch avant les élections générales de 2020.
Espace civil et médiatique
Des experts des Nations Unies ont indiqué qu’entre janvier 2024 et mai 2025, au moins 200 cas de violences sexuelles (y compris des viols d’enfants), 58 disparitions forcées, 62 actes de torture, 892 détentions arbitraires et 605 exécutions extrajudiciaires ont été rapportés, impliquant souvent des agents de l’État ou leurs mandataires. Les experts ont soulevé des préoccupations concernant l’accès aux services pour les victimes de torture et de violences sexuelles. Les Imbonerakure ont joué un rôle de premier plan dans ces abus, en particulier dans les périodes électorales, se livrant à de l’intimidation, à de l’extorsion, à des passages à tabac et parfois à des meurtres.
La plupart des organisations burundaises de défense des droits humains, en particulier celles qui enquêtent sur les violations des droits humains et travaillent sur les droits civils et politiques, poursuivent leurs activités en exil en raison de menaces pour leur sécurité. La liberté d’expression est garantie par la constitution mais, dans la pratique, elle est strictement limitée par des lois draconiennes sur la presse et par un environnement de travail dangereux pour les professionnels des médias, y compris les femmes journalistes, qui reçoivent des menaces et font l’objet de harcèlement et d’arrestation.
Au moment de la rédaction du présent rapport, la journaliste Sandra Muhoza est toujours détenue arbitrairement après des décisions judiciaires contradictoires. Le 13 juin, la Cour d’appel de Mukaza s’est déclarée non compétente parce que l’infraction présumée avait été commise à Ngozi, et non à Bujumbura. Cette décision remet en cause la condamnation initiale et le mandat d’arrêt à l’encontre de la journaliste. Cependant, Sandra Muhoza est toujours incarcérée à la prison centrale de Mpimba.
Crise économique
La situation économique du Burundi en 2025 a exacerbé la répression politique et la pression sur les acteurs humanitaires. L’inflation a grimpé jusqu’à atteindre 40 pour cent en février, les réserves de change officielles sont limitées et les pénuries de carburant ont persisté, entravant la mobilité et le commerce. L’écart entre les taux de change officiels et non officiels a continué de peser sur le pouvoir d’achat des ménages.
En septembre, le directeur de l’agence belge de coopération internationale Enabel au Burundi aurait été sommé de quitter le territoire par les autorités burundaises. Selon des rapports des médias, cette décision est intervenue après la publication d’un post sur LinkedIn dans lequel le directeur a partagé une caricature illustrant la pénurie de carburant au Burundi.
Conflit dans l’est de la RD Congo
Le Burundi a maintenu son soutien politique et militaire à la République démocratique du Congo, notamment par le déploiement de troupes dans le Sud-Kivu. Cette implication a alimenté les tensions au sein des forces armées burundaises. En février, une cour d’appel militaire a confirmé les lourdes peines qui avaient été infligées en 2024 par des tribunaux militaires à 272 soldats qui avaient refusé d’être déployés en RD Congo, invoquant de mauvaises conditions de service. Certains ont été condamnés à la réclusion à perpétuité.
En septembre 2025, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le Burundi a déclaré que des membres des Imbonerakure avaient reçu une formation paramilitaire dans la province de Cibitoke en vue d’un déploiement en RD Congo. Cette formation a suscité des inquiétudes sur la militarisation accrue de ce mouvement, qui est impliqué depuis longtemps dans des abus. Des campagnes de recrutement ont également été documentées dans tout le pays, avec des recrues envoyées dans des camps d’entraînement militaire à Ngozi, Cankuzo, Bururi et Muramvya.
Droits des réfugiés
En 2025, le Burundi a vu affluer un grand nombre de réfugiés fuyant l’intensification du conflit dans l’est de la RD Congo. En septembre, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, le HCR, indiquait que plus de 70 000 personnes étaient entrées au Burundi. À cette date, de nombreux réfugiés, y compris des femmes et des enfants, vivaient dans des centres de transit et des camps, tels que le stade Rugombo dans la province de Cibitoke, dans des conditions éprouvantes avec des abris insuffisants, des installations sanitaires inadaptées, une surpopulation, des pénuries de nourriture et d’eau, et des services de santé au bord de la rupture.
Le manque de financements a davantage aggravé la situation humanitaire. Le HCR et d’autres organismes d’aide ont alerté sur l’insuffisance des ressources disponibles pour fournir l’assistance requise.
En septembre, la police et des jeunes du parti au pouvoir ont arrêté des centaines de réfugiés et de demandeurs d’asile congolais, selon plusieurs témoins et des rapports dans les médias. Il leur a été ordonné de se rendre dans un camp officiel ou de retourner en RD Congo, ce qu’ont fait environ 80 personnes. Des pratiques discriminatoires, commises en particulier par des membres des Imbonerakure ou des responsables locaux, ont été signalées tout au long de l’année à l’encontre de Tutsis, qui étaient soupçonnés d’interagir avec le Rwanda ou le groupe armé M23, d’après les recherches du Rapporteur spécial de l’ONU et de Human Rights Watch.
Institutions nationales
Le 18 avril 2025, Sixte Vigny Nimuraba, ancien président de la Commission nationale des droits de l’homme, a quitté le pays après que la police a perquisitionné son domicile. Certaines sources ont attribué son départ à des divisions internes au sein de la Commission. D’autres ont estimé que cela révélait la pression croissante sur les voix dissidentes avant les élections législatives, sénatoriales et locales au Burundi organisées entre juin et août 2025.
Les nouveaux membres de la Commission ont été élus par l’Assemblée nationale lors de sa séance plénière du 5 mai 2025 alors que le mandat des membres précédemment élus n’était pas encore échu. Cette mesure était en violation de la loi burundaise et des Principes de Paris concernant le statut des institutions nationales pour la promotion et la protection des droits de l’homme.
La Commission Vérité et Réconciliation, un pilier central du processus de justice transitionnelle en vertu des dispositions de l’Accord d’Arusha, a également été confrontée à des ingérences politiques. Au début de l’année 2025, selon des rapports des médias, deux membres de la Commission Vérité et Réconciliation du Burundi ont fui le pays sur fond d’intensification des tensions institutionnelles.
Le remplacement rapide de ces deux membres a pris place sans transparence ni consultation préalable de la société civile ou des parties prenantes au processus de justice transitionnelle, ce qui a soulevé de graves préoccupations quant à la politisation croissante de cet organe.
Orientation sexuelle et identité de genre
Le code pénal burundais, en vertu de l’article 590, punit les relations entre personnes de même sexe d’une peine pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement.